Classement provincial et territorial 

Économie

Messages clés

  • L’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador, toutes trois riches en ressources naturelles, se classent devant toutes les autres provinces et devant les pays comparables – et toutes trois obtiennent des A+ au bilan comparatif de l’économie.
  • En ne décrochant que des D dans l’ensemble, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse se retrouvent en queue de peloton.
  • La plupart des provinces, tout comme le Canada, se situent en milieu de peloton, avec des notes élevées pour certains indicateurs, mais des notes nettement inférieures à la moyenne pour d’autres.
  • Les territoires, en particulier le Yukon et le Nunavut, font mieux que la plupart des provinces pour plusieurs indicateurs économiques.

Comment mesurons-nous la performance économique?

Le Conference Board vise avant tout à mesurer la qualité de vie au Canada, dans ses provinces et dans les pays comparables. Nous posons deux questions : les Canadiens jouissent-ils d’une qualité de vie supérieure? Cette qualité de vie est-elle durable?

Dans l’évaluation de l’aspect économique de la qualité de vie, nous prenons en compte trois dimensions :

  1. la richesse économique
  2. les désavantages et les difficultés économiques
  3. la viabilité économique

1. Richesse économique

1. La richesse économique s’exprime en revenu par habitant. Le revenu par habitant reflète le niveau de vie matériel, autrement dit la capacité des Canadiens d’acheter les biens et les services nécessaires pour vivre, comme le logement, la nourriture et les vêtements. Il indique également la capacité d’une province ou d’un pays de maintenir un niveau de vie par des dépenses publiques dans l’éducation, la santé et les infrastructures, de même que par l’épargne publique et privée, qui peut servir à générer des revenus futurs pour financer une consommation future. Au niveau macroéconomique, une province ou un pays qui ne génère pas assez de revenus est limité dans ce qu’il peut faire dans les autres domaines, comme l’environnement et l’éducation.

2. Désavantages et les difficultés économiques

2. Les désavantages et les difficultés économiques se mesurent par le taux de chômage. Un chômage élevé nuit à la productivité du travail d’une province ou d’un pays et à la croissance de son produit intérieur brut (PIB). De plus, qui dit chômage élevé dit aussi taux de pauvreté élevé, sans-abrisme, inégalité de revenu, criminalité, problèmes de santé, faible estime de soi et exclusion sociale.

3. Viabilité économique

3. La viabilité économique se définit ici comme étant la capacité d’une province ou d’un pays de maintenir sa croissance économique et sa prospérité dans l’avenir. Elle comprend, entre autres facettes, la croissance économique, la stabilité macroéconomique et l’intégration économique mondiale.

  • La croissance économique est représentée par trois indicateurs, à savoir : la croissance réelle du PIB (corrigée en fonction de l’inflation), la croissance de la productivité du travail et la croissance de l’emploi.
    • La croissance du PIB est essentielle pour maintenir le niveau de vie. Rien ne garantit à une province ou à un pays dont le niveau de pays est relativement élevé aujourd’hui qu’il en ira de même demain.
    • La croissance de la productivité est le déterminant le plus important de la croissance du PIB et du revenu par habitant à long terme d’une province ou d’un pays, et c’est donc la seule façon d’améliorer durablement le niveau de vie. On peut l’accroître en trouvant des moyens de production plus efficaces qui permettent de produire plus de biens et de services avec autant d’efforts, ou en produisant des produits et des services à plus forte valeur ajoutée qui valent plus cher sur le marché.
    • La croissance de l’emploi est un des moteurs du revenu par habitant. Elle correspond à la capacité d’une province ou d’un pays d’absorber de nouveaux travailleurs qui rejoignent la population active et d’utiliser les ressources en main-d’œuvre disponibles. Une économie dynamique crée des emplois.

  • La stabilité macroéconomique est représentée par un indicateur indirect : le taux d’inflation.
    • Le taux d’inflation donne une idée de la viabilité parce que des prix en forte hausse entament le pouvoir d’achat des consommateurs; autrement dit, l’inflation réduit la quantité de biens qu’on peut acheter avec une certaine somme d’argent. La déflation est également préjudiciable parce qu’elle fait baisser la consommation et l’activité globales. Les périodes de forte inflation ou de déflation nuisent à la capacité d’une économie de continuer à prospérer.

  • Intégration mondiale : La recherche du Conference Board établit un lien entre la durabilité économique et la capacité d’un pays de s’intégrer à l’économie mondiale. Avec la montée en puissance des chaînes de valeur mondiales et la complexité des flux d’intégration, il est difficile d’évaluer le degré d’intégration mondiale d’une région. Le Conference Board utilise deux indicateurs indirects : les indices de l’investissement direct étranger (IDE) de création entrant et sortant. Ces indices mesurent la part de l’IDE mondial de création d’une région par rapport à sa part du PIB mondial. L’IDE de création est un investissement qui sert à l’expansion d’une installation existante ou à la création d’une nouvelle installation. Dans l’idéal, nous comparerions le total de l’IDE de création entrant et sortant, ce qui comprend les données sur les fusions et acquisitions. Malheureusement, il n’existe pas de données comparables sur le total de l’IDE de création entrant et sortant au niveau provincial.
    • L’indice de l’IDE de création entrant est une indication du succès relatif d’une région à attirer l’IDE de création entrant à l’échelle mondiale. L’IDE de création entrant encourage la diffusion du savoir-faire en gestion de la technologie, ainsi qu’une affectation plus rentable des ressources. Les filiales acquièrent des connaissances et des technologies auprès de leur maison mère internationale. Les entreprises locales qui entretiennent des relations avec ces filiales gagnent aussi à ces transferts de technologies et de savoir. À terme, l’IDE de création entrant entraîne une amélioration de la productivité, de la qualité des produits et de la compétitivité.
    • L’indice de l’IDE de création sortant est une indication du succès relatif d’une région à investir ailleurs par l’intermédiaire de l’IDE de création. Les flux d’IDE de création sortant ouvrent l’accès aux marchés étrangers et favorisent une plus grande intégration des entreprises dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, ce qui rend les entreprises de l’économie d’origine plus efficaces et plus compétitives. L’IDE de création sortant favorise le commerce en ouvrant de nouvelles possibilités d’exportation (et d’importation).

À quoi ressemble le bilan comparatif provincial?

Quelles provinces surfent sur la vague des ressources naturelles pour se hisser en tête de classement?

L’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador sont les régions les mieux notées. Non seulement devancent-elles les autres provinces, mais elles occupent aussi les 1er, 2e et 3e rangs au classement général, de meilleurs résultats que le pays comparable le mieux classé, l’Australie, leur valant des A+ au bilan comparatif global de l’économie. Ces provinces sont dotées de ressources énergétiques et autres très demandées depuis quelques années à l’échelle mondiale. Les exportations de ressources naturelles, en particulier d’énergie, se sont traduites par une hausse des revenus dans ces provinces et par une augmentation des dépenses de consommation, ces dernières dynamisant le secteur des services et relançant l’activité immobilière.

Avec un A+ pour le revenu par habitant en 2013, l’Alberta occupe le premier rang pour cet indicateur, son revenu par habitant dépassant de près de 10 000 $ celui de la Norvège, premier pays comparable au classement. L’Alberta obtient également un A+ en ce qui concerne la croissance du PIB et celle de l’emploi et un A pour ce qui est du taux de chômage et de l’inflation. L’Alberta obtient par ailleurs un B aux indices de l’IDE de création entrant et sortant. La province décroche sa note la plus basse, un C, pour l’indicateur de la croissance de la productivité, domaine où elle a progressé de moins de 1 % par an en moyenne entre 2008 et 2012.

La Saskatchewan obtient également un A+ pour la croissance du PIB et la croissance de l’emploi. Pour le deuxième indicateur, sa progression de 3,4 % en 2013 la classe en tête de toutes les régions de comparaison, et son taux de chômage de 4 % lui vaut une deuxième place, derrière la Norvège, ainsi qu’un A. Comme la plupart des provinces, la Saskatchewan obtient aussi un A pour l’indicateur de l’inflation. C’est à l’indice de l’IDE de création sortant que la province obtient sa plus mauvaise note, un D, qui lui vaut une avant-dernière place au classement général, juste devant les États-Unis.

Terre-Neuve-et-Labrador excelle à deux indicateurs. Pour celui de l’indice de l’IDE de création entrant, la province occupe le premier rang au classement général avec un A+. Son secteur minier et ses ressources pétrolières extracôtières attirent une part importante de l’IDE par rapport à sa taille économique. Forte d’une croissance du PIB de 7,9 % en 2013, Terre-Neuve se classe aussi au premier rang pour cet indicateur, avec un A+. Comme les deux autres provinces qui obtiennent un A+ pour cet indicateur, à savoir la Saskatchewan et l’Alberta, Terre-Neuve-et-Labrador profite de son bassin de ressources naturelles et des cours élevés des produits de base. Elle se classe bien également en ce qui concerne la croissance de l’emploi et obtient un A. Cependant, cette croissance n’a été que de 1 % en 2013 et ce A tient plus à une faible croissance dans les pays comparables, principalement ceux de la zone euro.

Au classement général, Terre-Neuve-et-Labrador pâtit des résultats à trois indicateurs. Ainsi, elle obtient D- à l’indice de l’IDE de création sortant et pour l’indicateur de la productivité du travail. Trois années sur cinq entre 2008 et 2012, Terre-Neuve-et-Labrador n’a pas enregistré d’IDE de création sortant et elle se classe avant-dernière pour cet indicateur. Avec une croissance de la productivité négative quatre ans sur cinq entre 2008 et 2012, la province occupe le dernier rang en matière de productivité du travail. La production pétrolière a subi le contrecoup de la récession de 2008-2009 et elle a de nouveau chuté en 2012 en raison de travaux d’entretien, faisant ainsi baisser la productivité récente de la province. En 2013, seules l’Irlande et l’Île-du-Prince-Édouard avaient un taux de chômage plus élevé que celui de Terre-Neuve, qui obtient un D pour cet indicateur avec plus de 11 % de chômeurs. En revanche, le chômage tend à se résorber dans la province et il est à son plus bas en plusieurs décennies, grâce à l’activité minière et au secteur pétrolier et gazier.

Le graphique ci-dessous fournit un instantané de la performance économique des provinces par rapport à celle du pays comparable au Canada le plus performant –représenté par la ligne rouge – pour chacun des huit indicateurs économiques. Une note proche de la ligne rouge signifie que la province affiche une performance avoisinant celle du pays le plus performant pour l’indicateur concerné. Une note située au-delà de la ligne rouge (note supérieure à 100) signifie que la province fait mieux que le pays le plus performant du classement. Le pays le moins performant est représenté par la note zéro. Une province reçoit une note négative quand elle fait moins bien que le pays le moins performant.

Comme le montre le graphique, l’Alberta fait mieux que le pays comparable le plus performant pour trois indicateurs : le revenu par habitant, la croissance du PIB et la croissance de l’emploi. La Saskatchewan surpasse le pays le plus performant pour la croissance du PIB et celle de l’emploi. Cependant, elle fait moins bien que le pays le moins performant pour l’investissement direct étranger de création sortant, à l’instar de Terre-Neuve-et-Labrador. Cette province fait aussi mieux que le pays le plus performant pour l’investissement direct étranger de création entrant et la croissance du PIB.

Quelles sont les provinces qui se classent en queue de peloton?

Le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse obtiennent des D au bilan comparatif global de l’économie. La lenteur de la reprise américaine affecte la demande à l’exportation, et l’économie intérieure des deux provinces de l’Est se porte mal depuis quelques années. Toutes deux sont encombrées d’une capacité de production excédentaire, car contrairement à l’Alberta et à la Saskatchewan, elles ne bénéficient pas du boom de la demande de produits de base depuis une dizaine d’années.

Le Nouveau-Brunswick se classe au dernier rang des provinces et occupe l’avant-dernier rang au classement général. De plus, avec un D- pour l’indicateur du revenu par habitant et celui de l’indice de l’IDE de création sortant, la province arrive dans les deux cas derrière le dernier pays au classement. Le Nouveau-Brunswick obtient un C pour les indicateurs du taux de chômage, de la croissance de l’emploi, de la croissance du PIB et de la croissance de la productivité du travail. Elle décroche sa meilleure note, un B, pour deux indicateurs : celui de l’indice de l’IDE de création entrant et celui de l’inflation.

Depuis trois ans, la Nouvelle-Écosse a du mal à générer une croissance économique vigoureuse et le marché du travail ne s’y est guère développé. La province se classe au 23e rang sur 26 régions de comparaison. Comme le Nouveau-Brunswick, et la plupart des autres provinces, elle obtient un D- à l’indice de l’IDE de création sortant. Elle obtient aussi un D pour les indicateurs du revenu par habitant et de la croissance de l’emploi et un C pour ceux du taux de chômage et de l’indice de l’IDE de création entrant. L’ensemble est médiocre, mais la Nouvelle-Écosse se rattrape à trois indicateurs, décrochant un A pour celui de l’inflation – comme la plupart des régions de comparaison – et un B pour ceux de la croissance du PIB et de la croissance de la productivité du travail. En fait, seule une province a affiché une meilleure croissance moyenne de la productivité du travail que la Nouvelle-Écosse entre 2008 et 2012.

Le graphique ci-dessous fournit un instantané de la performance économique des provinces par rapport à celle du pays comparable au Canada le plus performant – représenté par la ligne rouge – pour chacun des huit indicateurs économiques. Une note proche de la ligne rouge signifie que la province affiche une performance avoisinant celle du pays le plus performant pour l’indicateur concerné. Une note située au-delà de la ligne rouge (note supérieure à 100) signifie que la province fait mieux que le pays le plus performant du classement. Le pays le moins performant est représenté par la note zéro. Une province reçoit une note négative quand elle fait moins bien que le pays le moins performant.

Comme le montre le graphique, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse font moins bien que le pays le moins performant pour l’investissement direct étranger de création sortant. Le revenu par habitant du Nouveau-Brunswick est aussi inférieur à celui du pays comparable le plus mal classé. Le revenu par habitant de la Nouvelle-Écosse est faible et quelque peu au-dessus de celui du pays comparable le plus mal classé.

Quelles sont les provinces en milieu de peloton?

L’Ontario, qui occupe la 10e place au classement général, est la province en milieu de peloton la mieux classée avec un B. Elle obtient sa meilleure note, un A+, pour l’indicateur de la croissance de l’emploi. En 2013, la Saskatchewan, l’Alberta, l’Î.-P.-É. et l’Ontario affichaient toutes une croissance de l’emploi supérieure à celle de l’Irlande, pays comparable le mieux classé. En Ontario, elle approchait 1,5 % et tenait, en partie, à un rattrapage après la baisse de 2,5 % au plus fort de la récession – un des reculs les plus importants au pays –, mais aussi à la vigueur du secteur des services. L’Ontario obtient un B pour les indicateurs du taux de chômage et de la croissance du PIB, mais se situe toutefois en dessous de la moyenne nationale dans les deux cas. La province décroche un C pour les indicateurs du revenu par habitant et de la croissance de la productivité du travail, ainsi qu’à l’indice de l’IDE de création entrant et sortant.

La performance moyenne de l’Ontario s’explique par une demande à l’exportation en demi-teinte à cause à la fois de la vigueur du huard et d’une économie américaine stagnante. Qui plus est, la province, aux prises avec des déficits budgétaires chroniques élevés et un endettement en hausse, a du mal à investir dans l’éducation et l’innovation, qui constituent pourtant les pierres angulaires de la croissance de la productivité et, au bout du compte, de l’amélioration du niveau de vie. La fabrication devrait continuer de représenter une part importante de l’économie ontarienne, mais la province s’adapte à une évolution mondiale à long terme vers une plus grande activité économique et plus d’emplois venant du secteur des services. Cela supposera des ajustements à court terme dans certaines industries manufacturières, mais la transformation stimulera probablement la performance économique future de la province à plus long terme.

La Colombie-Britannique, qui occupe le 12e rang au classement final, se trouve elle aussi en milieu de peloton. Elle est la seule province à obtenir un A à l’indice de l’IDE de création sortant. Elle décroche aussi un A pour l’indicateur de la croissance du PIB et un B pour celui du taux de chômage. Pour l’indicateur du revenu par habitant, elle obtient un C, ce qui la classe au 5e rang des provinces et au 10e rang de l’ensemble des régions de comparaison. La C.-B. obtient également un C pour les indicateurs de la croissance de l’emploi, de la croissance de la productivité du travail et de l’indice de l’IDE de création entrant. En fait, l’emploi a reculé dans la province en 2013. La stagnation du marché du logement américain depuis quelques années se répercute sur les exportations de bois d’œuvre de la C.-B. Un recul de l’activité dans la construction résidentielle et la vive concurrence de l’Alberta voisine, qui absorbe beaucoup de main-d’œuvre, nuisent également à la province. La baisse des prix à la consommation de 0,1 % en 2013 vaut à la C.-B. un cinquième C pour l’inflation; c’est d’ailleurs la seule province à obtenir un C pour cet indicateur. Cette baisse des prix est due à la suppression de la taxe de vente harmonisée cette année-là. Le taux d’inflation de la C.-B. devrait retrouver des niveaux normaux en 2014.

L’Î.-P.-É. se classe 15e sur 26 régions de comparaison. Elle est la seule province, en dehors de Terre-Neuve-et-Labrador, qui obtient une très bonne note à l’indice de l’IDE de création entrant, soit un A+. Ses quelque 2 % de croissance de l’emploi en 2013 lui valent un autre A+. L’économie de la province récolte les fruits d’une solide croissance du secteur manufacturier, ainsi que des investissements dans l’énergie éolienne. L’Î.-P.-É. perd du terrain au classement à cause de résultats très médiocres à trois indicateurs. Ainsi, la province affiche le plus fort taux de chômage du Canada, ce qui lui vaut un D. Par ailleurs, elle affiche le plus faible PIB par habitant au classement des provinces et des pays comparables, ce qui se traduit par un D-. Enfin, la province est également bonne dernière, avec un autre D-, à l’indice de l’IDE de création sortant, car elle n’a pas de mesures de l’IDE de création sortant.

Le graphique ci-dessous fournit un instantané de la performance économique des provinces par rapport à celle du pays comparable au Canada le plus performant – représenté par la ligne rouge – pour chacun des huit indicateurs économiques. Une note proche de la ligne rouge signifie que la province affiche une performance avoisinant celle du pays le plus performant pour l’indicateur concerné. Une note située au-delà de la ligne rouge (note supérieure à 100) signifie que la province fait mieux que le pays le plus performant du classement. Le pays le moins performant est représenté par la note zéro. Une province reçoit une note négative quand elle fait moins bien que le pays le moins performant.

L’Ontario affiche de très bons résultats pour la croissance de l’emploi et l’inflation, égalant ou dépassant le pays comparable le plus performant pour ces indicateurs. La Colombie-Britannique enregistre sa meilleure performance pour la croissance du PIB – seul indicateur pour lequel ses résultats se rapprochent de ceux du pays le mieux classé. L’Île-du-Prince-Édouard fait mieux que le pays comparable le plus performant pour la croissance de l’emploi et l’investissement direct étranger de création entrant, mais se classe en dessous du pays le moins performant pour le revenu par habitant et l’investissement direct étranger de création sortant.

Le Manitoba occupe la 17e place sur les 26 provinces et pays du classement général. Il affiche de bons résultats pour le chômage, la croissance du PIB et l’inflation, récoltant des « A » pour tous ces indicateurs. En 2013, son taux de chômage de 5,4 %, soit le troisième taux le plus bas du Canada derrière la Saskatchewan et l’Alberta, a été largement inférieur à celui des États-Unis et des pays de la zone euro. Sur le plan de la croissance de la productivité du travail, avec un taux moyen annuel de 1,5 % entre 2008 et 2012, elle est la province la plus performante et occupe le troisième rang au classement général. Le Manitoba a bénéficié de la reprise dans les secteurs de l’agriculture, de l’extraction des métaux et de la construction. Toutefois, les « A » obtenus pour trois indicateurs et les solides « B » reçus pour deux autres ne suffisent pas à le faire monter au classement général. La province affiche des résultats médiocres pour les indices de l’investissement direct étranger (IDE) de création entrant et sortant. Elle se classe dernière parmi les provinces pour l’indice de l’IDE de création entrant, et est même l’une des deux seules à écoper d’un « D » pour cet indicateur. Avec plusieurs autres provinces, le Manitoba végète dans le bas du classement pour l’indice de l’IDE de création sortant et reçoit un « D- ». Il obtient aussi un « D » pour le revenu par habitant.

Le Québec occupe la 18e place du classement général, juste derrière le Manitoba. Il s’en sort relativement bien pour quelques indicateurs, recevant un « A » pour la croissance de l’emploi et des « B » pour la croissance du PIB, le taux de chômage et l’inflation. Néanmoins, il se contente d’une note globale de « C » pour la catégorie « économie » du bilan comparatif, en raison du « D- » reçu pour l’indice de l’IDE de création sortant et des « D » obtenus pour le revenu par habitant et l’indice de l’IDE de création entrant. Sur le plan du revenu par habitant, le Québec se classe 7e parmi les provinces et 21e au classement général. À l’instar de ce qui s’est passé en Ontario, l’économie du Québec a été mise à mal par l’appréciation du dollar canadien, le ralentissement de la croissance américaine et la mondialisation. La frilosité des investisseurs, alimentée par le débat politique sur la séparation, freine aussi les investissements dans la province et mine la croissance de la productivité générale et le revenu par habitant depuis le milieu des années 1990.

Le graphique ci-dessous fournit un instantané de la performance économique des provinces par rapport à celle du pays comparable au Canada le plus performant – représenté par la ligne rouge – pour chacun des huit indicateurs économiques. Une note proche de la ligne rouge signifie que la province affiche une performance avoisinant celle du pays le plus performant pour l’indicateur concerné. Une note située au-delà de la ligne rouge (note supérieure à 100) signifie que la province fait mieux que le pays le plus performant du classement. Le pays le moins performant est représenté par la note zéro. Une province reçoit une note négative quand elle fait moins bien que le pays le moins performant.

Comme le montre le graphique, le Manitoba et le Québec font moins bien que le pays comparable le moins performant pour l’investissement direct étranger de création sortant. Les deux provinces se situent aussi dans le bas du classement pour le revenu par habitant et l’investissement direct étranger de création entrant.

Quelle est la note globale du Canada pour l’économie?

Dans son ensemble, le Canada reçoit un « B » pour la catégorie « économie » du bilan comparatif, se positionnant au 5e rang parmi les pays comparables et au 8e au classement général. Certes, ce « B » est une bonne note, mais le Canada peut certainement faire mieux. Les « C » obtenus pour trois indicateurs (le revenu par habitant, la croissance de la productivité du travail et l’IDE de création entrant) et le « D » sanctionnant l’IDE de création sortant sont préoccupants. Les provinces affichant un « B » ont une grande marge d’amélioration. Elles se situent en dessous de la moyenne pour plusieurs indicateurs et doivent surtout leur « B » global à la performance inférieure à la moyenne enregistrée par les pays comparables au Canada ces dernières années, plus particulièrement les pays de la zone euro et les États-Unis.

Comment se portent les territoires?

Nous n’incluons pas les territoires dans nos calculs aux fins des comparaisons provinciales et internationales, car les données ne sont pas disponibles pour de nombreux indicateurs faisant partie des six principales catégories du bilan comparatif. Cependant, le Conference Board entend inclure les territoires dans son champ d’analyse et réalise des bilans comparatifs distincts pour les territoires quand les données sont disponibles. Pour le bilan comparatif de l’économie, nous possédons des données sur six des huit indicateurs.

Le Yukon et le Nunavut s’en sortent bien pour les six indicateurs économiques mesurables, engrangeant à eux deux un total de cinq « A+ » et de quatre « A ».

Le Yukon reçoit des « A » ou des « A+ » pour presque tous les indicateurs. Il décroche un « A+ » grâce aux 2,1 % de sa croissance de l’emploi. Ce taux, certes modeste, le place au-dessus de tous les pays comparables au Canada. Le Yukon a une économie qui repose essentiellement sur les ressources naturelles et ses notes supérieures à la moyenne sont dues à l’essor de son industrie minière. Son revenu par habitant dépasse celui de toutes les provinces du Canada, à l’exception de l’Alberta, depuis le milieu des années 1980. Il est aussi supérieur à celui de la Norvège, premier pays du classement, rapportant au territoire un « A+ » pour cet indicateur. La plus faible note obtenue par le Yukon est un « B » pour la croissance du PIB, qui a été de 1,3 % en 2013.

Le Nunavut décroche trois « A+ » grâce à une performance supérieure à celle du meilleur pays du classement pour la croissance du PIB ainsi que celles de l’emploi et de la productivité du travail. En 2013, il affiche une croissance impressionnante du PIB de 10,5 % et une croissance de l’emploi de 6,9 %, un rebond dans ce dernier cas par rapport au taux presque nul de l’année précédente. Sa croissance de la productivité du travail de plus de 4 % de 2008 à 2012 lui vaut la première place pour cet indicateur, avec une moyenne supérieure à celle du pays comparable au Canada le plus performant, à savoir l’Irlande. À l’instar du Yukon, le Nunavut a lui aussi pu compter sur le développement de son industrie minière.

Le Nunavut obtient de plus faibles notes pour le revenu par habitant et le taux de chômage. Son revenu par habitant est inférieur à celui des Territoires du Nord-Ouest et du Yukon, lui valant un « B » pour cet indicateur. Cependant, il reste élevé si l’on se réfère aux normes canadiennes, dépassant la moyenne nationale en 2010, 2011 et 2012. Le Nunavut écope d’un « D » pour son taux de chômage. En 2013, ce taux a été très élevé, atteignant les 13,5 %, ce qui est davantage que le taux de tous les pays comparables au Canada, sauf l’Irlande. Deux facteurs essentiels contribuent à ce taux élevé :

  • Au Nunavut, de nombreux emplois sont occupés par des travailleurs venus du Sud, qui ne deviennent pas résidents du territoire et ne sont donc pas comptabilisés dans les statistiques territoriales sur l’emploi;
  • L’augmentation du nombre d’emplois due à l’expansion économique a encouragé davantage de Nunavois à rejoindre la population active. Comme tous ne trouvent pas un travail, le nombre de chômeurs augmente.

Les Territoires du Nord-Ouest obtiennent un « A+ » pour le revenu par habitant et un « A » pour la croissance du PIB. Leur revenu par habitant dépasse celui de chacune des provinces canadiennes depuis le début des années 2000, époque à laquelle des données dissociées de celles du Nunavut ont été disponibles pour ce territoire. Leur solide bassin de ressources naturelles, notamment des diamants, du pétrole et du gaz naturel, est le catalyseur de leur vigueur économique. Les Territoires du Nord-Ouest doivent leurs plus mauvaises notes à la croissance de l’emploi et à celle de la productivité du travail. En effet, l’emploi s’est légèrement contracté en 2013, valant un « C » aux Territoires. Comme ils réalisent la pire performance du classement pour la croissance de la productivité du travail, perdant plus de 4 % entre 2008 et 2012, les Territoires du Nord-Ouest écopent d’un « D » pour cet indicateur. Cette chute est imputable à la faiblesse de l’industrie minière, qui représente environ 35 % de leur PIB. Mentionnons, pour plus de précisions, que l’industrie du diamant arrive rapidement à maturité et que la production périclite. Néanmoins, le niveau de la productivité du travail reste élevé. Les Territoires affichent d’ailleurs les meilleurs résultats du pays et se classent deuxièmes pour cet indicateur, derrière le meilleur des pays comparables au Canada, à savoir la Norvège.

L’Alberta et la Saskatchewan conserveront-elles la tête du classement dans les années à venir?

L’Alberta et la Saskatchewan, qui caracolent aux premières places du classement général, continueront probablement à afficher d’excellents résultats dans les années à venir. Ces deux provinces riches en ressources naturelles conserveront des taux de chômage plus faibles que le reste du Canada ainsi qu’une croissance plus forte que les pays comparables au Canada, tandis que la zone euro poursuit sa longue et douloureuse convalescence après la récession.

Cependant, l’écart de performance entre les deux premières du classement et les autres provinces et pays pourrait se réduire en raison de l’évolution de l’économie mondiale et de l’affermissement de la croissance économique dans les provinces du Centre et de l’Atlantique. L’augmentation du prix des matières premières, qui a profité aux marchés de l’emploi de l’Ouest canadien, devrait se tasser et la reprise aux États-Unis devrait relancer les exportations des provinces canadiennes du Centre et de l’Atlantique, ainsi que de la Colombie-Britannique.

L’Ouest canadien fera aussi face à des problèmes liés à l’offre qui pourraient limiter la production et l’emploi dans le secteur des ressources naturelles au cours des cinq à dix prochaines années. Certains projets de pipelines, tels que l’oléoduc Keystone destiné à acheminer le pétrole brut entre l’Alberta et la côte du golfe du Mexique et l’oléoduc Northern Gateway qui doit relier le nord de l’Alberta et la côte ouest du Canada, sont au point mort en raison d’enjeux politiques et de différends d’ordre environnemental.

L’Alberta et la Saskatchewan auront encore du mal à trouver suffisamment de travailleurs qualifiés pour répondre à l’expansion de leur secteur des ressources, autre facteur limitant la production et la croissance. La pénurie de main-d’œuvre exerce une pression à la hausse sur les salaires, ce qui peut aussi limiter la rentabilité et les liquidités disponibles pour les entreprises du secteur des ressources dans l’Ouest canadien. Les prix de l’immobilier resteront élevés en raison de l’augmentation de la migration interprovinciale et d’aucuns pourraient craindre une évolution en dents de scie pour le marché de l’immobilier et l’économie.

Les régions riches en ressources naturelles, en particulier en ressources énergétiques, ont un avantage indéniable et continueront probablement à dominer le classement général. Cependant, elles sont elles aussi tributaires du prix des matières premières et de leur nature volatile. Aucune d’entre elles ne peut se permettre de se reposer sur ses lauriers.

Donc, l’Alberta et la Saskatchewan continueront probablement à afficher d’excellents résultats, mais l’écart entre elles et les autres provinces ou les pays comparables finira par se resserrer. En outre, il est important de souligner que, comme l’économie de ces deux provinces dépend largement des ressources naturelles, la volatilité du prix des matières premières pourrait considérablement affecter leurs résultats pour les principaux indicateurs économiques, comme le PIB, l’emploi et la croissance de la productivité du travail.

Les provinces dépourvues de ressources naturelles sont-elles condamnées à rester à la queue ou au mieux au milieu du peloton?

Il est impératif que le Canada et ses provinces se concentrent sur les initiatives stimulant la croissance de la productivité du travail s’ils veulent améliorer leur performance générale et leur classement. Plusieurs provinces ont pour dénominateur commun leur faible productivité. La plupart continuent à enregistrer une médiocre croissance de la productivité du travail et l’écart entre elles et les États-Unis, loin de se resserrer, se creuse. Le faible niveau de la productivité constitue un énorme défi pour la prospérité économique future.

Améliorer la productivité du travail ne nécessite pas de travailler plus fort ou plus longtemps, mais de travailler plus intelligemment. L’idée est de trouver des moyens plus efficaces et efficients de produire les biens et les services, de manière à obtenir plus avec la même quantité d’effort. Elle consiste aussi à se tourner vers des produits et des services à plus forte valeur ajoutée qui rapportent davantage sur le marché. L’amélioration de la productivité incombe non seulement aux gouvernements, mais aussi aux entreprises, à leurs dirigeants et à leurs propriétaires.

Il n’existe pas de solution miracle pour améliorer la productivité et un certain nombre de facteurs méritent d’être examinés et changés.

Investir davantage dans le matériel et l’outillage (en particulier dans la technologie de l’information et des communications), favoriser l’innovation et attirer plus d’investissements directs étrangers sont régulièrement cités parmi les principaux moyens d’améliorer la productivité. Le pourcentage du PIB investi par le Canada dans le matériel et l’outillage est l’un des plus faibles parmi les pays comparables. Pour ce qui est des provinces, celles qui sont riches en ressources naturelles (l’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador) investissent plus dans le matériel et l’outillage par travailleur que les États-Unis.

L’innovation, qui joue un rôle essentiel dans la productivité, est un concept difficile à mesurer. Il est encore plus difficile de repérer les politiques efficaces qui améliorent la performance au chapitre de l’innovation. Parmi les mesures susceptibles de contribuer à accroître la performance en la matière, mentionnons les initiatives comme des crédits et des programmes qui encouragent les entreprises à consacrer des fonds à la recherche et au développement; les investissements dans les infrastructures publiques; la réduction des obstacles au commerce; l’investissement direct étranger et la mobilité professionnelle.

L’intégration à l’économie mondiale est essentielle pour maintenir et améliorer la performance économique, en particulier celle des petites économies ouvertes comme le Canada. Dans notre analyse comparative, nous examinons deux mesures substitutives de l’intégration mondiale, à savoir les indices de l’investissement direct étranger de création (IDE) entrant et sortant. L’IDE sortant peut encourager l’innovation et contribuer à stimuler la productivité en ouvrant l’accès aux marchés étrangers et en favorisant une plus grande intégration dans les chaînes de valeur mondiales, ce qui rend les entreprises de l’économie d’origine plus efficaces et plus compétitives. Pour l’indice de l’IDE de création sortant, sept provinces écopent d’un « D- ». En d’autres termes, plus de la moitié des provinces ont des résultats inférieurs à celui du pays comparable au Canada le moins performant pour cet indicateur.

Les flux d’IDE de création entrant peuvent contribuer à stimuler la productivité. Ils encouragent la diffusion du savoir-faire en gestion des technologies et une affectation plus efficace des ressources. Dans l’ensemble, les provinces s’en sortent mieux pour cet indicateur. La part de l’IDE de création entrant dans le secteur canadien des ressources naturelles a augmenté depuis le début des années 1990. Les petites économies comme Terre-Neuve-et-Labrador et l’Île-du-Prince-Édouard font mieux que toutes les autres provinces et que les pays comparables au Canada, attirant plus d’IDE de création que la taille de leur économie le laisserait supposer. Par contre, six provinces affichent un indice de l’IDE entrant inférieur à 1, ce qui signifie qu’elles attirent moins d’IDE entrant que la taille de leur économie le laisserait augurer.