Le coût de l’austérité : L’incidence des compressions annoncées dans la fonction publique fédérale sur l’économie d’Ottawa–Gatineau
Principales conclusions
- Les pressions budgétaires croissantes poussent à des réductions dans le secteur de l’administration publique. Près de la moitié des employés fédéraux sont basés dans la région d’Ottawa–Gatineau, ce qui rend celle-ci particulièrement vulnérable à un rétrécissement du secteur public.
- Ces compressions entraîneront des pertes économiques notables. Comparativement à un scénario de référence où l’emploi public demeurerait stable, nous estimons que la région perdra 22 000 emplois d’ici 2029, dont 16 000 proviendront directement de la fonction publique fédérale.
- Les effets d’entraînement se feront sentir dans les secteurs orientés vers les consommateurs, tels que le commerce de détail, l’hébergement et la restauration, ainsi que les services financiers.
- L’incidence sur la population d’Ottawa–Gatineau sera modeste, limitant ainsi les tensions potentielles sur le marché de l’habitation.
- La résilience éprouvée de la région, conjuguée à des perspectives favorables pour les industries moins dépendantes du gouvernement fédéral, contribuera à atténuer l’impact économique local.
Le gouvernement fédéral évolue dans un environnement budgétaire contraint : la faiblesse de la croissance économique limite la progression des revenus, tandis que les engagements de dépenses augmentent les pressions sur les programmes. Le vieillissement de la population et le ralentissement de la croissance démographique freineront les recettes. Parallèlement, les nouveaux engagements en matière de défense nationale et d’infrastructures accentueront la pression sur les finances publiques.
Les déficits accumulés depuis la pandémie ont gonflé la dette fédérale à un point tel que, outre les dépenses de programmes, les paiements d’intérêts atteignent désormais 50 milliards de dollars par an, soit le double du niveau observé il y a six ans.
Les tensions commerciales accrues avec les États-Unis ont incité le gouvernement à annoncer plusieurs mesures de soutien d’une valeur de plusieurs milliards de dollars afin d’aider les entreprises touchées par les tarifs douaniers. Celles-ci comprennent notamment un Fonds de réponse stratégique de 5 milliards de dollars pour aider les entreprises à accéder à de nouveaux marchés, ainsi qu’une initiative régionale d’un milliard de dollars visant à soutenir les petites et moyennes entreprises touchées par les tarifs. Les dépenses fédérales de défense devraient également augmenter de plusieurs dizaines de milliards de dollars pour atteindre le nouveau seuil de 5 pour cent du PIB fixé par l’OTAN d’ici 2035. Pendant ce temps, les dépenses de l’administration publique non liées à la défense ont bondi de 88 pour cent au cours de la dernière décennie.
L’ensemble de ces pressions devrait aggraver un déficit budgétaire déjà important. Le redressement des finances publiques nécessitera des choix difficiles. Alors que des augmentations de dépenses sont prévues dans des domaines prioritaires comme la santé et les infrastructures, le gouvernement fédéral a ciblé le secteur de l’administration publique comme un domaine où des économies peuvent être réalisées.
Les ministères fédéraux ont reçu pour directive d’identifier des économies opérationnelles pouvant aller jusqu’à 15 pour cent d’ici l’exercice 2028-2029. À cet horizon, nous estimons que cela réduira les dépenses fédérales d’environ 8 milliards de dollars par année. Les réformes opérationnelles peuvent inclure des mesures telles que l’accélération de la numérisation des services, la réduction des dépenses en immobilisations ou la simplification des processus administratifs. Toutefois, les dépenses liées au personnel représentent environ la moitié des dépenses totales, ce qui signifie que le gouvernement devra inévitablement recourir à des réductions d’effectifs pour atteindre ses objectifs d’économie.¹
Ottawa–Gatineau en première ligne
La fonction publique fédérale constitue la pierre angulaire de l’économie d’Ottawa–Gatineau. Elle représente environ le quart du PIB de la région et près de la moitié de l’ensemble des employés fédéraux y travaillent. Par conséquent, une réduction des dépenses ministérielles fédérales aura des répercussions considérables sur l’économie locale.
Le gouvernement entend réaliser une partie de ces compressions par le biais des départs à la retraite. Le nombre de fonctionnaires approchant de la retraite — âgés de 60 ans et plus— représentent environ 9,4 pour cent de la fonction publique fédérale, soit près de 12 000 employés dans la région d’Ottawa-Gatineau. L’attrition de ce groupe contribuera à la réduction des effectifs, mais les départs à la retraite ne suffiront pas à eux seuls à atteindre les cibles d’économie. En outre, les pertes d’emplois dans l’administration publique entraîneront des répercussions sur les secteurs étroitement liés à la fonction publique.
Nous estimons qu’à l’horizon 2029, le secteur de l’administration publique de la région subirait une contraction de 16 000 emplois comparativement à notre scénario de référence qui prévoyait une stabilité de l’emploi dans ce secteur. Cette réduction aura des effets notables sur l’investissement des entreprises, la consommation des ménages et le marché du travail.
Nos estimations reposent sur les informations actuellement disponibles concernant les dépenses de programmes et les mesures d’austérité annoncées. Les principaux effets incluent :
- D’ici 2029, le PIB d’Ottawa–Gatineau devrait être inférieur de 1,1 milliard de dollars à celui du scénario de référence. Près de 60 pour cent de cette baisse découlera directement de la réduction des salaires et traitements versés aux employés publics.
- En tant que principal employeur de la région, une fonction publique plus restreinte aura un effet tangible sur le marché du travail local. D’ici 2029, l’emploi total sera inférieur de 22 000 postes au scénario de référence, dont 6 000 dans le secteur privé. Le taux de chômage atteindra 6,4 pour cent, soit 1,3 point de pourcentage de plus qu’en l’absence de compressions.
- Les salaires et traitements devraient diminuer de 2,1 milliards de dollars d’ici 2029, soit environ 3 pour cent du total dans la région métropolitaine. Cette baisse s’explique notamment par la perte d’emplois parmi les fonctionnaires mieux rémunérés.
- Ces pertes d’emplois et de revenus se traduiront par une réduction de la consommation et de l’activité commerciale, particulièrement au centre-ville, où de nombreuses entreprises — restaurants, commerces, services — dépendent de la clientèle des fonctionnaires. Les secteurs les plus touchés seront le commerce de détail, l’hébergement, les services financiers et, dans une moindre mesure, la construction, en raison du ralentissement de l’investissement (voir le graphique 1).
- Les changements au sein de la fonction publique auront un impact modeste sur la dynamique démographique de la région. Au cours des prochaines années, la croissance annuelle de la population s’établira en moyenne à 0,7 pour cent, soit 0,1 point de pourcentage de moins que dans le scénario de référence. Ce ralentissement reflète surtout une diminution des arrivées plutôt qu’une hausse des départs.
- De même, l’impact sur le marché de l’habitation devrait être limité. Les mises en chantier ne devraient reculer que légèrement. La demande plus faible découlera d’un nombre réduit de nouveaux arrivants et d’une plus grande incertitude sur le marché du travail, mais la stabilité relative de la population contribuera à prévenir une faiblesse marquée du marché immobilier.
Graphique 1
Principaux secteurs touchés
(pertes d’emplois)

Sources : Le Conference Board du Canada.
Ébranlée, mais pas brisée
La fonction publique fédérale ne constitue pas qu’un simple secteur d’activité à Ottawa–Gatineau : elle est au cœur de la stabilité et de la vigueur économique de la région. Sa croissance soutient l’expansion économique, tandis que sa contraction entraîne inévitablement des ralentissements mesurables dans plusieurs secteurs.
Ni le Canada ni la région de la capitale nationale n’en sont à leur première période de rigueur budgétaire. Des mesures similaires avaient été mises en œuvre par les gouvernements Chrétien (1995) et Harper (2012), entraînant à chaque fois la suppression de milliers d’emplois publics. Ces précédents démontrent que l’économie d’Ottawa–Gatineau a déjà fait preuve de résilience et su retrouver son équilibre au fil du temps.
Les années à venir s’annoncent exigeantes, et l’élan économique sera freiné. Toutefois, la croissance continue des industries moins dépendantes de la fonction publique fédérale contribuera à atténuer l’impact des compressions. En définitive, cette période d’austérité ébranlera, sans briser, l’économie de la région.
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- Kpekou Tossou, Rolande, Caroline Nicol, Tim Scholz, Mark Creighton, Matt Dong, Marianne Laurin, Matthew McGoey, Ulysse Robert-Lacroix et Zachary Vrhovsek (2025), « Perspectives économiques et financières – septembre 2025 ». Bureau du directeur parlementaire du budget, 25 septembre 2025.





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