Classement provincial et territorial 

Chercheurs

Messages clés

  • Le Québec et l’Ontario se classent respectivement aux sixième et septième rangs, mais n’obtiennent qu’un C, étant donné les très bons résultats des premiers du classement, à savoir la Finlande et le Danemark.
  • Les huit autres provinces obtiennent un D–, et se classent derrière le pays le moins performant, à savoir les Pays-Bas.
  • Les chercheurs de l’Ontario, du Québec, de la Colombie-Britannique et de la plupart des pays de comparaison sont beaucoup plus susceptibles de travailler dans l’industrie que ceux des sept autres provinces.

Pourquoi les chercheurs sont-ils importants pour l’innovation?

Il existe un lien étroit entre recherche et innovation. Bien que l’activité de recherche ne conduise pas nécessairement à de nouvelles innovations, et bien que certains types d’innovation (p. ex. l’adoption de technologies de l’information et des communications) dépendent moins de la recherche que d’autres (p. ex. la mise au point de technologies de l’information et des communications), l’innovation n’en dépend pas moins de la recherche effectuée dans les secteurs public et privé. Les chercheurs jouent un rôle essentiel dans cette activité.

D’après l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), « les chercheurs sont des spécialistes travaillant à la conception ou à la création de connaissances, de produits, de procédés, de méthodes et de systèmes nouveaux et à la gestion des projets concernés1 ». Les chercheurs jouent un rôle central, par exemple, pour ce qui est de la mise au point de nouvelles technologies, la création et la mise à l’essai de nouveaux produits, la conception de nouveaux procédés, l’évaluation du potentiel commercial de produits et de services, et la gestion des projets de recherche-développement, de la conception à la commercialisation.

Les chercheurs fournissent donc une indication utile à la fois de la capacité d’innovation et de l’activité d’innovation de l’économie. Pour ce qui est de la capacité, plus les chercheurs employés sont nombreux, mieux les organisations des secteurs public et privé sont préparées à lancer et à mener à bien des projets de recherche complexes qui peuvent déboucher sur des innovations. Pour ce qui est de l’activité, plus les chercheurs sont nombreux à faire de la recherche-développement, plus il est probable que des recherches pouvant mener à des innovations auront bel et bien lieu.

Comment mesure-t-on cet indicateur?

L’indicateur de bilan comparatif de « chercheurs faisant de la recherche-développement » se mesure en nombre de chercheurs équivalents temps plein qui sont employés par tranche de 1 000 salariés dans une province ou un pays. L’équivalent temps plein « est une mesure du temps réellement consacré aux activités de recherche et de développement2 ». Par convention, un poste à temps plein suppose de travailler un plein horaire pendant une année entière. Ainsi, si une employée consacre la moitié de son temps à la recherche-développement et l’autre moitié à autre chose, elle comptera pour un demi-équivalent temps plein. De même, si cinq personnes travaillent chacune une journée par semaine en recherche-développement pendant un an, au total, cela équivaut à un équivalent temps plein.

L’indicateur inclut les personnes classées comme « chercheurs », mais exclut celles classées comme « techniciens » et « autre personnel de recherche-développement ». Les chercheurs sont définis comme étant des scientifiques et des ingénieurs qui « travaillent à la conception ou à la création de connaissances, de produits, de procédés, de méthodes et de systèmes nouveaux ». Ils comprennent les administrateurs « qui s’occupent de planifier et de gérer les aspects scientifiques et techniques du travail des chercheurs3 ».

Nous incluons les chercheurs employés par le gouvernement, dans l’enseignement supérieur et dans les entreprises. Si on misait sur le seul secteur des entreprises, on biaiserait la mesure au détriment des provinces et des pays dont les écosystèmes d’innovation mettent plus l’accent sur la recherche effectuée dans les laboratoires et installations du gouvernement et de l’enseignement supérieur. Nous calculons le taux comme correspondant au nombre de chercheurs pour 1 000 salariés, plutôt que par rapport à la population totale, parce que nous voulons saisir le coefficient de recherche des employés, plutôt que la capacité de recherche de la population de manière plus générale.

Comment les provinces s’en sortent-elles rapport aux pays de comparaison?

En ce qui concerne l’indicateur des chercheurs, le Québec et l’Ontario occupent respectivement les sixième et septième rangs du classement général, en recul par rapport aux quatrième et cinquième places qu’ils occupaient au bilan précédent. Étant donné les très bons résultats du champion du classement, à savoir la Finlande (15 chercheurs pour 1 000 salariés), le Québec (10,9 chercheurs) et l’Ontario (10,8 chercheurs) n’obtiennent qu’un C. Le Canada se classe au 12e rang du classement général (ou dixième sur les 16 pays de comparaison), mais n’obtient qu’un D.

Avec 8,4 chercheurs par tranche de 1 000 salariés, la Colombie-Britannique a augmenté son taux de chercheurs, mais comme sa performance est inférieure à celle du pays le moins bien classé, à savoir les Pays-Bas (8,8 chercheurs), elle est passée d’un D à un D– et se classe 19e au classement général. Les sept autres provinces obtiennent encore un D– et restent aux sept derniers rangs du classement général. En queue de classement se trouve l’Île-du-Prince-Édouard, dont les 3,6 chercheurs par tranche de 1 000 salariés équivalent à moins du quart du taux finlandais et à moins de la moitié de la moyenne canadienne (9,5).

Comment les provinces s’en sortent-elles les unes par rapport aux autres?

Le Québec et l’Ontario sont les provinces les mieux classées et décrochent un C. Avec 8,4 chercheurs par tranche de 1 000 salariés, la Colombie-Britannique, classée au troisième rang des provinces, n’obtient qu’un D–. Ce nombre est inférieur à la moyenne canadienne de 9,5 chercheurs par tranche de 1 000 salariés. Les sept autres provinces obtiennent aussi un D–, avec une fourchette allant de seulement 3,6 chercheurs (Île-du-Prince-Édouard) à 6,6 chercheurs (Alberta) par tranche de 1 000 salariés.


La performance des provinces pour cet indicateur a-t-elle évolué au fil du temps?

Dans presque toutes les provinces, le nombre de chercheurs par tranche de 1 000 salariés a augmenté par rapport à l’an 2000. Seule la Nouvelle-Écosse a connu une légère baisse – entièrement attribuable à une chute survenue la dernière année pour laquelle des données sont disponibles (2013). Cependant, de 2000 à 2012, la province a augmenté le nombre de chercheurs par tranche de 1 000 salariés. L’augmentation a été particulièrement forte en Colombie-Britannique, qui est passée de 5,2 chercheurs en 2000 à 8,4 en 2013. Parallèlement, à Terre-Neuve-et-Labrador, ce nombre est passé de 3,5 en 2000 à 5,6 en 2013.

Dans l’ensemble, le nombre de chercheurs par tranche de 1 000 salariés a augmenté de 2,2 au Canada (passant de 7,3 à 9,5 par tranche de 1 000 salariés). Cela donne à penser que la capacité d’innovation dans les provinces et au Canada dans son ensemble, a augmenté au cours des 15 dernières années.

En même temps, cependant, dans les pays de comparaison, le nombre de chercheurs a nettement augmenté, soit de plus de 3 chercheurs pour 1 000 salariés en moyenne. Donc, la plupart des provinces ont en fait perdu du terrain sur les pays de comparaison, même si leur taux a augmenté. La progression a été particulièrement forte au Danemark où le taux a plus que doublé, passant de 7,1 chercheurs en 2001 à 15 en 2015. Le pays passe d’un D à un A, ce qui lui permet de progresser du 11e au 2e rang du classement général.

Malgré une croissance modeste, les sept provinces les plus mal classées continuent d’afficher des D– par rapport aux pays de comparaison depuis 2000. La Colombie-Britannique obtenait continuellement des D jusqu’à ce qu’elle passe au D– dans le bilan comparatif actuel. Le Québec et l’Ontario ne font pas mieux qu’en 2000. Toutefois, l’Ontario a réussi à décrocher un B pendant trois ans – de 2007 à 2009 –, avant de retomber au C qu’il affiche à présent, tandis que le Québec a obtenu un B pendant cinq ans – de 2007 à 2011 –, avant de revenir à un C dans le classement actuel.

Où travaillent les chercheurs?

D’après de précédentes études du Conference Board, l’Ontario et le Québec ont les plus fortes proportions de chercheurs travaillant en entreprise, soit 61 % et 59 %, respectivement. En revanche, la proportion est seulement de 29 % en Saskatchewan, de 32 % en Nouvelle-Écosse et de 33 % à Terre-Neuve-et-Labrador et au Nouveau-Brunswick.

Bien que la recherche effectuée dans les installations de l’enseignement supérieur et du gouvernement revête une importance capitale pour l’innovation, les provinces et pays aux proportions plus élevées de chercheurs travaillant dans l’industrie sont plus susceptibles de savoir transformer des idées en nouveaux produits et services et d’appliquer de nouveaux procédés, méthodes de marketing et modèles de gestion.

Dans les pays de comparaison, la majorité des chercheurs travaillent dans l’industrie, plutôt que pour le gouvernement ou dans l’enseignement supérieur. En moyenne, 56 % des chercheurs travaillent en entreprise, les pourcentages allant de 74 % au Japon à 35 % au Royaume-Uni. Dans l’ensemble, le Canada se situe dans la norme internationale : 57 % de ses chercheurs travaillent en entreprise.


Les provinces manquent-elles de chercheurs ou de postes de recherche?

Si tellement de provinces obtiennent de mauvais résultats à cet indicateur, c’est probablement à cause de l’offre et de la demande de chercheurs — en particulier la demande émanant de l’industrie.

Globalement, le Canada a une proportion relativement élevée de diplômés universitaires et, donc, une bonne base pour former des chercheurs. Cinq provinces obtiennent un A ou un B pour l’achèvement des études universitaires dans la catégorie Éducation et compétences du bilan comparatif, tandis que le Canada dans son ensemble décroche un B et se classe au septième rang parmi les pays de comparaison.

Cependant, le Canada et les provinces accusent un retard sur les autres pays pour ce qui est des diplômés des programmes de recherche avancée — en particulier les programmes de doctorat. Les cinq provinces qui enregistrent les plus faibles taux de chercheurs — Terre-Neuve-et-Labrador, le Manitoba, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard — ont également les plus faibles pourcentages de titulaires de doctorat. En revanche, les pays les mieux classés à l’indicateur des chercheurs, soit la Finlande, le Danemark et la Suède, figurent aussi parmi les mieux classés à l’indicateur des titulaires de doctorat, où ils obtiennent un A (Finlande et Suède) ou un B (Danemark) et occupent trois des sept premières places du classement. En bref, s’il est vrai que le Canada a un bilan solide pour ce qui est des études de premier cycle, il accuse un retard sur les pays de comparaison en ce qui concerne le nombre de diplômés des cycles supérieurs, plus souvent associés aux postes de recherche.

Parallèlement, le rôle de la demande des employeurs peut avoir un effet sur le taux de chercheurs. Sans surprise, le taux de chercheurs est corrélé aux dépenses de recherche- développement dans les provinces et les pays de comparaison. Là où ces dépenses sont plus élevées, on emploie plus de chercheurs, tandis que là où les dépenses sont moindres, on emploie moins de chercheurs. Les pays les mieux classés en nombre de chercheurs par tranche de 1 000 salariés — la Finlande, le Danemark et la Suède — figurent aussi parmi les cinq premiers en dépenses de recherche-développement (R-D des entreprises + R-D publique). En revanche, les moins bien classés à l’indicateur des chercheurs occupent les derniers rangs pour ce qui est des dépenses de recherche-développement.


Dans l’ensemble, le Canada emploie plus de chercheurs que ce que laisse entrevoir le niveau de ses dépenses en recherche-développement (en raison d’une approche de recherche-développement axée davantage sur la main-d’œuvre que sur le capital), mais il n’obtient qu’un D au classement par pays pour ce qui est du taux de chercheurs4. Même cette approche de la recherche-développement à forte intensité de main-d’œuvre, associée à une faible rémunération moyenne des chercheurs par rapport aux pays de comparaison, ne peut compenser les très faibles niveaux de dépenses de recherche-développement au Canada5. La demande de chercheurs n’existe tout simplement pas.

Que peuvent faire les provinces pour améliorer leurs résultats?

Il est peu probable que les provinces se classent mieux à l’indicateur des chercheurs du bilan comparatif tant que l’activité de recherche-développement, y compris la R-D des entreprises et la R-D publique, n’augmentera pas.

De plus, il reste encore à convaincre bon nombre d’employeurs que des chercheurs avancés peuvent contribuer à améliorer la performance. En effet, beaucoup d’employeurs continuent d’avoir une image négative des chercheurs avancés, en particulier des titulaires de doctorat. Ils pensent, par exemple, que ces chercheurs travaillent trop lentement, qu’ils n’ont pas d’esprit d’équipe et qu’ils ne savent pas communiquer, autant de qualités pourtant nécessaires en milieu professionnel. Cependant, il est de plus en plus clair que les organisations qui travaillent avec des chercheurs avancés mettent ensuite sur pied des programmes de recherche et d’innovation plus solides et améliorent ainsi globalement leur performance6.

Par exemple, les employeurs canadiens qui travaillent avec des étudiants en maîtrise ou en doctorat dans le cadre de programmes de stages rémunérés organisés par l’organisation nationale Mitacs voient des améliorations dans toute une série de résultats en matière d’innovation et dans des activités connexes. Deux tiers des entreprises interrogées déclarent avoir déjà commercialisé, ou être sur le point de commercialiser un produit, le résultat de projets de recherche menés avec des stagiaires en recherche de Mitacs. Un quart des répondants déclarent avoir embauché des stagiaires en recherche à des postes de recherche permanents nouvellement créés, tandis que 40 % soulignent qu’ils ont investi 100 000 $ de nouveaux fonds dans la recherche-développement parce qu’ils travaillent avec un stagiaire de Mitacs — dont 10 % qui ont investi plus de 500 000 $ supplémentaires7.

Cela porte à croire que non seulement l’augmentation des dépenses de recherche-développement peut stimuler le recrutement de chercheurs, mais aussi que le fait de travailler avec des chercheurs peut stimuler les dépenses de recherche-développement — deux résultats qui renforcent le potentiel d’innovation. Les provinces devraient donc trouver des façons d’augmenter leurs dépenses en recherche-développement et de recruter davantage de chercheurs. Il faudra pour cela convaincre plus d’employeurs à offrir des débouchés à des chercheurs pour leur donner une chance de changer les idées reçues et d’y apporter leur précieuse contribution, tout en encourageant plus d’entreprises à augmenter leurs dépenses de recherche-développement.

Notes de bas de page

1     OCDE, Manuel de Frascati, Paris, OCDE, 2002, p. 107.

2    Statistique Canada, Personnel affecté à la recherche et au développement.

3    Ibid.

4    Comité d’experts sur l’état de la R-D industrielle au Canada, L’état de la R-D industrielle au Canada, Ottawa, Conseil des académies canadiennes, 2013, p. 40 à 46.

5    Pour en savoir plus sur la faible rémunération des chercheurs canadiens par rapport à ceux des pays de comparaison, voir le Comité d’experts sur l’état de la R-D industrielle au Canada, L’état de la R-D industrielle au Canada, Ottawa, Conseil des académies canadiennes, 2013, p. 40 à 46.

6    Voir Jessica Edge et Daniel Munro, Inside and Outside the Academy: Valuing and Preparing PhDs for Careers, Ottawa, Le Conference Board du Canada (à paraître en 2015).

7    Mitacs. Retombées du programme Mitacs Accélération : sondage mené auprès des entreprises partenaires, Ottawa, Mitacs, janvier 2015).