Classement provincial et territorial 

Mortalité prématurée

Messages clés

  • Le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique affichent les taux de mortalité prématurée les plus bas au Canada, chacune de ces provinces obtenant un « A » lorsque comparée à des pays semblables au Canada.
  • La Saskatchewan et le Manitoba reçoivent un « D », mais se classent tout de même devant le pire pays de comparaison, les États-Unis.
  • Malgré les efforts considérables qu’il a déployés ces 20 dernières années pour faire reculer son taux de mortalité prématurée, le Yukon hérite d’un « C ». Les deux autres territoires se retrouvent au bas du classement – le taux de mortalité prématurée au Nunavut est environ trois fois plus élevé que la moyenne nationale.   

Mettre la mortalité prématurée en contexte

La mortalité prématurée fournit une méthode de calcul de l’espérance de vie non atteinte. Étant donné que les décès survenant à des âges relativement jeunes peuvent souvent être évités, le taux de mortalité prématurée est un indicateur qui accorde à ces décès une pondération plus élevée qu’à ceux qui se produisent à un âge plus avancé.

On obtient le taux de mortalité prématurée en multipliant le nombre de décès survenant à chaque âge par le nombre d’années restant à vivre jusqu’à une limite d’âge donnée. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) – la source des données internationales – part du principe qu’en moyenne, la majorité des gens au Canada et dans les autres pays de l’OCDE vivent jusqu’à 70 ans (la limite d’âge établie)1. Si une personne meurt à 20 ans, on considère donc qu’elle a perdu 50 années potentielles de vie. De la même manière, une personne décédée à 60 ans aura perdu 10 années potentielles de vie. On établit donc le taux de mortalité prématurée en additionnant les années potentielles de vie perdues des habitants de chaque pays.

En accordant une pondération plus élevée aux décès survenant à des âges relativement jeunes, l’indicateur de mortalité prématurée, conjugué à celui de l’état de santé autodéclaré, complète l’indicateur de l’espérance de vie, auquel on reproche parfois de donner trop d’importance à la quantité des années de vie et pas assez à leur qualité.

Comment les provinces et les territoires s’en sortent-ils par rapport aux pays comparables au Canada?

Le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique obtiennent un « A » en ce qui concerne la mortalité prématurée, ce qui les classe dans les 10 premiers rangs parmi les pays comparables au Canada. En 2011, ces trois provinces affichaient des taux de mortalité prématurée inférieurs à la moyenne canadienne de 3 007 années potentielles de vie perdues pour 100 000 habitants. Toutefois, aucune d’entre elles n’occupe l’un des cinq premiers rangs, car elles sont devancées par la Suisse, la Suède, les Pays-Bas, la Norvège et l’Australie. Fait intéressant, quatre des cinq pays qui précèdent le Canada au chapitre de l’espérance de vie le dépassent aussi sur le plan de la mortalité prématurée. Il s’agit de la Suisse, du Japon, de l’Australie et de la Suède.

Si les taux de mortalité prématurée dans les provinces de l’Atlantique et en Alberta sont supérieurs à la moyenne canadienne, ces provinces reçoivent malgré tout un « B », car elles s’en tirent quand même beaucoup mieux que le pire pays de comparaison, les États-Unis. Comme c’est le cas au chapitre de l’espérance de vie, le Manitoba et la Saskatchewan, qui cumulaient respectivement 4 042 et 4 464 années potentielles de vie perdues pour 100 000 habitants en 2011, sont les provinces qui se classent le moins bien en ce qui a trait à la mortalité prématurée. Bien qu’elles reçoivent toutes deux un « D », leurs taux de mortalité prématurée sont quand même supérieurs à la moyenne américaine. En 2011, les États-Unis enregistraient un taux de mortalité prématurée de 4 569 années pour 100 000 habitants – la mortalité masculine dans ce pays s’expliquait pour un tiers par des décès imputables à des causes externes, notamment à des accidents, à des suicides et à des homicides2.

Avec sa note finale de « C », le Yukon devance les deux autres territoires, qui se classent derrière le pire pays, les États-Unis, ce qui leur vaut un « D- ». Le taux de mortalité prématuré au Nunavut représente environ le double de celui de la Saskatchewan, la province canadienne qui occupe le dernier rang du classement.

Comment se situent les provinces et les territoires les uns par rapport aux autres?

Le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique sont les provinces qui arrivent en tête du classement, toutes trois obtenant un « A ». Le Québec, qui occupe le rang le plus élevé des trois, affichait en moyenne 2 774 années de vie perdues pour 100 000 habitants en 2011. Les provinces les moins bien classées – le Manitoba et la Saskatchewan – comptaient la même année plus de 4 000 années potentielles de vie perdues pour 100 000 habitants. Parmi les territoires, le Yukon devance le Manitoba et la Saskatchewan. Quant aux Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, ils se situent au bas de l’échelle. Les années potentielles de vie perdues au Nunavut atteignaient 9 014 pour 100 000 habitants en 2011.

Comment le taux de mortalité prématurée a-t-il évolué dans les provinces et les territoires ces 20 dernières années?

Les taux de mortalité prématurée ont généralement reculé dans toutes les provinces. En 1991, l’Ontario affichait le taux le plus bas, soit 4 392 années potentielles de vie perdues pour 100 000 habitants; il était suivi par la Nouvelle-Écosse, avec 4 541 années. La même année, l’Île-du-Prince-Édouard enregistrait le taux le plus élevé des provinces. Le Québec, le Manitoba et la Saskatchewan faisaient à peine mieux. Quant aux territoires, les données de 1991 ne couvrent que le Yukon, où le taux de mortalité prématurée cette année-là dépassait celui de toutes les provinces. 

Depuis le début des années 1990, c’est au Québec et à l’Île-du-Prince-Édouard qu’on observe les améliorations les plus notables au chapitre de la mortalité prématurée. En effet, c’est le Québec qui arborait le plus faible taux de mortalité prématurée au pays en 2011. D’ailleurs, il s’agissait de la première fois en 20 ans que le Québec affichait un taux inférieur à celui de l’Ontario. De son côté, l’Île-du-Prince-Édouard a amélioré sa position, qui est passée de la pire en 1991 à la quatrième parmi les provinces en 2011. Dans la plupart des autres provinces, les taux de mortalité prématurée se sont graduellement améliorés au cours des 20 dernières années.

Les progrès du Yukon au chapitre de la mortalité prématurée ont été remarquables; le nombre de cas dans ce territoire avait chuté à 3 586 en 2011 pour se retrouver sous ceux du Manitoba et de la Saskatchewan et à égalité avec celui de la Nouvelle-Écosse. Les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut ont également réalisé des progrès notables depuis 1999, année où l’on a commencé à recueillir des données pour ces territoires. Cela dit, sur le plan de la mortalité prématurée, ils se classent tout de même aux rangs les plus bas au Canada.

Qu’est-ce qui explique les taux élevés de mortalité prématurée au Manitoba, en Saskatchewan, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut?

Les taux de mortalité prématurée au Nunavut, dans les Territoires du Nord-Ouest, en Saskatchewan et au Manitoba sont les plus élevés au pays. Ces résultats pourraient s’expliquer en partie par la proportion élevée d’Autochtones qui y habitent. En effet, les Autochtones sont en général en moins bonne santé que les non-Autochtones en raison de divers facteurs, dont un statut socioéconomique moindre et des taux de tabagisme, de consommation d’alcool et d’obésité supérieurs3. Au Manitoba, la majorité des cas de mortalité prématurée sont répertoriés dans le nord de la province4, où vit la plus forte concentration d’Autochtones. En Saskatchewan, le nord de la province est peuplé à environ 85,8 % d’Autochtones, et le taux de mortalité prématurée y est beaucoup plus élevé que dans le sud5. La proportion d’Autochtones est encore plus élevée dans les territoires, où elle équivaut à 51,9 % de la population dans les Territoires du Nord-Ouest et à 86,3 % au Nunavut.

Dans les territoires, les accidents et les blessures sont aussi plus susceptibles de causer des décès prématurés en raison de l’éloignement de certaines collectivités. En outre, ces deux territoires affichent les plus hauts taux de suicide. Au Nunavut, ce taux représentait plus de six fois la moyenne nationale en 20116. Dans les Territoires du Nord-Ouest, le taux de suicide était plus près de celui du Manitoba et de la Saskatchewan, mais tout de même supérieur à la moyenne canadienne.

Notes

1     Statistique Canada rend compte de la mortalité prématurée en se fondant sur une définition différente de celle de l’OCDE. En effet, le Ministère considère comme prématuré chaque décès survenant avant 75 ans, tandis que pour l’OCDE, cette limite est de 70 ans. Nous avons utilisé la définition de l’OCDE pour établir le taux de mortalité prématurée dans les provinces et les territoires, afin que nos données soient comparables aux données internationales. Pour ce faire, nous nous sommes servis de données « brutes » sur le nombre de décès par âge, ainsi que par province et territoire. Pour chaque cas de mortalité, si le décès est survenu avant 70 ans, la différence entre 70 et l’âge du décès correspond alors au nombre d’années potentielles de vie perdues. Par exemple, si une personne meurt à 20 ans, elle ajoute 50 (70 moins 20) années potentielles de vie perdues à la province. Les données par province ont ensuite été normalisées selon l’âge par rapport à la population canadienne en 2011. Dans l’ensemble, les années potentielles de vie perdues dans une province après normalisation selon l’âge équivalaient à la moyenne des années potentielles de vie perdues, tous groupes d’âge confondus, chaque groupe d’âge étant pondéré en fonction de son poids dans la population canadienne de 2011.

2    Organisation de coopération et de développement économiques, Panorama de la santé 2011 : Les indicateurs de l’OCDE, p. 26.

3    Statistique Canada, « Certains indicateurs de la santé des membres des Premières nations vivant hors réserve, des Métis et des Inuits », Coup d’œil sur la santé, janvier 2013.

4    Santé Manitoba, Annual Statistics 2010–2011.

5    Northern Saskatchewan Population Health Unit, Northern Saskatchewan Health Indicators Report 2011.

6    Statistique Canada, tableau CANSIM 102-0563, Principales causes de décès, population totale, selon le sexe, Canada, provinces et territoires, annuel (consulté le 3 octobre 2014).

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Années potentielles de vie perdues, toutes causes confondues, pour 100 000 habitants. L’indicateur des « années potentielles de vie perdues » mesure le nombre d’années de plus qu’une personne aurait vécues si elle avait atteint son espérance de vie normale, additionné pour l’ensemble de la population.

Note :
Les données affichées sur cette page datent de février 2015.