Classement provincial et territorial 

Investissement dans les technologies de l’information et des communications

Messages clés

  • L’investissement dans les technologies de l’information et des communications (TIC) est faible dans la plupart des provinces par rapport aux pays de comparaison.
  • Les provinces les mieux classées, l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et l’Alberta ne décrochent que des C et sont à la traîne derrière 10 des 16 pays de comparaison.
  • Depuis le précédent bilan comparatif de l’innovation, presque toutes les provinces ont reculé d’une note à l’indicateur de l’investissement dans les TIC. L’Île-du-Prince-Édouard a même reculé de deux notes, passant de B à D. Seul le Nouveau-Brunswick a amélioré sa note relative, passant de D à C.

Pourquoi l’investissement dans les TIC est-il important pour l’innovation?

L’investissement dans les TIC est essentiel pour l’innovation à deux égards. Premièrement, il permet de fournir l’infrastructure numérique essentielle nécessaire à l’échange d’idées et de données au sein des organisations et entre elles, ce qui est indispensable pour développer, commercialiser et mettre en valeur des produits et services nouveaux et améliorés. Deuxièmement, l’adoption et l’utilisation des TIC constituent une innovation sur le plan des procédés au niveau de l’entreprise et celles-ci contribuent à des gains d’efficacité et à la croissance de la productivité. Comme le fait remarquer le Comité d’experts sur l’innovation dans les entreprises du Conseil des académies canadiennes, les investissements dans « le matériel de pointe, et particulièrement dans les technologies de l’information et des communications, attestent d’une orientation vers l’innovation dans pratiquement tous les secteurs et types d’entreprises1 ».

Les avantages de l’investissement dans les TIC au niveau des entreprises sont nombreux. Il ressort d’une enquête récente que les chefs de file de l’adoption de TIC voient des améliorations importantes relativement à l’expérience des clients, un fonctionnement plus rationnel et de nouveaux secteurs d’activité ou modèles de gestion — ce qui conduit à des gains en chiffre d’affaires, en rentabilité et en valeur de marché2. Bien déployées, les TIC aident les entreprises à développer de nouveaux produits, services et procédés, et leur permettent de mieux communiquer avec les clients et les fournisseurs. D’après une étude sur les entreprises menée par l’OCDE, lorsque 10 % de plus d’employés utilisent des ordinateurs, on gagne 1,3 % en productivité. De plus, les entreprises qui ont investi dans les TIC ont une productivité supérieure de 12 % à celles qui n’y ont pas investi3. Les entreprises qui n’innovent pas en adoptant des TIC font face à des coûts plus élevés et à des revenus plus bas que leurs concurrentes, et elles risquent d’être évincées du marché par les concurrents qui mettent la technologie à profit.

Au niveau de l’économie, d’importants écarts de productivité peuvent apparaître entre les provinces et les pays qui investissent dans les TIC et ceux qui ne le font pas. Une étude sur la productivité canadienne des années 1990 jusqu’au milieu des années 2000 confirme le lien entre l’investissement dans les TIC et la productivité. Elle conclut que « le Canada n’a pas autant tiré parti des TIC ni réalisé les mêmes gains d’efficience dans la production de biens et de services que son voisin du sud4 ». En particulier, le déclin de l’investissement dans les TIC et de leur mise en œuvre de 2001 à 2005 a « retranché 0,4 point de pourcentage annuellement au taux d’accroissement de la productivité du secteur canadien des entreprises5 ». D’autres facteurs influent sur l’innovation et la productivité, mais l’investissement dans les TIC est, certes, un facteur important.

Comment mesure-t-on l’investissement dans les TIC?

L’investissement dans les TIC est mesuré en pourcentage du PIB pour évaluer le niveau d’investissement de chaque région de comparaison par rapport à la taille de son économie.

L’investissement dans les TIC comprend l’investissement dans :

  • les logiciels (y compris les logiciels de série, les logiciels sur mesure et les logiciels développés à l'interne) ;
  • le matériel informatique (ordinateurs et matériel connexe) ;
  • le matériel de communication6.

Comment les provinces s’en sortent-elles par rapport aux pays de comparaison?

L’investissement dans les TIC est faible dans la plupart des provinces par rapport aux pays de comparaison. L’Ontario, le Nouveau-Brunswick et l’Alberta sont les provinces les plus performantes, mais elles ne décrochent que des C et se classent derrière 10 des 16 pays de comparaison. La plupart des autres provinces obtiennent un D et la Saskatchewan un D–.

L’Ontario investit l’équivalent de 2,39 % de son PIB dans les TIC, ce qui lui vaut la 11e place, bien loin derrière les pays de tête que sont la Suisse (3,83 %), la Suède (3,43 %) et le Japon (3,4 %). Avec un investissement dans les TIC équivalant à 2,37 % du PIB, le Nouveau-Brunswick parvient à se classer dans la première moitié du tableau, à la 12e place, tandis qu’avec 2,29 % du PIB, l’Alberta arrive à la 13e place.

Avec un investissement dans les TIC de 2,16 % du PIB, le Canada décroche tout juste un C, tandis que toutes les autres provinces récoltent des D ou des D–, l’investissement dans les TIC allant de 2,04 % au Québec à 1,49 % en Saskatchewan. Parmi les pays de comparaison, seules la Finlande (1,84 %), l’Allemagne (1,72 %) et l’Irlande (1,51 %) font pire que le Canada à cet indicateur.

Comment les provinces s’en sortent-elles les unes par rapport aux autre?

L’Ontario, le Nouveau-Brunswick et l’Alberta sont les trois premières provinces du classement et les seules à décrocher un C à l’investissement dans les TIC, tandis que la Saskatchewan, lanterne rouge, obtient un D– et passe derrière le pays le plus mal classé, l’Irlande. En Saskatchewan, l’investissement dans les TIC (1,49 %) est inférieur à celui de l’Ontario (2,39 %), soit près d’un point de pourcentage de moins.

La performance des six autres provinces qui obtiennent toutes un D, est assez semblable, l’investissement dans les TIC représentant 2,04 % du PIB au Québec et 1,69 % au Manitoba.


Comment la performance des provinces à cet indicateur a-t-elle évolué avec le temps?

Depuis le bilan comparatif précédent sur l’innovation, sept provinces ont reculé d’une note, tandis qu’une seule, le Nouveau-Brunswick, s’est améliorée et est passée de D à C.

De 1981 à 2013, sept provinces sur 10 ont progressé en matière d’investissement dans les TIC en pourcentage du PIB. Mais les trois années suivantes (de 2013 à 2015), l’investissement dans les TIC en pourcentage du PIB a diminué dans six provinces. La baisse la plus marquée s’est produite au Manitoba (–0,27 point de pourcentage), en Saskatchewan (–0,22 point de pourcentage) et en Nouvelle-Écosse (–0,19 point de pourcentage). Dans l’ensemble, le Canada a un peu moins investi dans les TIC. De 2013 à 2015, il est passé de 2,16 % à 2,14 % du PIB.

L’investissement dans les TIC a augmenté dans trois provinces de 2013 à 2015, soit à Terre-Neuve-et-Labrador (passant de 1,58 % à 2 % du PIB), au Nouveau-Brunswick (de 2,09 % à 2,37 % du PIB) et en Alberta (de 2,03 % à 2,29 % du PIB). Mais comme quelques pays de comparaison de tête — à savoir la Suisse, la Suède et les Pays-Bas — ont enregistré de bien plus fortes augmentations, leurs propres améliorations n’ont pas valu à ces provinces de meilleures notes ni un meilleur classement, sauf dans le cas du Nouveau-Brunswick.

Pourquoi les provinces sont-elles à la traîne pour cet indicateur?

En ce qui concerne l’investissement dans les TIC, la faible performance des provinces par rapport aux pays de comparaison, y compris les États-Unis, résulte probablement d’un certain nombre de facteurs. Voici quelques explications possibles :

  • Structure de l’industrie : Les Canadiens sont moins susceptibles que les Américains de travailler dans des secteurs à forte intensité de TIC où les investissements sont généralement élevés. Une étude du Centre d’étude des niveaux de vie montre que l’investissement canadien dans les TIC pourrait être supérieur de 4,9 % si la proportion de Canadiens travaillant dans ce secteur était identique à celle des Américains7.
  • Taille des entreprises : Le Canada compte proportionnellement plus de petites et moyennes entreprises que nombre de ses homologues mondiaux. Les PME sont en général plus allergiques au risque que les entreprises plus grandes et elles éprouvent plus de difficultés à investir dans les TIC et à en récolter les fruits8.
  • Ratio du coût de la main-d’œuvre au coût du capital : Les faibles coûts de main-d’œuvre au Canada par rapport aux pays de comparaison, de même que les coûts plus élevés des TIC sont pour les entreprises canadiennes des incitations à court terme à embaucher du personnel plutôt qu’à investir dans la technologie, même si cette stratégie contribue à un désavantage à long terme9.
  • Capacité des gestionnaires : Les gestionnaires canadiens sont moins susceptibles d’être titulaires d’un baccalauréat ou d’avoir fait des études supérieures que leurs homologues américains. Ils sont peut-être donc moins nombreux à posséder les compétences et les outils nécessaires pour déceler, évaluer et saisir systématiquement des possibilités telles que l’investissement dans les TIC. Alors que 53 % des gestionnaires américains ont un baccalauréat ou un diplôme d’études supérieures, c’est le cas seulement de 35 % des gestionnaires canadiens10. Cela ne signifie pas qu’il faille avoir un diplôme universitaire ou une formation en gestion pour prendre de bonnes décisions en ce qui concerne l’investissement dans les TIC, mais il n’en reste pas moins que beaucoup d’entreprises canadiennes manquent de gestionnaires qui ont suivi une formation structurée, les préparant ainsi à prendre tout un éventail de décisions opérationnelles.
  • Taux de change : Les entreprises canadiennes ont historiquement moins investi dans les TIC lorsque le dollar canadien était faible parce que les technologies importées leur coûtaient plus cher. Malgré la tendance générale à la baisse de la proportion de l’investissement dans les TIC de 2001 à 2013, cet investissement a connu un rebond dans de nombreuses provinces lorsque le huard s’est apprécié par rapport au dollar américain au milieu des années 2000. Toutefois, les taux de change n’expliquent qu’en partie les écarts entre le Canada et les autres pays, et les variations au fil du temps.

Que peuvent faire les provinces pour améliorer leur performance?

Les entreprises prennent leurs décisions concernant les investissements dans les TIC en fonction du contexte économique général. Sachant que certains facteurs structurels, comme la structure de l’industrie, la taille des entreprises et le ratio du coût de la main-d’œuvre au coût du capital, ne peuvent pas être facilement modifiés, l’amélioration de la performance doit se concentrer sur un éventail de facteurs contextuels et sur la prise de décisions à l’échelle de l’entreprise.

L’augmentation de la concurrence dans le secteur des TIC pourrait en faire baisser les coûts pour de nombreuses entreprises, tout comme des incitations plus importantes à améliorer la productivité et la compétitivité en investissant dans les TIC, ce qui profiterait aux entreprises exposées à une plus forte concurrence. Des efforts pourraient également être consentis pour améliorer la capacité de gestion des entreprises canadiennes — en éduquant et en formant davantage et mieux les gestionnaires et en donnant aux entreprises (en particulier aux PME) des conseils et une aide en gestion — pour améliorer l’adoption des TIC et leur utilisation efficace11.

Notes de bas de page

1     Comité d’experts sur l’innovation dans les entreprises, innovation et stratégies d’entreprise : pourquoi le Canada n’est pas à la hauteur, Ottawa, Conseil des académies canadiennes, 2009, p. 101.

2    Michael Fitzgerald, Nina Kruschwitz, Didier Bonnet et Michael Welch. « Embracing Digital Technology: A New Strategic Imperative », MIT Sloan Management Review, 2013, p. 5-6.

3    Roger L. Martin et James B. Milway. Accroître la productivité des petites et moyennes entreprises par une plus grande utilisation des technologies de l’information et des communications, Toronto, Institute for Competitiveness and Prosperity, 2007.

4    Richard Dion. « La croissance de la productivité canadienne au cours de la dernière décennie : Les résultats de la recherche récente », Revue de la Banque du Canada, été 2007, p. 21.

5    Ibid., p. 21.

6   OCDE, Technologie de l’information et des communications (consulté le 10 juin 2015) ; Statistique Canada, Tableau 031-0007 Flux et stocks de capital fixe non résidentiel, pour l'ensemble des industries, selon les actifs, Canada, provinces et territoires. Les données de Statistique Canada ont été utilisées pour le Canada et ses provinces. Ces données reposent sur le programme révisé de stock du capital (novembre 2014) de Statistique Canada qui utilise de nouvelles méthodes et classifications, lesquelles à leur tour ont entraîné des révisions des niveaux de financement. Résultat : les chiffres de l’OCDE sur l’investissement pour le Canada ne correspondent pas aux derniers chiffres de Statistique Canada. Dans les séries plus anciennes de CANSIM, reposant sur la méthode précédente, les ordinateurs, le matériel de télécommunication et les logiciels étaient trois composantes distinctes des TIC, reprises sous l’intitulé « machines et matériel ». Dans les nouvelles séries de CANSIM, il n’existe plus de catégorie distincte pour le matériel de télécommunication. Celui-ci est repris dans la catégorie « produits informatiques et électroniques ». Par conséquent, l’investissement total dans les TIC pour le Canada et les provinces est à présent calculé comme la somme de l’investissement dans les logiciels et de l’investissement dans les produits informatiques et électroniques. adsf

7    Centre d’étude des niveaux de vie, What Explains the Canada–U.S. ICT Investment Intensity Gap?, Ottawa, Centre d’étude des niveaux de vie, décembre 2005, p. 79.

8    Le Conference Board du Canada, Investment and Productivity: Why Is M&E Investment Important to Labour Productivity?, Ottawa, le Conference Board du Canada, 2011.

9    Ibid.

10    Daniel Munro et Jessica Edge. Improving Innovation Management Decision-Making: Thinking Like an Innovator, Ottawa, le Conference Board du Canada, 2014, p. 20-21; Daniel Munro. Navigating and Managing Technology-Driven Change, Ottawa, le Conference Board du Canada, 2015, p. 17-18.

11    Daniel Munro. Navigating and Managing Technology-Driven Change.