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Le capital-risque joue un rôle important dans l’écosystème d’innovation en fournissant aux entreprises émergentes des capitaux d’amorçage – comme le financement de prédémarrage, de démarrage, de départ et autre type de financement d’amorçage – ou d’étapes ultérieures – c.-à-d. après la fabrication commerciale, mais avant un premier appel public à l’épargne1. Le capital-risque donne aux entreprises les moyens financiers dont elles ont besoin pour investir davantage en recherche et développement, dans la fabrication et dans le marketing avant de pouvoir générer des flux de revenus assez importants pour investir elles-mêmes.
Le capital-risque est aussi une source importante de compétences en gestion – élément clé d’une innovation réussie. Avec le financement, les investisseurs de capital-risque apportent une expérience entrepreneuriale, une connaissance de l’industrie, ainsi que des réseaux de clients, de fournisseurs et d’autres bailleurs de fonds – qui font défaut à beaucoup de jeunes entrepreneurs. Comme la capacité de gestion de l’innovation du Canada est faible par rapport à celle de nombreux pays de comparaison, ce pourrait être une pièce importante pour résoudre le casse-tête canadien de l’innovation.
Il est difficile de recueillir des données comparables sur l’investissement de capital-risque dans tous les pays. La variabilité de la performance résulte peut-être en partie de problèmes de données plutôt que de réelles différences de performance. Comme le souligne l’OCDE, « il n’existe pas de définitions internationales normalisées du capital-risque ni de la ventilation des investissements de capital-risque par stade de développement. De plus, la méthode de collecte des données diffère d’un pays à l’autre. Les données sur le capital-risque proviennent d’associations nationales ou régionales de capital-risque qui les produisent. » Les données utilisées ici sont tirées d’un ensemble de données « harmonisées » de l’OCDE, ainsi que du Moniteur du capital de risque d’Industrie Canada, dont les données nationales et provinciales correspondent à l’ensemble de données de l’OCDE2.
Nous utilisons une moyenne sur deux ans pour les pays de comparaison et de trois ans pour les provinces afin de lisser une partie de la variabilité interannuelle des investissements de capital-risque, en particulier dans les petites provinces qui voient moins de contrats. Dans leur cas, un ou deux gros investissements de capital-risque en une année peuvent donner l’impression qu’elles réussissent à attirer plus de capital-risque à long terme qu’elles ne le font en réalité.
Les performances provinciales varient considérablement. Des taux d’investissement de capital-risque très élevés en Colombie-Britannique (0,16 % du PIB) et au Québec (0,14 %) placent respectivement ces provinces aux 2e et 3e rangs du classement international, juste derrière les États-Unis (0,17 %). Les trois provinces obtiennent un « A » à l’indicateur du capital-risque au bilan comparatif. Avec de nouveaux investissements dans des entreprises du secteur des technologies de l’information et des communications (TIC) et du secteur des sciences de la vie, le taux d’investissement de capital-risque a plus que doublé en Colombie-Britannique en tout juste deux ans. D’après les données les plus récentes pour 2014 (plutôt que la moyenne sur trois ans), la Colombie-Britannique a le taux d’investissement de capital-risque le plus élevé de tous les pays et provinces de comparaison (0,21 % du PIB).
Bien que les entreprises ontariennes reçoivent plus de capitaux de risque que les entreprises des autres provinces (906 M$ en 2014), le taux d’investissement de capital-risque de l’Ontario en pourcentage du PIB (0,11 %) est inférieur à celui des trois premiers du classement. Cependant, l’Ontario obtient un « B » et se classe globalement quatrième. Grâce à des taux d’investissement relativement élevés en Colombie-Britannique, au Québec et en Ontario, le Canada se hisse au 5e rang globalement – et au 2e parmi les pays de comparaison – avec un « B ».
Quant aux autres provinces, Terre-Neuve-et-Labrador se classe 7e et obtient un « C », tandis que les autres occupent le 10e rang au mieux et se voient attribuer un « D » ou un « D− » à cet indicateur. Il est difficile d’analyser la performance des petites provinces, étant donné la nature instable de l’investissement de capital-risque. Ainsi, Terre-Neuve-et-Labrador a enregistré un taux moyen d’investissement de capital-risque de 0,06 % du PIB entre 2012 et 2014, mais ce taux tient uniquement à deux investissements de capital-risque d’un montant global de 60 M$ effectués en 2014. Au cours des neuf années précédentes, la province a enregistré en moyenne tout juste 2,7 M$ d’investissements de capital-risque par an, ce qui équivaut à 0,01 % du PIB et classe Terre-Neuve-et-Labrador à l’avant-dernier rang du classement général.
Les investissements de capital-risque ont plus que doublé globalement au Canada au cours des dernières années, passant de près de 1 G$ (0,07 % du PIB) en 2009 à plus de 2,3 G$ (0,12 % du PIB) en 2014. Le taux d’investissement de capital-risque canadien s’établit en moyenne sur trois ans à 0,11 % du PIB. Parallèlement, presque tous les pays de comparaison ont enregistré des baisses massives d’investissements de capital-risque en pourcentage du PIB. Le Canada, en tant que pays, est ainsi passé d’avant-avant-dernier du classement en 2009 à 2e sur les 16 pays de comparaison en 2014.
La Colombie-Britannique et le Québec sont les provinces les mieux classées et les deux à obtenir un « A » à l’indicateur de l’investissement de capital-risque, tandis que le Manitoba et l’Île-du-Prince-Édouard sont les plus mal classées et obtiennent un « D− ». Avec des investissements de capital-risque équivalant à 0,11 % du PIB, ce qui correspond à la moyenne globale du Canada, l’Ontario décroche un « B ». Terre-Neuve-et-Labrador, qui obtient un « C » pour des investissements de capital-risque équivalant à 0,06 % du PIB au cours de la période de mesure allant de 2012 à 2014, affiche une performance beaucoup plus variable si on la mesure sur dix ans. La Nouvelle-Écosse et l’Alberta accusaient un retard sur Terre-Neuve-et-Labrador de 2012 à 2014. Cependant, leur performance en matière d’investissement de capital-risque durant la dernière décennie est meilleure et plus stable que celle de Terre-Neuve-et-Labrador.
Dans l’ensemble, oui. Le nombre d’entreprises canadiennes recevant du capital-risque – et bénéficiant par là même des compétences en gestion et de réseaux – est passé de 378 en 2009 à 454 en 2011, avant de retomber à 416 en 2014. Quant aux investissements eux-mêmes, ils varient considérablement d’une province à l’autre, cinq d’entre elles enregistrant des hausses et quatre des baisses, la dernière restant stable depuis 2009. Le Nouveau-Brunswick, en particulier, est sur une trajectoire de forte croissance pour ce qui est du nombre d’entreprises recevant des capitaux et des conseils en gestion. Que ces entreprises réussissent ou échouent, l’augmentation du nombre d’entrepreneurs recevant de réels conseils en gestion est de bon augure pour la performance future du Canada en matière d’innovation.
En 2013 – année la plus récente pour laquelle on dispose de données internationales –, le Canada présentait une combinaison de capitaux de risque d’amorçage et d’étapes ultérieures unique parmi les pays de comparaison. Moins de 20 % des investissements de capital-risque au Canada correspondaient à un financement d’amorçage – c.-à-d. financement de prédémarrage, de démarrage, de départ –, contre une moyenne de plus de 60 % dans les pays de comparaison. Les autres 80 % correspondaient à un financement d’étapes ultérieures – c.-à-d. à un financement apporté après la fabrication commerciale, mais avant un premier appel public à l’épargne. Cette répartition est différente de celle de 2009, où les investissements de capital-risque d’amorçage et d’étapes ultérieures étaient à peu près équivalents et plus conformes à la norme mondiale.
On ne connaît pas vraiment les raisons de cette évolution vers un financement d’étapes ultérieures propre au Canada. D’un point de vue optimiste, elle laisse supposer que certains investisseurs ont le sentiment que les entreprises canadiennes ont plus de mal à prendre de l’expansion qu’à démarrer. Mais elle amène aussi à se demander si les entreprises canadiennes en démarrage réussiront à trouver assez de financement d’amorçage dans les années à venir.
Les plus grandes provinces affichent de bons résultats depuis 2009, avec une augmentation sensible des investissements de capital-risque en Ontario (117 %), en Colombie-Britannique (91 %), en Alberta (81 %) et au Québec (61 %)3. En revanche, les provinces de plus petite taille enregistrent depuis 2009 une baisse qui va de 19 % à Terre-Neuve-et-Labrador à 70 % au Nouveau-Brunswick. Cependant, la baisse au Nouveau-Brunswick tient plus au fait qu’en 2009, la province se trouvait au plus haut en dix ans pour ce qui est du capital-risque. Son taux de 0,04 % en 2014 est nettement inférieur au sommet de 0,09 % atteint en 2009, mais plus conforme à son taux moyen sur dix ans de 0,05 %.
Entre 2009 et 2013, les taux d’investissement de capital-risque ont baissé dans tous les pays de comparaison, sauf au Canada et aux États-Unis, où ils ont augmenté respectivement de 61 % et 96 %. Le Canada et quatre provinces clés ont amélioré leurs taux d’investissement de capital-risque absolu et leur performance par rapport à presque tous les pays de comparaison. Cela semble découler de quelques facteurs4 :
En bref, les taux d’investissement de capital-risque en Colombie-Britannique, en Alberta, en Ontario et au Québec bénéficient d’injections de fonds provenant de sources gouvernementales canadiennes et d’investisseurs de capital-risque américains. La performance relative s’est également améliorée avec la baisse post-récession des fonds de capital-risque dans certains pays de comparaison. Quant à savoir si ces tendances se maintiendront à l’avenir, nul ne le sait. Ce qui est clair, c’est que la performance du Canada en matière d’investissement de capital-risque dépend fortement de fonds étrangers et garantis par l’État, plutôt que de fonds privés canadiens, ce qui donne à penser que, globalement, le marché canadien du capital-risque est sans doute vulnérable.
À l’heure actuelle, la performance de trois des plus grandes provinces canadiennes est relativement solide, tandis que celle des autres provinces va de bonne à mauvaise. Les pays européens sortant des effets prolongés de la récession, le Québec, la Colombie-Britannique et l’Ontario pourraient voir leur classement reculer, tandis que les provinces à la traîne risquent de se laisser distancer encore plus. De plus, comme les entreprises canadiennes livrent concurrence surtout sur le marché nord-américain, la meilleure performance des États-Unis – et en particulier d’États comme la Californie et le Massachusetts – devrait nous préoccuper. La performance de certaines provinces canadiennes s’est améliorée, mais elles doivent encore faire mieux.
Pour qu’une province, un État ou un pays obtienne de bons résultats en matière d’investissements de capital-risque – et profite ensuite de leurs retombées sur le plan de l’innovation –, il lui faut trois choses : des gens ou des organisations qui ont de l’argent à investir, des entreprises dans lesquelles il vaut la peine d’investir et des mécanismes pour relier les deux groupes.
1 OCDE. Panorama de l’entrepreneuriat 2014, Paris, OCDE, 2014, p. 22.
2 Ibid., p. 22, 102-104; Industrie Canada, Le Moniteur du capital de risque.
3 L’évolution provinciale est calculée en écart de pourcentage entre le taux d’investissement en capital-risque moyen sur trois ans (2012-2014) et le taux de 2009 (un an).
4 Daniel Munro. Canada’s Venture Capital Opportunity, Ottawa, Le Conference Board du Canada, 2015.
5 BDC Capital. À propos.
6 Michael Grant. Start Me Up: Funding Canada’s Emerging Innovators, Ottawa, Le Conference Board du Canada, 2014, p. 72-73.
7 Ibid., p. 72.
8 Ibid., p. 74.
Investissements de capital-risque en pourcentage du PIB.
Note : Les données affichées sur cette page datent de septembre 2015.