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La recherche-développement (R-D) publique a une fonction incontournable dans l’écosystème de l’innovation et de la science. Constituée des activités de R-D postsecondaires et gouvernementales, elle joue un certain nombre de rôles.
Premièrement, une grande partie de la recherche postsecondaire (mais pas toute) et une partie de la recherche gouvernementale se concentrent sur l’exploration des connaissances et la résolution de questions de science fondamentale. Celles-ci servent d’assise à l’innovation, mais les entreprises ne font généralement pas ce type de recherches elles-mêmes, car leurs liens avec l’innovation et la commercialisation sont moins directs et leurs résultats plus incertains. Certes, les chercheurs postsecondaires et gouvernementaux mènent désormais davantage de recherche appliquée et axée sur des problèmes précis, et quelques entreprises consacrent du temps et des ressources à la science fondamentale, mais ce sont en général la R-D publique qui fait ce que les entreprises n’ont ni les ressources ni l’envie de faire, à savoir combler les lacunes dans le domaine des sciences fondamentales.
Deuxièmement, la R-D postsecondaire joue un rôle essentiel dans la formation et la préparation des chercheurs de demain, qui exerceront dans le milieu universitaire, le secteur public et l’industrie. Les étudiants de premier cycle, deuxième et troisième cycles bénéficient du temps consacré à des projets de recherche dans les universités, les collèges et les écoles polytechniques du Canada. À leur tour, les employeurs, qu’il s’agisse d’établissements d’enseignement supérieur, de gouvernements ou de l’industrie, ont l’occasion de recruter des chercheurs de pointe dûment formés, à même de contribuer à l’innovation sociale et économique.
Enfin, la R-D publique joue un rôle important dans l’exploration et le développement de l’innovation sociale et politique dont la société a besoin, mais que peu d’entreprises peuvent mener, par manque de motivation ou faute de l’indépendance requise. Une grande partie de la recherche gouvernementale et postsecondaire génère des idées qui contribuent à innover et à apporter des améliorations dans toute une gamme de domaines d’ordre social, politique et économique, notamment la santé, l’environnement, le logement, l’intégration des nouveaux arrivants, les infrastructures et le mieux-être communautaire. Certaines recherches publiques se concentrent sur les conditions économiques, sociales et politiques de base qui forment l’écosystème de l’innovation dans lequel l’innovation commerciale réussit ou échoue – notamment les politiques en matière d’éducation et de compétences, les pôles d’innovation, ainsi que la fiscalité, les réglementations et les politiques en R-D.
Dans ce bilan comparatif, la R-D publique correspond à la somme des dépenses gouvernementales et de l’enseignement supérieur en R-D, exprimée en pourcentage du PIB. Bien que d’autres analyses fassent souvent la distinction entre ces deux types de dépenses, nous les avons combinées étant donné que la manière de structurer les activités publiques de R-D varie selon les collectivités publiques. Ainsi, certains pays ont de solides réseaux de laboratoires gouvernementaux, mais des portefeuilles de recherche postsecondaire plus faibles, tandis que c’est l’inverse dans d’autres pays. En combinant ces deux mesures pour former un seul indicateur pour la R-D publique, nous évitons de pénaliser les collectivités publiques pour la configuration structurelle de leur écosystème d’innovation et de recherche publique. Mentionnons que ces mesures ne correspondent pas au financement en matière de R-D, mais bien aux dépenses en R-D réalisées par les secteurs jouant un rôle à cet égard. Les entreprises comptent parmi les sources de financement.
La performance des provinces par rapport aux pays de comparaison varie considérablement. Avec une R-D publique légèrement supérieure à 1,2 % de son PIB, la Nouvelle-Écosse décroche un « A+ » et prend la tête du classement. L’Ontario (1,02 %), le Québec (0,96 %) et l’Île-du-Prince-Édouard (0,91 %) obtiennent un « A » et se classent en 3e, 5e et 9e positions. Le Danemark (1,04 %), la Suède (1,02 %) et la Finlande (1,01 %) arrivent en tête du classement.
Le Manitoba (0,82 %) reçoit un « B » et se positionne en milieu de peloton, occupant la 13e place. Le Canada obtient lui aussi un « B » et arrive au 9e rang parmi les 16 pays du classement, avec une R-D publique représentant 0,81 % de son PIB.
Cinq provinces figurent parmi les sept derniers du classement général. Le Nouveau-Brunswick (0,65 %), Terre-Neuve-et-Labrador (0,63 %) et la Colombie-Britannique (0,62 %) reçoivent un « C », ce qui leur vaut respectivement les 20e, 21e et 22eplaces; ces deux provinces ne devancent que deux pays : le Royaume-Uni (0,56 %) et l’Irlande (0,44 %), qui écopent tous deux d’un « D ». La Saskatchewan (0,50 %) et l’Alberta (0,47 %) écopent également d’un « D » et occupent les 24e et 25e rangs sur les 26 pays et provinces du classement. Seule l’Irlande fait pire que l’Alberta et la Saskatchewan.
La R-D publique varie considérablement selon les provinces. La Nouvelle-Écosse est la province la plus performante pour cet indicateur, suivie de l’Ontario et du Québec, avec pour chacune des trois des R-D publiques avoisinant 1 % du PIB, ou légèrement supérieures. L’Ontario et le Québec obtiennent donc un « A », tandis que la Nouvelle-Écosse décroche un « A+ ». L’Île-du-Prince-Édouard remporte également un « A », bien que sa R-D publique soit légèrement en dessous du seuil de 1 %, soit de 0,91 % en proportion du PIB. En revanche, deux provinces – la Saskatchewan et l’Alberta – réalisent nettement moins de R-D et écopent d’un « D ».
La Nouvelle-Écosse est la seule province à afficher une performance constante depuis 1991, décrochant chaque année un « A+ » par rapport aux pays de comparaison. Son pourcentage du PIB consacré à la R-D publique a toutefois connu une certaine volatilité, allant d’un creux de 0,95 % en 1997 à un pic de 1,21 % en 2006. En fait, il est en baisse depuis 2006. Par opposition, seulement 4 des 16 pays de comparaison seulement 4 des 16 pays de comparaison ont vu leur pourcentage du PIB lié à la R-D publique diminuer pour la même période.
Presque toutes les provinces ont nettement augmenté leurs R-D publiques entre 1997 et 2004, essentiellement grâce à d’importants nouveaux investissements dans la recherche postsecondaire. Ceux-ci comprenaient la création de la Fondation canadienne pour l’innovation et des Chaires de recherche du Canada, ainsi qu’une série d’autres petits programmes de financement de la recherche pour les universités et les collèges. En 1997, les provinces ont collectivement obtenu un « A+ », un « A », trois « B », deux « C » et trois « D ». En 2004, le bilan s’était amélioré, avec deux « A+ », deux « A », trois « B », deux « C » et un seul « D ». Globalement, les R-D du Canada sont passées de 0,66 % en 1997 à 0,89 % en 2004, ce qui lui a permis de troquer son « B » contre un « A » et de se hisser de la 10e à la 4e place au classement.
Cependant, depuis 2004, la part de la R-D publique par rapport au PIB a reculé dans sept provinces et a généralement stagné dans les trois autres. Parallèlement, 12 des 16 pays du classement ont augmenté leurs R-D publiques et beaucoup ont dépassé certaines provinces au classement général. Avec une proportion qui est passée de 0,89 % à 0,81 %, le Canada a vu sa note chuter du « A » au « B » et est retombé au 9e rang par rapport aux pays de comparaison. En résumé, l’avantage gagné par les provinces et le Canada à la fin des années 1990 et au début des années 2000 s’est évanoui parce que la part de la R-D publique est restée au même niveau, tandis qu’elle a augmenté dans la plupart des pays de comparaison.
En fait, ces dernières années, les dépenses en chiffres absolus ont diminué au Canada dans deux des trois catégories de dépenses en R-D. Entre 2008 et 2013, la R-D des entreprises a baissé, passant de 16 G$ à 14 G$ (en dollars de 2007), tandis que la R-D gouvernementale est passée de 2,9 G$ à 2,5 G$ (en dollars de 2007). Parallèlement, la R-D des établissements postsecondaires a augmenté et est passée de 10,5 G$ à 11 G$ (en dollars de 2007) entre 2008 et 2012, mais a légèrement diminué en 2013.
Dans l’ensemble, les dépenses en R-D au Canada sont passées de 29,6 G$ à 27,7 G$ entre 2008 et 2013. Cette tendance fait peser de gros doutes sur la volonté du Canada de se donner les moyens de rester concurrentiel à long terme dans les domaines de la science et de l’innovation.
Au Canada, la recherche-développement (R-D) des entreprises surpasse généralement la R-D publique – mais l’écart a été marginal ces dernières années.
La répartition de la R-D des entreprises, de l’enseignement supérieur et du gouvernement varie selon les provinces. Ainsi la part de la R-D des entreprises par rapport à l’ensemble de la R-D est la plus élevée en Alberta (57 %) et la plus basse en Nouvelle-Écosse (16 %). La part de la R-D de l’enseignement supérieur est la plus élevée en Nouvelle-Écosse (75 %) et la plus faible en Ontario (36 %). La part de la R-D du gouvernement est la plus élevée à l’Île-du-Prince-Édouard (19 %) et la plus faible en Colombie-Britannique (4 %).
Le Canada et ses provinces se démarquent par la part élevée de la R-D de l’enseignement supérieur. En effet, la moyenne pour les 16 pays du classement en ce qui concerne la part de l’enseignement supérieur a été de 25 % en 2013 – soit 15 points de pourcentage en moins que le Canada. La province ayant la plus faible proportion de R-D de l’enseignement supérieur, à savoir l’Ontario (36 %), se situe quatre points de pourcentage au-dessus du pays (autre que le Canada) présentant le pourcentage le plus élevé, à savoir les Pays-Bas (32 %).
Malgré la part élevée que représente la R-D de l’enseignement supérieur, la performance des provinces par rapport aux pays de comparaison est mitigée. Certes, la Nouvelle-Écosse est en tête du classement et le Québec se classe relativement bien, mais beaucoup de provinces sont à la traîne. La performance globale du Canada est moyenne et en régression.
En ce qui concerne la part des dépenses gouvernementales, la performance des provinces est pire. Si trois provinces – l’Ontario, l’Île-du-Prince-Édouard et le Manitoba – se positionnent dans la première moitié du classement, cinq végètent dans le dernier tiers, tandis que le Canada se classe au 10e rang parmi les 16 pays.
La R-D publique des provinces a été fortement stimulée par les importants investissements du gouvernement fédéral dans la recherche postsecondaire à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Toutefois, peu de choses ont depuis aidé les provinces et le Canada à rester parmi les chefs de file mondiaux. Les réductions progressives à long terme des investissements gouvernementaux dans la R-D et la stagnation des investissements de l’enseignement supérieur au Canada, combinés à une hausse des investissements des autres pays, ont érodé l’avance qu’avaient jadis le Canada et ses provinces.
L’investissement public dans la R-D se retrouve de plus en plus souvent en concurrence avec d’autres priorités publiques – comme l’envolée des coûts des soins de santé et des coûts d’infrastructure – et certains commencent à se demander si les investissements réalisés autrefois ont produit les gains escomptés en ce qui concerne les connaissances et l’innovation. Toutes ces forces réunies empêchent les gouvernements de consacrer plus de fonds à la R-D. Malheureusement, en raison de son incapacité à maintenir ou à augmenter son niveau de financement, le Canada aura plus de mal non seulement à améliorer sa performance en matière d’innovation, mais aussi à résoudre les difficultés économiques et sociales qui pèsent sur les ressources publiques.
À une certaine époque, le Canada et ses provinces ont réalisé avec succès des investissements stratégiques dans la recherche postsecondaire – y compris la recherche axée sur la découverte et l’innovation. En outre, nombre des investissements récents ont été spécialement pensés de manière à encourager les partenariats entre les chercheurs postsecondaires et les entreprises, dans le but de combler le fossé entre les idées et leur application commerciale.
Cependant, si les efforts visant à lier plus directement une partie de la recherche à ses applications commerciales sont encourageants et doivent se poursuivre, le faire au détriment des ressources consacrées à la recherche sans application commerciale pourrait affaiblir l’assise scientifique dont le Canada a besoin pour réussir à innover à long terme. Le Canada doit aussi être conscient que le fait de lier le financement public de la recherche à des partenariats avec les entreprises risque de précipiter la baisse des dépenses des entreprises en R-D. En effet, si les entreprises se rendent compte que les établissements d’enseignement supérieur peuvent répondre à une partie de leurs besoins en matière de recherche, elles pourraient décider de consacrer à d’autres fins le budget qu’elles allouent actuellement à la recherche.
Le principal problème, c’est que le Canada et ses provinces accordent moins de priorité à la R-D publique compte tenu des autres priorités, comme les soins de santé et les infrastructures. Ce qui est paradoxal cependant, c’est que le fait de réduire les fonds alloués à la recherche pourrait entraver la capacité du Canada à résoudre ses problèmes en matière de santé, d’environnement ou autres en utilisant l’innovation, au lieu de continuer à dépenser toujours plus, de façon non soutenable au bout du compte. Il reste que l’amélioration de la R-D publique, et de manière plus générale l’innovation, nécessitera une nouvelle façon de penser audacieuse et de nouveaux investissements substantiels.
Dépenses en recherche et développement réalisées par le secteur public (gouvernement et enseignement supérieur) en pourcentage du produit intérieur brut.
Note : Les données affichées sur cette page datent de septembre 2015.