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La productivité est un des facteurs déterminants du niveau de vie à long terme. Elle est essentielle à la compétitivité des entreprises et au bien-être économique et social. De plus, comme elle mesure l’efficacité à convertir des intrants (p. ex. personnes, technologie, procédés) en extrants utiles dans la production, le marketing ou la fourniture de biens et de services, elle constitue un indicateur indirect de la performance en matière d’innovation. Si on veut utiliser autant ou moins d’intrants pour produire des extrants en plus grande quantité et de meilleure qualité, il faut améliorer les procédés, adopter et utiliser la technologie et/ou mettre au point de nouveaux produits et services de plus grande valeur, ou encore les améliorer. En bref, la productivité du travail dépend dans une large mesure de l’innovation.
L’innovation n’est certes pas le seul moteur de l’augmentation de la productivité. Par exemple, les prix mondiaux de certains produits et services, en particulier ceux liés aux ressources, influent sur le PIB et, par conséquent, sur la productivité. Cependant, le lien entre productivité et innovation est crucial. Plus les organisations peuvent tirer de la même quantité d’intrants ou d’une quantité moindre, plus elles deviennent compétitives et plus elles sont à même de survivre et de prospérer au fil du temps. De même, plus les économies et les sociétés peuvent tirer de la même quantité d’intrants ou d’une quantité moindre, plus elles sont en mesure d’enregistrer une croissance économique, d’améliorer le niveau de vie et de réduire l’incidence de la production économique sur l’environnement.
La productivité du travail se mesure en PIB par heure travaillée – autrement dit, en production moyenne d’un travailleur par heure de travail. Elle traduit l’efficacité des gens à produire des biens et des services en utilisant des machines, de l’équipement ou d’autres éléments dans le processus de production. Pour permettre des comparaisons internationales, la productivité du travail est calculée en PIB par heure travaillée en dollars américains en parités de pouvoir d’achat et aux prix de 2005.
La plupart des provinces obtiennent de mauvais résultats sur le plan de la productivité du travail par rapport aux pays de comparaison. L’Alberta (56,20 USD/heure) et Terre-Neuve-et-Labrador (50,35 USD/heure) s’en sortent assez bien au classement international – elles obtiennent un « B » et occupent respectivement les 3e et 9e rangs. Ce n’est guère surprenant, étant donné que non seulement ces provinces riches en ressources bénéficient d’économies à forte intensité de capital, mais qu’elles ont aussi tiré parti de cours mondiaux élevés du pétrole et du gaz. Ces cours élevés ont aussi profité au premier du classement international, la Norvège, qui décroche un « A » à l’indicateur de la productivité du travail, soit 63,40 USD par heure travaillée dans son cas.
Une autre province riche en ressources, la Saskatchewan (44,14 USD/heure), obtient un « C » et se classe 16e à cet indicateur. Elle occupe le 3e rang des provinces, mais ne fait mieux que seulement deux pays de comparaison – la Finlande (42,60 USD) et le Japon (36,20 USD). En fait, le Canada et les provinces occupent 9 des 11 derniers rangs du classement international. Le Canada (43,01 USD) obtient un « C » et se classe 14e parmi les 16 pays de comparaison.
Cinq provinces décrochent un « D » avec une productivité du travail inférieure à la moyenne canadienne : la Colombie-Britannique (42,98 USD), l’Ontario (41,66 USD), le Québec (39,34 USD), le Manitoba (38,26 USD) et la Nouvelle-Écosse (36,34 USD). Les autres, à savoir le Nouveau-Brunswick (34,40 USD) et l’Île-du-Prince-Édouard (30,69 USD), se voient attribuer un « D– » et se classent derrière le Japon, lanterne rouge des pays de comparaison.
L’Alberta est la province qui se classe le mieux, suivie de Terre-Neuve-et-Labrador. Avec une productivité du travail supérieure à 50 USD de l’heure, toutes deux obtiennent un « B ». La Saskatchewan occupe le 3e rang des provinces et décroche un « C ». Dans les autres provinces, la productivité du travail est inférieure à la moyenne nationale, ce qui leur vaut un « D » (Colombie-Britannique, Ontario, Québec, Manitoba et Nouvelle-Écosse) ou un « D– » (Nouveau-Brunswick et Île-du-Prince-Édouard).
Malgré une augmentation de la productivité du travail dans toutes les provinces au cours des deux dernières décennies, seules deux d’entre elles ont réussi à dépasser la croissance moyenne de l’ensemble des pays de comparaison depuis 1997. Terre-Neuve-et-Labrador est ainsi passée de 35,60 USD par heure travaillée en 1997 à 50,35 USD en 2013 – troquant par là même un « D » pour un « B ». Cependant, la productivité y a atteint son maximum en 2007 avec 54,10 USD, mais depuis, elle ne cesse de baisser. Depuis cinq ans, la productivité stagne ou baisse légèrement dans quelques pays de comparaison, mais dans aucun d’eux, la baisse n’est aussi marquée qu’à Terre-Neuve-et-Labrador depuis 2007.
La Saskatchewan a aussi dépassé l’augmentation moyenne de la productivité dans les pays de comparaison ces 20 dernières années, passant de 34,70 à 44,14 USD et de « D » à « C ». L’Alberta a presque toujours obtenu un « B » de 1997 à 2013, et même un « A » en 1998 et 1999, se hissant ces deux années-là au 2e rang du classement, juste derrière la Norvège.
Toutes les autres provinces ont obtenu la même note en 2013 qu’en 1997, avec entre-temps de légères variations pour quelques-unes. Ainsi, l’Ontario a décroché un « C » en 2000, tout comme la Colombie-Britannique en 2011, mais toutes deux ont dû se contenter d’un « D » toutes les autres années entre 1997 et 2013. Le Nouveau-Brunswick a été rétrogradé à « D– » en 2007, mais autrement a toujours obtenu un « D ». Enfin, le Manitoba a obtenu un « D » de 1997 à 2013, sauf entre 2003 et 2005, où il est passé à « D– ».
L’incapacité du Canada de faire aussi bien que nombre de pays de comparaison en ce qui concerne l’augmentation de la productivité du travail est également apparente lorsqu’on regarde les taux de croissance en pourcentages. Entre 2003 et 2013, les États-Unis affichaient un taux de croissance annuel moyen composé de 1,4 %, et le Canada, de 0,9 %. L’Ontario et le Québec – les deux plus grandes provinces – affichaient quant à elle un taux inférieur à 1 % par an.
Plus récemment (2008-2013), l’augmentation annuelle moyenne de la productivité dans les provinces allait d’un sommet de 1,7 % au Manitoba à un creux de 0,5 % à l’Île-du-Prince-Édouard. Parallèlement, Terre-Neuve-et-Labrador a enregistré une baisse annuelle moyenne de la productivité du travail de 1 %. Les seuls pays de comparaison dont la baisse de la productivité du travail approchait celle de Terre-Neuve-et-Labrador étaient la Finlande et le Royaume-Uni, qui ont enregistré des baisses annuelles moyennes de 0,2 % au cours de la même période.
Une faible productivité indique une faible innovation et pose un problème pour la prospérité économique et le bien-être social futurs de la plupart des provinces. En 2013, la productivité du travail canadienne de 43,01 USD de l’heure n’équivalait qu’à 76 % de celle des États-Unis (56,90 USD) et à 68 % de celle de la Norvège (63,40 USD). En pourcentage du niveau atteint par les États-Unis, les provinces vont d’un maximum de 99 % pour l’Alberta à un minimum de 54 % pour l’Île-du-Prince-Édouard. En pourcentage de celui atteint par le premier de la classe, la Norvège, les provinces vont de 87 % pour l’Alberta à 48 % pour l’Île-du-Prince-Édouard.
Pire encore, ces pourcentages ont diminué avec le temps dans presque toutes les provinces. En 1997, la productivité du travail de l’Alberta (49,40 USD) était supérieure de 17 % à celle des États-Unis (42,40 USD), mais en 2013, ils étaient à égalité, la productivité américaine augmentant davantage et de manière plus constante. Entre 1997 et 2013, l’Ontario a fortement reculé par rapport aux États-Unis – de 83 à 73 % de la productivité américaine –, tout comme le Québec – de 78 à 69 %. Terre-Neuve-et-Labrador a vu sa productivité par rapport à celle des États-Unis passer de 84 % en 1997 à 102 % en 2007. Mais depuis, elle est retombée à 89 %, soit seulement 4,6 points de pourcentage de plus qu’en 1997.
Malgré un consensus sur la nécessité d’une amélioration de la productivité canadienne, l’écart avec les États-Unis se creuse dans la plupart des provinces et ne se resserre pas. Cela donne à penser que la plupart des provinces se laissent tout bonnement distancer par les États-Unis et d’autres pays de comparaison sur le plan de l’innovation et d’autres mesures nécessaires pour améliorer la productivité.
La croissance de la productivité résulte de nombreux facteurs, même si l’innovation y joue un rôle central. Le Conference Board a tracé le diagramme ci-dessous pour montrer les principaux moteurs de la productivité du travail.
Au sommet de la pyramide se trouvent les facteurs particuliers aux entreprises – le capital humain, le capital physique (investissement), ainsi que l’innovation et l’évolution technologique dans une organisation donnée. De manière générale, tous les facteurs propres à l’entreprise sont associés à l’innovation (p. ex. modification des procédés, technologie et amélioration de produits et services) ou à la capacité d’innovation (p. ex. connaissances, compétences et ressources des entreprises et des personnes qui conçoivent et appliquent des idées, des technologies, des méthodes de gestion et des procédés nouveaux ou améliorés).
La couche intermédiaire correspond au climat d’affaires et aux politiques dans lesquels se conjuguent les facteurs propres aux entreprises. Par exemple, si une organisation évolue dans un milieu très compétitif, ce milieu peut avoir une incidence indirecte sur la productivité par ses effets sur les variables propres à l’entreprise. De manière générale, ces facteurs se rapportent à l’écosystème de l’innovation – autrement dit, les politiques, les règlements, le financement, les services de soutien et autres éléments qui favorisent ou freinent l’innovation.
La couche inférieure est celle de la dynamique de l’économie mondiale. Le Canada exerce une influence sur une partie de cette dynamique, par exemple sur la libéralisation des échanges. D’autres aspects, comme les cours mondiaux des produits de base, échappent pour l’essentiel au contrôle de tout pays.
Il n’existe pas de solution miracle pour améliorer la productivité. Étant donné le nombre et la complexité des facteurs qui déterminent sa croissance, il faut des approches à facettes multiples. Et certains facteurs échappent tout bonnement au contrôle des décideurs et de l’industrie. Cependant, les entreprises peuvent améliorer leur productivité en investissant dans de la machinerie et de l’équipement, ainsi qu’en innovant sur le plan des procédés et de la technologie. Les décideurs peuvent aider en rendant le climat d’affaires plus propice aux entrepreneurs et en améliorant la capacité d’innover avec succès au niveau individuel et dans les organisations.
La plupart des provinces s’en sortent assez bien en ce qui concerne le capital humain. Par rapport à leurs homologues des pays de comparaison, les travailleurs canadiens sont très instruits et qualifiés. Il y a place à l’amélioration en ce qui concerne les compétences en littératie et en numératie des adultes, de même que sur le plan des investissements dans la formation en milieu de travail, mais la qualité globale de la population active canadienne ne semble pas être la cause de la faiblesse de la productivité. Cependant, pour ne pas perdre de terrain sur les pays de comparaison, il faudra des efforts continus pour éduquer et former les générations futures de Canadiens et utiliser leurs compétences.
Pour ce qui est de l’intensité de capital (la quantité de capital dont dispose chaque travailleur, en particulier en machines et équipement), la performance provinciale est contrastée. L’intensité de capital est évidemment plus grande dans les provinces riches en ressources. Le stock de capital par travailleur est supérieur à la moyenne nationale en Alberta, en Saskatchewan et à Terre-Neuve-et-Labrador, et l’intensité de capital est plus grande en Alberta et en Saskatchewan qu’aux États-Unis. Mais il n’en reste pas moins que sept provinces, dont les deux plus grandes, soit l’Ontario et le Québec, sont à la traîne pour ce qui est de l’intensité de capital.
Investir dans la machinerie et l’équipement (M-É) – en particulier dans les technologies de l’information et des communications (TIC) – permet d’adopter et de diffuser les toutes dernières technologies, ce qui stimule la productivité. Nous savons que les pays qui investissent plus dans la M-É enregistrent généralement des gains de productivité plus importants. L’investissement canadien dans la M-É en pourcentage du PIB est parmi les plus faibles des pays de comparaison. Quant à l’investissement dans les TIC en particulier, le Canada obtient un « C » et se classe au 12e rang sur 15 pays de comparaison.
À l’échelle provinciale, ce sont de nouveau les provinces riches en ressources – l’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador – qui investissent plus dans la M-É par travailleur que les États-Unis. Toutefois, la plupart des provinces – y compris celles riches en ressources – affichent des taux d’investissement dans les TIC particulièrement faibles, la plupart obtenant un « C » ou un « D » par rapport aux pays de comparaison. Les politiques qui peuvent aider à encourager l’investissement et, par conséquent, à améliorer la productivité comprennent :
Dernièrement, le Conference Board a examiné ces questions en profondeur – en particulier les difficultés auxquelles sont confrontées les petites et moyennes entreprises dans l’adoption des TIC – et il a élaboré un guide de planification et d’action pour aider les PME à s’y retrouver dans l’évolution technologique et à la gérer.
Le retard de productivité du Canada et des provinces peut également résulter d’une baisse durable des taux d’entrée d’entrepriseset de sortie, ainsi que d’une affectation connexe inefficace de ressources déjà maigres à l’innovation et à l’amélioration de la productivité. Bien que des taux de sortie d’entreprises élevés soient préoccupants s’ils sont dus à des entreprises confrontées à un climat hostile à l’innovation et à la croissance, un certain roulement d’entreprises est une bonne chose. Comme le souligne l’OCDE, « les économies doivent tirer le meilleur parti de ressources rares en permettant à la main-d’œuvre, au capital et aux compétences d’aller vers les entreprises les plus productives1 ». Or, cela se produit notamment par la sortie du marché d’entreprises défaillantes et l’arrivée de nouvelles entreprises dynamiques. Les entreprises moins productives quittant le marché, les ressources (p. ex. la main-d’œuvre, le capital et les compétences) dont elles avaient le contrôle sont libérées pour d’autres entreprises peut-être plus productives.
Depuis plus de deux décennies, toutefois, les taux d’entrée et de sortie d’entreprises baissent au Canada, ce qui laisse supposer que la main-d’œuvre et le capital ne circulent pas aussi facilement vers des entreprises plus dynamiques que dans le passé. Les taux d’entrée d’entreprises sont passés d’un sommet de 24,5 % (en pourcentage des entreprises actives) en 1983 à 13,1 % en 2012. De même, les taux de sortie d’entreprises ont baissé de près de 5 % (passant de 16,5 % en 1983 à 11,6 % en 2012), alors qu’ils avaient atteint 19,1 % en 1990. Bien que l’ampleur de la baisse varie, les taux d’entrée et de sortie d’entreprises ont baissé dans toutes les provinces depuis 2002, première année pour laquelle on dispose de données.
Pour améliorer la productivité au vu de ce phénomène, les provinces devraient envisager des politiques favorables à une meilleure affectation des ressources, c’est-à-dire qui les ferait passer d’entreprises stagnantes à des entreprises dynamiques présentant un plus grand potentiel d’innovation et de productivité. Entre autres mesures, on pourrait ouvrir davantage les marchés à la concurrence, réduire les obstacles à la mobilité de la main-d’œuvre et voir si les lois en matière de faillite pénalisent trop l’échec et empêchent donc une meilleure répartition des ressources2. Parallèlement, les provinces voudront s’assurer que les travailleurs ont suffisamment de possibilités d’améliorer leur formation et leurs compétences, et qu’ils peuvent compter sur des filets de sécurité sociale bien conçus pour réduire au minimum les perturbations créées par l’entrée et la sortie d’entreprises.
1 M. A. McGowan, D. Andrews, C. Criscuolo et G. Nicoletti. The Future of Productivity, Paris, OCDE, 2015, p. 3.
2 Ibid., p. 14.
PIB par heure travaillée.
Note : Les données affichées sur cette page datent de septembre 2015.