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L’investissement dans les technologies de l’information et des communications (TIC) est essentiel à deux égards pour l’innovation. Premièrement, il fournit l’infrastructure numérique essentielle nécessaire pour l’échange des idées et des données, au sein des organisations et entre elles, ce qui est indispensable pour développer, commercialiser et mettre en valeur des produits et services nouveaux et améliorés. Deuxièmement, l’adoption et l’utilisation des TIC constituent une innovation de procédé à l’échelle au niveau de l’entreprise, contribuant à des gains d’efficience et à la croissance de la productivité. Comme le fait remarquer le comité d’experts sur l’innovation dans les entreprises du Conseil des académies canadiennes, les investissements dans « le matériel de pointe, et particulièrement dans les technologies de l’information et des communications, attestent d’une orientation vers l’innovation dans pratiquement tous les secteurs et types d’entreprises1 ».
L’investissement dans les TIC apporte de nombreux avantages à une entreprise. Selon une récente enquête, les chefs de file en ce qui concerne l’adoption de ces technologies constatent de nettes améliorations sur le plan de l’expérience de la clientèle, la simplification des opérations et les nouveaux secteurs d’activité ou modèles d’entreprise – conduisant à une hausse des revenus, de la rentabilité et de la valeur marchande2. Adéquatement déployées, les TIC aident les entreprises à développer de nouveaux produits, services et processus, et leur permettent de communiquer plus efficacement avec les clients et les fournisseurs. D’après une étude sur les entreprises menée par l’OCDE, une augmentation de 10 % de l’effectif utilisant des ordinateurs améliore la productivité de 1,3 %. Les entreprises ayant procédé à une série d’investissements dans les TIC ont également une productivité de 12 % supérieure à celle des autres entreprises3. Les entreprises qui n’innovent pas en adoptant des TIC ont des coûts plus élevés et des revenus plus bas que leurs concurrentes. Elles risquent d’être évincées du marché par les concurrents qui, eux, mettent la technologie à profit.
Sur le plan économique, d’importants écarts de productivité peuvent apparaître entre les provinces et les pays qui investissent dans les TIC et ceux qui ne le font pas. Les résultats d’une étude portant sur la performance du Canada en matière de productivité entre les années 1990 et le milieu des années 2000 ont confirmé le lien entre les investissements dans les TIC et la productivité. D’après cette étude, « le Canada n’a pas autant tiré parti des TIC ni réalisé les mêmes gains d’efficience dans la production de biens et de services que son voisin du Sud4 ». En particulier, le déclin des investissements dans les TIC et de leur mise en œuvre entre 2001 et 2005 a « retranché 0,4 point de pourcentage annuellement au taux d’accroissement de la productivité du secteur canadien des entreprises5 ». D’autres facteurs influent sur l’innovation et la productivité, mais l’investissement dans les TIC en est un de taille.
L’investissement dans les TIC se mesure selon la part du produit intérieur brut (PIB) afin d’évaluer le niveau d’investissement de chaque région de comparaison par rapport à la taille de son économie.
L’investissement dans les TIC comprend les trois types d’investissement suivants :
La plupart des provinces s’en sortent mal par rapport aux pays de comparaison pour cet indicateur. L’Île-du-Prince-Édouard et l’Ontario obtiennent un « B » et se classent dans la moitié supérieure du classement général, mais parmi les provinces restantes, cinq n’obtiennent qu’un « C » et trois écopent d’un « D ».
L’Île-du-Prince-Édouard investit 2,73 % de son PIB dans les technologies de l’information et des communications, ce qui lui vaut la 9e place au classement, mais la laisse loin derrière les pays les plus performants, à savoir le Danemark (3,51 %), la Suisse (3,28 %) et le Japon (3,23 %). Avec un investissement représentant 2,61 % de son PIB, l’Ontario parvient de justesse à se positionner dans la première moitié du classement. Il occupe la 12e place, mais est devancé par 10 des 15 pays du classement.
Le Québec, l’Alberta, le Manitoba, la Colombie-Britannique et la Nouvelle-Écosse, ainsi que le Canada dans son ensemble, reçoivent un « C », avec un taux d’investissement allant de 2,38 % à 2 % de leur PIB. Parmi les pays comparables au Canada, seules la Finlande, l’Allemagne et l’Irlande font moins bien. Avec un taux d’investissement dans les TIC inférieur à 2 % de leur PIB, le Nouveau-Brunswick (1,85 %), la Saskatchewan (1,74 %) et Terre-Neuve-et-Labrador (1,48 %) écopent d’un « D », rejoignant la Finlande (1,77 %), l’Allemagne (1,56 %) et l’Irlande (1,39 %) en queue de peloton.
L’Île-du-Prince-Édouard et l’Ontario sont les deux premières provinces du classement et les seules à décrocher un « B » pour cet indicateur, tandis que le Nouveau-Brunswick, la Saskatchewan et Terre-Neuve-et-Labrador sont les provinces les moins bien classées et écopent d’un « D ». À Terre-Neuve-et-Labrador, l’investissement dans les TIC (1,48 %) est inférieur de plus d’un point de pourcentage à celui de l’Île-du-Prince-Édouard (2,73 %) et de l’Ontario (2,61 %). Les cinq autres provinces, qui reçoivent toutes un « C », ont des chiffres relativement similaires, avec 2,38 % pour le Québec et 2 % pour la Nouvelle-Écosse.
Au cours des trois dernières décennies (1981 à 2013), sept des dix provinces ont amélioré la part du PIB consacrée à l’investissement dans les TIC. Elles ont toutes gagné entre 0,11 point de pourcentage (Saskatchewan) et 1,06 point (Île-du-Prince-Édouard), à l’exception de Terre-Neuve-et-Labrador (−0,44 point), de la Nouvelle-Écosse (−0,39 point) et du Nouveau-Brunswick (−0,24 point).
Cependant, il convient de noter que la plupart des progrès ont eu lieu entre 1981 et 2000. Depuis, la part des investissements ont baissé dans chaque province, parfois considérablement. Entre 2001 et 2013, le taux d’investissement de la Nouvelle-Écosse a perdu 1,15 point de pourcentage, tandis que d’autres baisses importantes ont aussi été enregistrées en Ontario (−0,9 point), au Québec et au Nouveau-Brunswick (−0,82 point pour chacun) et au Manitoba (−0,6 point). Dans l’ensemble, la part des investissements dans les TIC au Canada a perdu 0,76 point (passant de 3,08 à 2,32 %) entre 2001 et 2013. Étant donné que les provinces ont déjà des résultats médiocres par rapport aux pays de comparaison, le sens de la courbe des investissements est inquiétant.
En ce qui concerne l’investissement dans les technologies de l’information et des communications (TIC), la faible performance des provinces par rapport aux pays de comparaison, et particulièrement des États-Unis, résulte probablement d’un certain nombre de facteurs. Voici quelques explications possibles :
Les décisions concernant l’investissement dans les TIC sont prises par les entreprises en fonction du contexte économique général. Sachant que certains facteurs structurels, comme la structure de l’industrie, la taille des entreprises et le ratio du coût de main-d’œuvre au coût du capital, ne peuvent pas facilement être modifiés, l’amélioration de la performance doit être axée sur un éventail de facteurs contextuels et la prise de décisions à l’échelle de l’entreprise. Une plus grande concurrence dans le secteur des TIC pourrait faire baisser les coûts de ces technologies pour de nombreuses entreprises, et inciter plus fortement les entreprises évoluant dans un environnement très concurrentiel à investir dans ces technologies pour améliorer leur productivité et leur compétitivité. Les efforts visant à améliorer la capacité de gestion des entreprises canadiennes, en formant plus de dirigeants et en le faisant mieux, et en fournissant aux entreprises (surtout aux PME) des conseils et un soutien en matière de gestion, pourraient améliorer l’adoption de ces technologies et leur utilisation efficace11.
1 Comité d’experts sur l’innovation dans les entreprises. Innovation et stratégies d’entreprise : pourquoi le Canada n’est pas à la hauteur, Ottawa, Conseil des académies canadiennes, 2009, p. 87.
2 Michael Fitzgerald, Nina Kruschwitz, Didier Bonnet et Michael Welch. « Embracing Digital Technology: A New Strategic Imperative », MIT Sloan Management Review, 2013, p. 5 et 6.
3 Roger L. Martin et James B. Milway. Accroître la productivité des petites et moyennes entreprises par une plus grande utilisation des technologies de l’information et des communications, Toronto, Institute for Competitiveness and Prosperity, 2007.
4 Richard Dion. « La croissance de la productivité canadienne au cours de la dernière décennie : les résultats de la recherche récente », Revue de la Banque du Canada, été 2007, p. 21.
5 Ibid., p. 24.
6 OCDE. Technologie de l’information et des communications (consulté le 10 juin 2015); Statistique Canada, Tableau 031-0007 Flux et stocks de capital fixe non résidentiel, pour l’ensemble des industries, selon les actifs, Canada, provinces et territoires. Les données de Statistique Canada ont été utilisées pour le Canada et ses provinces. Ces données reposent sur le programme révisé de stock du capital (lancé en novembre 2014) de Statistique Canada, qui utilise de nouvelles méthodes et classifications, lesquelles à leur tour ont entraîné des révisions des niveaux de financement. Par conséquent, les chiffres de l’OCDE sur l’investissement pour le Canada ne correspondent pas aux derniers chiffres de Statistique Canada. Dans les séries plus anciennes de CANSIM reposant sur la méthode précédente, les ordinateurs, le matériel de télécommunication et les logiciels étaient trois composantes distinctes des TIC reprises sous l’intitulé « machines et matériel ». Dans les nouvelles séries de CANSIM, il n’existe plus de catégorie distincte pour le matériel de télécommunication. Celui-ci est repris dans la catégorie « produits informatiques et électroniques ». Par conséquent, l’investissement total dans les TIC pour le Canada et les provinces est à présent calculé comme la somme de l’investissement dans les logiciels et de l’investissement dans les produits informatiques et électroniques.
7 Centre d’étude des niveaux de vie. What Explains the Canada–U.S. ICT Investment Intensity Gap?, Ottawa, Centre d’étude des niveaux de vie, décembre 2005, p. 79.
8 Le Conference Board du Canada. Investment and Productivity: Why Is M&E Investment Important to Labour Productivity?, Ottawa, CBdC, 2011.
9 Ibid.
10 Daniel Munro et Jessica Edge. Improving Innovation Management Decision-Making: Thinking Like an Innovator, résumé en français sous le titre Gérer l’innovation en prenant de meilleures décisions : penser comme un innovateur, Ottawa, CBdC, 2014, p. 20 et 21; Daniel Munro, Navigating and Managing Technology-Driven ChangOttawa, CBdC, 2015, p. 17 et 18.
11 Daniel Munro. Navigating and Managing Technology-Driven Change, Ottawa, CBdC, 2015.
Pourcentage que représente l’investissement dans les technologies de l’information et des communications par rapport au PIB. Cet investissement a trois composantes : les logiciels, le matériel de communication et le matériel informatique.
Note : Les données affichées sur cette page datent de septembre 2015.