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L’entrepreneuriat est un élément important de la performance en matière d’innovation. L’arrivée de nouvelles entreprises sur le marché est un signe que les entrepreneurs croient avoir un nouveau produit ou service à offrir aux consommateurs, ou avoir trouvé une meilleure façon de produire ou d’offrir des produits ou des services existants. Autrement dit, elle est indicatrice d’innovation. Elle donne aussi à penser que les entrepreneurs sont optimistes par rapport à la demande des consommateurs et qu’ils ont confiance dans la conjoncture – ce qui peut en inciter d’autres à se lancer sur le marché ou à renforcer leurs activités commerciales existantes. À cet égard, un taux d’entrée d’entreprises élevé ou en hausse est un signe que l’innovation se porte bien.
L’entrée d’entreprises donne également une indication de la compétitivité de l’économie. Que les nouvelles entreprises réussissent ou pas à lancer de nouvelles innovations, leur arrivée même sur le marché accentue les pressions concurrentielles sur les entreprises établies, qui se sentent poussées à mettre au point de nouveaux produits, services, procédés et méthodes de marketing ou à les améliorer pour garder ou accroître leur part de marché. En fait, plus les entreprises établies sont confrontées à de nouveaux arrivants et concurrents, plus il est probable de voir des innovations dans un secteur ou dans une économie.
Le taux d’entrée d’entreprises se mesure en nombre de nouvelles entreprises en pourcentage du nombre d’entreprises actives (c.-à-d. entreprises nouvellement créées + entreprises demeurées en activité) une année donnée. Statistique Canada définit une entreprise comme étant une entreprise du secteur privé employant des salariés – constituée en société ou pas – qui remet un ou plusieurs états de la rémunération payée (c.-à-d. des feuillets T4) à ses employés aux fins d’impôt. Les entreprises « nouvellement créées » sont celles qui ont des employés dans l’année en cours, mais qui n’en avaient aucun l’année précédente, alors que les entreprises « demeurées en activité » sont celles qui ont des employés dans l’année en cours et qui en avaient les années précédentes1.
Avec un taux d’entrée d’entreprises de 16,7 % en 2012, l’Alberta décroche un « A » et est la province la mieux classée. L’Île-du-Prince-Édouard (16 %), Terre-Neuve-et-Labrador (15,9 %) et la Saskatchewan (15,5 %) remportent également un « A » à cet indicateur.
Trois provinces obtiennent un « B », à savoir la Colombie-Britannique (14 %), l’Ontario (13,9 %) et le Manitoba (13,6 %). Avec un taux d’entrée d’entreprises de 12,2 % – soit près d’un point de pourcentage de moins que le taux global canadien de 13,1 % –, le Nouveau-Brunswick est le seul à obtenir un « C ». La Nouvelle-Écosse (11,2 %) et le Québec (10,5 %) se classent respectivement 9e et 10e et se voient tous deux attribuer un « D ».
Entre 2002 et 2012, le taux d’entrée d’entreprises de toutes les provinces a globalement diminué, même si cette baisse était minime dans la plupart des cas. Au cours de cette période, presque toutes les provinces ont vu leur taux atteindre un sommet en 2004 et un creux en 2012. La tendance varie – avec de légères augmentations en début de décennie et des baisses en 2004-2005 et pendant la récession de 2008-2009 –, mais la tendance à long terme est à une baisse générale depuis le début des années 1980. Le taux d’entrée d’entreprises a baissé peu à peu au Canada, passant de 24,5 % en 1983-1984 à 13,1 % en 2012.
Bien que les taux d’entrée et de sortie soient sensibles à la conjoncture, celle-ci n’explique pas la tendance à long terme. Les taux d’entrée et de sortie diffèrent d’une industrie à l’autre et nécessitent donc une analyse par industrie pour savoir quels facteurs influencent les variations et les tendances à long terme2.
L’Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador ont plusieurs fois alterné en tête de classement entre 2002 et 2012. De 2002 à 2004, et de nouveau en 2009 et 2010, Terre-Neuve-et-Labrador affichait les meilleurs taux. L’Alberta lui a ravi la première place de 2005 à 2007, puis en 2011 et 2012. Les deux provinces avaient le même taux d’entrée (17,7 %) en 2008. En revanche, le Québec a toujours eu le plus faible taux d’entrée de toutes les provinces tous les ans, de 2002 à 2012.
Bien que Terre-Neuve-et-Labrador ait enregistré le taux d’entreprises d’un an le plus élevé – soit 20,3 % en 2004 –, elle était à égalité avec la Colombie-Britannique pour ce qui est du plus grand écart au cours de la période, avec une différence de 4,4 points de pourcentage entre ses taux d’entrée enregistrés les plus élevés et les plus faibles. À l’opposé, le Manitoba est la province aux taux les plus constants, avec une différence entre le taux d’entrée le plus élevé et le plus faible de seulement 2,3 points de pourcentage.
Le taux d’entrée d’entreprises est certes une mesure importante de l’activité novatrice et de la situation en ce qui concerne la concurrence au sein des économies régionales, mais il faut aussi se demander si les nouvelles entreprises survivent et prospèrent. Il est possible que, dans une économie axée sur la concurrence et l’innovation, les entreprises qui n’innovent pas éprouvent des difficultés et disparaissent. En fait, un certain roulement est bienvenu dans la mesure où il crée une possibilité de voir des ressources humaines et autres réaffectées à de nouvelles entreprises ou à d’autres entreprises dynamiques qui les utiliseront à des fins plus novatrices et productives. Mais des taux de sortie élevés dus au fait que les entreprises nouvelles et établies sont confrontées à un climat peu propice à l’innovation et à la croissance sont préoccupants. À long terme, une économie en expansion aura besoin d’un taux d’entrée net positif, autrement dit, où les entrées totales sont plus nombreuses que les sorties totales.
Entre 2002 et 2012, dans la plupart des provinces, le taux d’entrée moyen était supérieur au taux de sortie, ce qui signifie que des entreprises réussissaient à survivre et, sans doute, à prospérer avec le temps. Le taux d’entrée d’entreprises à long terme de l’Alberta (17,3 %) dépassait son taux de sortie à long terme (14,1 %) – donnant un taux d’entrée d’entreprises moyen net de 3,3 % –, ce qui laisse supposer que les entreprises ont trouvé dans cette province un climat propice. L’Ontario (avec un taux d’entrée d’entreprises moyen net de 2,8 %) et la Colombie-Britannique (2,3 %) avaient aussi des taux d’entrée nets supérieurs à ceux des autres provinces de 2002 à 2012.
En revanche, les entrées étaient inférieures aux sorties dans trois provinces pendant la décennie – à savoir l’Île-du-Prince-Édouard (–0,8 %), le Nouveau-Brunswick (–0,1 %) et la Nouvelle-Écosse (–0,1 %) –, ce qui amène à se demander si ces provinces ont des écosystèmes propices à la survie et au développement à long terme des entreprises.
Malgré le plus faible taux d’entrée de toutes les provinces, le Québec avait un taux d’entrée net positif (0,8 %) de 2002 à 2012.
On ne dispose pas de données pour faire des comparaisons directes entre les provinces et les pays de comparaison parce que Statistique Canada et l’OCDE – les deux principales sources de données sur les entrées et les sorties d’entreprises – utilisent pour recueillir ce type de données des définitions et des paramètres différents et incompatibles. Cependant, les données de l’OCDE montrent que le Canada accuse un retard sur presque tous les pays de comparaison pour ce qui est des taux d’entrée d’entreprises. Avec un taux à peine supérieur à 7 % (d’après les données de l’OCDE), le Canada fait mieux que la Belgique (3,2 %), mais pire que les dix autres pays de comparaison pour lesquels on dispose de données. Le taux d’entrée de la Finlande (16,5 %) est plus du double de celui du Canada. Cela donne à penser que, même si certaines provinces semblent afficher de bons taux d’entrée d’entreprises, le tableau peut paraître nettement moins positif dans un contexte international.
Les Canadiens ont une grande ambition entrepreneuriale et créent beaucoup d’entreprises. Celles-ci profitent non seulement à leurs propriétaires et à leurs employés, mais aussi, plus généralement, à l’écosystème de l’innovation qui peut être renforcé par l’arrivée de nouveaux concurrents. Toutefois, les comparaisons internationales donnent à penser que le Canada n’est peut-être pas aussi doué pour lancer de nouvelles entreprises que les données nationales ne le laissent supposer. En outre, de nombreuses entreprises créées semblent avoir du mal à survivre et à prospérer au-delà de la phase de démarrage initiale. Qu’est-ce qui explique la performance entrepreneuriale du Canada et que peuvent faire les entrepreneurs et les décideurs pour l’améliorer?
On peut arriver à améliorer la performance entrepreneuriale par des initiatives visant à stimuler l’ambition entrepreneuriale des Canadiens, par exemple en mettant plus l’accent sur l’entrepreneuriat et l’innovation en affaires, sur la gestion et sur d’autres domaines de l’éducation, ainsi qu’en célébrant l’entrepreneuriat et la prise de risques par des prix et des articles sur des entrepreneurs.
Les taux d’entrée d’entreprises des provinces – et les taux d’entrée nets à long terme – sont liés à l’ambition entrepreneuriale et au climat perçu pour les nouvelles entreprises. En général, les provinces les mieux notées à l’indicateur de l’ambition entrepreneuriale sont aussi mieux notées à l’indicateur de l’entrée d’entreprises. Les trois premières au classement de l’ambition entrepreneuriale – l’Alberta, la Colombie-Britannique et la Saskatchewan – occupent les cinq premiers rangs du classement relatif à l’entrée d’entreprises. En revanche, les deux provinces de queue pour ce qui est de l’ambition entrepreneuriale – le Québec et la Nouvelle-Écosse – ont aussi les taux les plus faibles que ce qui est de l’entrée d’entreprises. Terre-Neuve-et-Labrador fait exception. En effet, la province est avant-avant-dernière au classement de l’ambition entrepreneuriale, mais troisième à celui de l’entrée d’entreprises.
La motivation des entrepreneurs et leur capacité à créer et à faire prospérer de nouvelles entreprises dépend aussi de divers facteurs environnementaux, comme la taille et la nature de la demande du marché, la solidité des chaînes d’approvisionnement, des transports et de l’infrastructure des communications, les taux d’imposition et la clarté du régime fiscal, la réglementation, et l’accès au capital et aux compétences. En fait, les taux d’entrée d’entreprises des provinces sont étroitement liés à ce que les entrepreneurs pensent des obstacles – réels ou perçus comme tels – à l’entrepreneuriat et à l’innovation.
En 2014, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante a interrogé plus de 7 100 propriétaires de petites et moyennes entreprises et constaté de grandes disparités entre les provinces quant à savoir si les répondants recommanderaient de lancer une entreprise dans leur province3. En Saskatchewan (88 %), en Alberta (72 %) et à Terre-Neuve-et-Labrador (68 %), ils étaient en grande majorité susceptibles de recommander de lancer une entreprise dans leur province. Ces provinces se classent également parmi les quatre premières à l’indicateur de l’entrée d’entreprises.
Par contre, peu de répondants du Nouveau-Brunswick (39 %), de la Nouvelle-Écosse (36 %), du Québec (31 %) et du Manitoba (24 %) seraient susceptibles de recommander de créer une entreprise. Or ces quatre provinces occupent les derniers rangs du classement relatif à l’entrée d’entreprises. Fait intéressant, il ne semble pas y avoir de lien entre les taux d’imposition des entreprises et la probabilité que les répondants recommandent de lancer une entreprise. Les décideurs devraient donc étudier de près non seulement l’incidence des réalités du climat d’affaires sur l’entrepreneuriat, mais aussi les facteurs qui déterminent les perceptions du climat d’affaires chez les entrepreneurs actuels et potentiels4.
1 Statistique Canada. Tableau du CANSIM 527-0007, Mesure de la dynamique des entreprises, selon le Système de classification des industries de l’Amérique du Nord (SCIAN), provinces et les territoires.
2 Oana Ciobanu et Weimin Wang. Dynamique des entreprises : l’entrée et la sortie d’entreprises au Canada, 2000 à 2008, Ottawa, Statistique Canada, 2012; Ryan Macdonald, Taux d’entrée et de sortie d’entreprises au Canada : un portrait sur 30 ans, Ottawa, Statistique Canada, 2014.
3 Amber Ruddy, Kimball Kastelen et Jennifer English. Les gouvernements doivent adopter une vision entrepreneuriale : Analyse pancanadienne de la sensibilité des gouvernements provinciaux aux PME, Toronto, Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, 2014.
4 Daniel Munro. From Perception to Performance: How Canadian Business Leaders View the Innovation Environment, Ottawa, le Conference Board du Canada, 2012.
Nouvelles entreprises en pourcentage des entreprises actives sur une période de 12 mois.
Note : Les données affichées sur cette page datent de septembre 2015.