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L’entrepreneuriat et l’innovation sont étroitement liés. Les entreprises en démarrage sont souvent les mécanismes par lesquels de nouvelles innovations (tant des produits que des services) sont mises au point, commercialisées et vendues, en particulier là où des entreprises plus grandes et plus établies sont peut-être trop rigides pour innover. De nouvelles entreprises sont elles aussi souvent à l’avant-garde de l’expérimentation avec de nouveaux modèles d’entreprise et de nouvelles méthodes de marketing qui, une fois éprouvés, sont souvent adoptés ou adaptés par d’autres entreprises.
De plus, que les nouvelles entreprises réussissent ou pas à lancer des innovations additionnelles, le fait même qu’elles arrivent sur le marché génère des pressions concurrentielles qui poussent les entreprises établies à mettre au point de nouveaux produits, services et procédés, ainsi que des méthodes de marketing, ou à en améliorer, afin de conserver ou d’accroître leur part de marché. Comme l’explique l’économiste Joseph Schumpeter, la tâche de l’entrepreneur s’apparente à une « destruction créative » et le « déséquilibre dynamique créé par l’entrepreneur novateur […] est la “norme” d’une économie saine1 ».
L’ambition entrepreneuriale aide à déterminer la performance et l’innovation entrepreneuriales d’une économie. Un réel succès entrepreneurial nécessite non seulement de l’ambition, mais aussi des compétences et une expérience en affaires, ainsi qu’un climat économique et des politiques propices. Les personnes entreprenantes peuvent voir leurs ambitions contrariées par des marchés faibles, des problèmes de chaîne d’approvisionnement, des contraintes géographiques, des restrictions à la concurrence, et des régimes fiscaux et réglementaires qui freinent la création et la croissance des entreprises. Cependant, on n’ira pas loin non plus avec une économie et des politiques propices à l’entrepreneuriat, mais sans personne qui ait la motivation et la volonté nécessaires pour créer et faire prospérer des entreprises. L’ambition entrepreneuriale est essentielle, mais ce n’est toutefois qu’un ingrédient.
La distinction entre ambition entrepreneuriale et résultats entrepreneuriaux est importante parce qu’elle aide à cerner les obstacles au succès. De nombreuses analyses donnent à penser que le problème d’innovation du Canada tient en partie à une faible ambition entrepreneuriale et à une forte aversion pour le risque2. Mais ce bilan comparatif révèle que l’on trouve, dans toutes les provinces, des Canadiens mus par une grande ambition entrepreneuriale telle que mesurée par les activités entrepreneuriales en phase de démarrage qu’ils déclarent. Dans ce cas, l’attention peut se reporter sur d’autres facteurs qui pourraient expliquer la faiblesse du Canada sur le plan de l’innovation.
L’ambition entrepreneuriale se mesure en pourcentage de la population âgée de 18 à 64 ans qui déclare être engagée dans une activité entrepreneuriale en phase de démarrage, y compris :
Le Global Enterprise Monitor réalise une enquête mondiale annuelle qui porte sur plus de 100 pays. Plus de 2 000 personnes sont interrogées dans chaque pays, ce qui, dans bien des cas, permet des analyses régionales. Au Canada, la taille de l’échantillon était suffisante pour produire des résultats pour huit provinces, mais insuffisante pour produire des résultats fiables pour l’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick.
L’enquête présente une limite importante, qui est de prendre en compte ce que les répondants déclarent au sujet de leurs activités, plutôt que leurs activités mêmes. Or, les répondants peuvent faire état d’une activité entrepreneuriale plus ou moins importante que ce qu’elle est en réalité. Par exemple, certaines personnes diront qu’elles lancent une entreprise, alors que ce n’est pas le cas, parce qu’elles pensent que c’est ce que l’enquêteur veut entendre. En revanche, certaines personnes qui ont lancé une entreprise ne voudront peut-être pas en parler à un enquêteur pour diverses raisons, y compris la confidentialité et l’exclusivité. Globalement, il ne semble y avoir aucune raison de croire que les habitants d’un pays de comparaison donné seraient plus ou moins susceptibles de faire des choses que ceux d’un autre. Les comparaisons internationales ne posent donc guère de problèmes. Cependant, comme les données reposent sur l’activité déclarée, plutôt que sur le démarrage même d’entreprises, nous utilisons les résultats comme indicateur non pas de l’activité entrepreneuriale, mais de l’enthousiasme des répondants relativement à l’entrepreneuriat – autrement dit, un indicateur de l’ambition ou de l’intention entrepreneuriale.
Les Canadiens sont des chefs de file mondiaux en matière d’ambition entrepreneuriale. Avec 18 % des répondants déclarant une activité entrepreneuriale en phase de démarrage, l’Alberta décroche un « A+ » et prend la tête du classement général des provinces et des pays de comparaison. La Colombie-Britannique (17 %) et la Saskatchewan (14 %) décrochent également un « A+ » et occupent les 2e et 3e rangs. Deux provinces – le Manitoba (13,7 %) et l’Ontario (13 %) – obtiennent un « A », ce qui leur vaut, respectivement, les 5e et 8e rangs. Les États-Unis (13,8 %), qui se classent en 4e position, et l’Australie (13,1 %) en 6e, sont les seuls pays à obtenir un « A » en dehors du Canada. Globalement, le pays obtient donc un « A » et occupe le 3e rang du classement international avec une activité entrepreneuriale en phase de démarrage de 13 %.
Terre-Neuve-et-Labrador (11 %), le Québec (10,5 %) et la Nouvelle-Écosse (10 %) obtiennent un « B » et se classent respectivement 9e, 11e et 12e. Aucune des provinces pour lesquelles on dispose de données n’obtient moins qu’un « B », alors que 11 pays de comparaison sur 16 obtiennent un « C » ou un « D », ce qui leur vaut un classement inférieur à celui des provinces. Sept pays de comparaison se voient attribuer un « D », avec des taux d’activité entrepreneuriale en phase de démarrage allant de 5,7 % en Norvège – soit moins du tiers du taux de l’Alberta – à 3,8 % pour le Japon, bon dernier.
Avec 18 % des répondants déclarant une activité entrepreneuriale en phase de démarrage, l’Alberta est la province la mieux classée et décroche un « A+ » à l’indicateur de l’ambition entrepreneuriale. La Colombie-Britannique (17 %) et la Saskatchewan (14 %) remportent elles aussi un « A+ ». Deux provinces obtiennent un « A » à cet indicateur, à savoir le Manitoba (13,7 %) et l’Ontario (13 %), soit des taux correspondant à la moyenne canadienne à cet indicateur (13 %).
Terre-Neuve-et-Labrador (11 %), le Québec (10,5 %) et la Nouvelle-Écosse (10 %) obtiennent un « B » à l’indicateur de l’ambition entrepreneuriale. Toutes les provinces s’en sortent bien par rapport aux pays de comparaison, mais l’écart est grand entre celles qui obtiennent un « B » et l’Alberta, qui caracole en tête. On ne dispose d’aucune donnée sur l’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick.
Non. Bien qu’il occupe le 3e rang du classement international et décroche un « A » à l’indicateur de l’ambition entrepreneuriale, le Canada se situe dans les derniers rangs pour ce qui est de la création même d’entreprises. En 2012, il s’est créé au Canada 7,1 nouvelles entreprises pour 100 entreprises actives. En revanche, en Finlande, le taux était de 16,5 nouvelles entreprises pour 100 entreprises actives – soit plus du double du taux canadien. Venaient ensuite le Royaume-Uni (13,5), la Suède (10,9) et la France (10,9). Seule la Belgique (3,2) faisait moins bien que le Canada en création d’entreprises en 2012.
Les Canadiens sont peut-être plus susceptibles que leurs homologues des pays de comparaison d’entrer dans la catégorie des « entrepreneurs en devenir » en ce qui concerne l’ambition entrepreneuriale. Il s’agit de personnes qui déclarent s’investir activement dans la création d’une entreprise qui a moins de trois mois d’existence. Dans ces cas, l’entreprise n’a peut-être pas encore été enregistrée officiellement et n’apparaîtrait donc pas dans les données d’entrée des entreprises. Cependant, l’enquête du Global Entrepreneurship Monitor montre que la proportion d’entrepreneurs en devenir parmi les Canadiens déclarant une activité entrepreneuriale en phase de démarrage est la même que dans les pays de comparaison (61 %), ce qui n’explique pas l’écart entre l’ambition entrepreneuriale et la création d’entreprises4.
Il existe quelques explications possibles à la divergence entre l’ambition entrepreneuriale et la création d’entreprises :
Il est certes bon que les Canadiens aient une ambition entrepreneuriale, mais ce qui compte pour la performance en matière d’innovation, en définitive, c’est qu’ils aient ou pas la volonté et la capacité de concrétiser cette ambition, c’est-à-dire de vraiment lancer et faire prospérer des entreprises.
De nombreuses études soulignent les défis que doivent relever les entrepreneurs canadiens pour dépasser l’étape du démarrage et faire de leur entreprise une moyenne ou une grande entreprise en forte croissance. On lit dans une étude récente que « le Canada a un niveau élevé d’activité entrepreneuriale, mais au fil du temps, plusieurs facteurs – comme l’aversion pour le risque, une faible activité à l’exportation et de faibles dépenses de R-D – freinent la croissance de l’entreprise5 ». La même étude souligne que comparé à d’autres pays de l’OCDE, « le Canada produit plus que sa juste part d’entreprises à forte croissance ayant moins de cinq ans d’existence. Ensuite, toutefois, peu d’entreprises canadiennes sont capables d’avoir une croissance soutenue, alors que celles de pays comme les États-Unis, la Suède et Israël voient la leur augmenter6. »
L’un des grands défis des entrepreneurs et des décideurs canadiens est donc de trouver des moyens de surmonter les obstacles qui freinent la très forte ambition entrepreneuriale des Canadiens. Repérer ces obstacles et les éliminer devrait figurer en bonne place dans les stratégies d’innovation du Canada et de ses provinces.
1 Schumpeter, cité dans Peter Drucker. Innovation and Entrepreneurship, New York, Harper & Row, 1985, p. 26-27.
2 Pour un bon aperçu du débat dans ce domaine, voir Comité d’experts sur l’innovation dans les entreprises, Innovation et stratégie d’entreprise : pourquoi le Canada n’est pas à la hauteur, Ottawa, Conseil des académies canadiennes, 2009, p. 177.
3 Global Entrepreneurship Monitor, Adult Population Survey Measures, 2015.
4 Calculs du Conference Board du Canada reposant sur des données du Global Entrepreneurship Monitor, Adult Population Survey Measures, 2015.
5 Bill Currie, Lawrence W. Scott et Andrew W. Dunn, The Future of Productivity: Clear Choices for a Competitive Canada, Toronto, Deloitte, 2013, p. 3.
6 Ibid., 3.
Pourcentage de la population âgée de 18 à 64 ans qui déclare être engagée dans une activité entrepreneuriale en phase de démarrage.
Note : Les données affichées sur cette page datent de septembre 2015.