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Le lockout est peut-être fini, mais le modèle financier de la LNH continue de battre de l’aile

January 14, 2013
Glen Hodgson
Vice-président principal et économiste en chef
Prévisions et analyses

Directeur
Centre des études municipales

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Le lockout de la LNH est enfin terminé et, partout au Canada et dans le Nord des États-Unis, les supporters purs et durs sont ravis du retour du jeu sur glace le plus rapide qui soit, le hockey. Malheureusement, c’est bien là le problème!

L’intérêt pour le hockey de la LNH n’est pas réparti également dans toute l’Amérique du Nord. La LNH a essayé de pénétrer un trop grand nombre de marchés non traditionnels du Sud des États-Unis avec l’idée de faire mieux connaître le sport (et de gagner plus d’argent), mais elle n’a pas réussi à s’y imposer aussi solidement que dans ses marchés traditionnels. Déjà avant le lockout, le hockey de la LNH ne déchaînait pas les passions chez les Américains du Sud et ce sera encore moins le cas après. Le modèle financier de la LNH continue donc de battre de l’aile, même après un lockout de quatre mois et un recul collectif de la rémunération des joueurs.

Voyons, pour commencer, ce qu’est le modèle financier de la LNH. La Ligue n’est pas une seule et même entreprise qui offre essentiellement le même produit à tous les consommateurs et dont les revenus et les coûts sont administrés centralement. C’est plutôt un ensemble de franchises dont les propriétaires achètent le droit de faire partie de la Ligue et d’avoir une équipe de hockey professionnelle dans une région géographique définie. Chaque fois qu’une nouvelle franchise s’ajoute, les autres partagent les frais d’expansion, d’où l’intérêt pour elles de développer l’amour du hockey dans les marchés non traditionnels et très peuplés du Sud.

La Ligue essaie d’avoir un contrôle sur la « qualité » du produit en ayant un repêchage commun qui permet à toutes les franchises d’avoir accès au même bassin de jeunes joueurs. Mais dès que les joueurs avancent dans leur carrière, ils deviennent autonomes et peuvent se vendre aux franchises les plus offrantes, ce qui élimine l’égalité des chances entre les franchises.

La Ligue essaie aussi de créer des règles du jeu plus équitables financièrement et le fait de deux façons. D’abord, elle limite maintenant la part qui revient aux joueurs de ce qu’on appelle les « recettes tirées du hockey ». Selon la dernière entente conclue entre les propriétaires et les joueurs, ces derniers ont maintenant droit à 50 p. 100 de ces recettes au lieu de 57 p. 100. Cette nouvelle proportion correspond à ce qui se fait dans bon nombre de ligues sportives professionnelles.

Ensuite, la LNH procède dans une mesure limitée au partage des revenus entre les franchises. Cet aspect du modèle financier est celui où la LNH pourrait faire bien davantage pour soutenir les franchises plus faibles. Le problème est qu’elle a un fonds très réduit de revenus communs, les droits de couverture télévisée nationale, à partager. Ces droits, qui n’atteignent pas 500 millions de dollars par an, font bien piètre figure aux côtés des 4 milliards que reçoit annuellement la Ligue nationale de football (LNF). Plus précisément, les chaînes de télévision CBS, NBC, FOX et ESPN ont déjà accepté de verser globalement 39,6 milliards de dollars US pour diffuser la totalité des matchs de la LNF de 2014 à 2022 inclusivement.

Par conséquent, il faudrait que les équipes plus riches – les Leafs, les Rangers, les Canadiens, les Flyers, les Canucks, les Red Wings et peut-être quelques autres – acceptent de desserrer les cordons de leur bourse et de transférer aux franchises moins fortunées une part de leurs propres revenus, ce qu’elles hésitent à faire et on les comprend.

Donc, dans le cadre de la récente entente de rémunération entre les propriétaires et les joueurs, le succès de chacune des franchises de la LNH dépendra fondamentalement de l’intérêt pour le hockey du marché local. Si la demande est solide, le succès de la franchise est assuré. Mais si les consommateurs ne manifestent plus guère d’intérêt pour le produit, peu importe l’ampleur des principales compressions salariales, les franchises sont vouées à l’échec.

Assistance et prix moyens des billets, par équipe de la LNH, saison 2011-2012

À l’avenir, il est certain que les quatre mois de lockout auront miné la réputation de la LNH auprès des consommateurs. Dans les marchés du Nord, où le hockey continue d’animer les passions, nous pouvons nous attendre à un retour bon gré mal gré, mais en nombre, des supporters. En revanche, dans le Sud où le hockey n’exerce pas le même pouvoir d’attraction et où les consommateurs de sport ont amplement le choix, comme à Nashville, en Floride, à Dallas et à Phoenix, il faudra certainement du temps pour revenir aux mêmes niveaux d’assistance. Au bout du compte, le lockout aura probablement empiré la situation!

La seule façon pour la LNH de rétablir son modèle financier serait de déménager certaines franchises. En effet, une contraction de ses activités en entraînant le remboursement des frais d’expansion coûterait trop cher aux autres propriétaires. La bonne nouvelle, c’est que Québec n’aura probablement plus à attendre trop longtemps pour avoir son équipe. Le bon sens va finir par l’emporter. Un jour, un propriétaire de franchise (ou la Ligue dans son ensemble) se fatiguera d’écrire des chèques et l’une des franchises du Sud aboutira dans le tout nouveau et tout beau Colisée de Québec!

 


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