 | | Mario Lefebvre Directeur
Centre des études municipales |
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Montréal est le grand moteur de la croissance économique du Québec. Ainsi va Montréal, ainsi vont la majorité des collectivités environnantes et, en fait, la plus grande partie de la province. Les résultats économiques de Montréal étant inférieurs à la normale depuis 25 ans (1985-2010), il n’est pas étonnant que la croissance économique du Québec soit chroniquement inférieure à la moyenne nationale. En fait, au cours de cette période, la province a connu une croissance économique annuelle moyenne de 2 p. 100 par an comparativement à 2,4 p. 100 pour l’ensemble du Canada.
Si la croissance était exprimée par habitant, le Québec n’aurait pas été à la traîne du reste du Canada depuis un quart de siècle. La croissance démographique a été beaucoup plus faible dans la province que dans l’ensemble du pays et cette croissance va généralement de pair avec celle de l’économie.
Certes, on s’attendait à un certain ralentissement au cours de la dernière décennie en raison des chambardements survenus au Québec dans les secteurs des ressources naturelles et de la fabrication. Cela dit, le piètre rendement du Québec comparativement au reste du pays n’est pas un problème éphémère. Le Québec a des ressources, comme l’hydro-électricité, une population hautement scolarisée et de nombreuses autres… mais il lui manque quelque chose.
Le vrai problème, c’est Montréal. La métropole québécoise intervient pour environ la moitié de l’économie de la province. Aussi, devant son piètre rendement, il ne faut pas s’étonner du bilan plutôt modeste de la province sur le plan de la croissance totale. La croissance annuelle dans la RMR de Montréal n’a dépassé les 2 p. 100 que neuf fois au cours des 25 dernières années et deux fois seulement dans la dernière décennie.
Pourtant, personne ne fait le lien entre les difficultés de la RMR et celles de la province dans son ensemble. Le Québec s’est doté d’un « Plan Nord » pour le développement économique du Nord; il lui faut maintenant un « Plan Sud » axé sur la « renaissance » de Montréal.
Comme le Conference Board l’a l’illustré en 2006 dans une étude intitulée Canada’s Hub Cities: A Driving Force of the National Economy, Montréal est un moteur essentiel de l’économie du Québec – si l’économie montréalaise affiche une forte croissance, le rendement économique du reste de la province s’en trouve rehaussé1. L’importance de Montréal ne réside pas uniquement dans son poids économique considérable, mais aussi dans l’effet d’entraînement que la ville exerce sur le reste de la province.
De nos jours, Montréal est aux prises avec de graves difficultés, tant politiques qu’économiques. La fusion de 2002, suivie par une « défusion » partielle en 2006, a fait que la région est devenue vraiment difficile à gouverner et à gérer, en raison de ses nombreux organes de gouvernance. De plus, l’insuffisance des investissements passés dans l’infrastructure a handicapé la capacité de production de la ville et généré une carence d’infrastructures qui impose d’énormes pressions sur les budgets de plusieurs municipalités de la RMR de Montréal. Le pont Champlain, qui relie l’Île à la rive Sud, a besoin d’une réfection majeure, s’il n’est pas tout simplement à remplacer; l’échangeur Turcot, à l’ouest du centre-ville, commande de gros travaux. Et il ne s’agit là que de quelques-uns des grands projets à réaliser.
En outre, le vieillissement de la population est plus rapide au Québec que dans l’ensemble du Canada. La croissance de la population québécoise en âge de travailler étant plus lente, il est probable qu’il faudra augmenter l’immigration pour appuyer toute croissance de la population et de la main-d’œuvre à moyen et à long termes.
La RMR de Montréal doit être forte : c’est essentiel à la réussite économique de la région, de la province et de l’ensemble du Canada. Il n’est pas trop tard pour agir : nous en sommes maintenant à un point crucial, où les gouvernements, les chefs d’entreprises, les éducateurs et tous les membres de la société civile peuvent s’unir et travailler ensemble à un nouvel objectif. La consultation publique que mène cet automne la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) est une initiative qui vient à point. L’objet de cette consultation et de générer un programme par lequel les 82 collectivités qui font partie de la CMM pourront ensemble affronter l’avenir avec énergie et soutenir la concurrence. Les résultats de la consultation publique de la CMM peuvent être un instrument essentiel dans ce plan de renaissance, un plan qui serait de bon augure, non seulement pour la CMM, mais aussi pour le Québec et le Canada.