Classement provincial et territorial 

Ambition entrepreneuriale

Messages clés

  • L’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique décrochent un A+ à l’indicateur de l’ambition entrepreneuriale et se classent au premier rang, devant le pays pair le mieux classé.
  • Le Canada dans son ensemble mérite un A et arrive premier parmi les pays de comparaison, alors qu’il se trouvait au troisième rang en 2014. 
  • La Nouvelle-Écosse est la province la plus mal classée ; elle obtient un C, mais se classe tout de même mieux que 11 des 16 pays de comparaison.

Pourquoi l’entrepreneuriat en phase de démarrage est-il important pour l’innovation?

L’entrepreneuriat et l’innovation sont étroitement liés. Les entreprises en démarrage sont souvent les mécanismes par lesquels des innovations (tant des produits que des services) sont mises au point, commercialisées et vendues, en particulier lorsque de plus grandes entreprises mieux établies sont peut-être trop rigides pour innover. Les nouvelles entreprises sont aussi souvent à l’avant-garde de l’expérimentation grâce à de nouveaux modèles d’entreprise et de nouvelles méthodes de marketing lesquels, une fois éprouvés, sont couramment adoptés ou adaptés par d’autres entreprises.

Que les nouvelles entreprises réussissent ou non à lancer des innovations, leur entrée sur le marché génère des pressions concurrentielles qui poussent les entreprises établies à mettre au point de nouveaux produits, services et procédés, ainsi que des méthodes de marketing, ou à les améliorer, afin de conserver ou d’accroître leur part de marché. Comme l’explique l’économiste Joseph Schumpeter, la tâche de l’entrepreneur s’apparente à une « destruction créative » et le « déséquilibre dynamique créée par l’entrepreneur novateur […] est la “norme” d’une économie saine1. »

L’ambition entrepreneuriale aide à déterminer la performance en matière d’entrepreneuriat et d’innovation d’une économie. Un bon esprit d’entreprise nécessite non seulement de l’ambition, mais aussi des compétences et de l’expérience en affaires, ainsi qu’un climat économique et des politiques propices. Les personnes entreprenantes peuvent voir leurs ambitions contrariées par des marchés faibles, des problèmes de chaîne d’approvisionnement, des contraintes géographiques, des restrictions à la concurrence, et des régimes fiscaux et réglementaires qui freinent la création et la croissance des entreprises. Cependant, une économie et des politiques qui sont propices à l’entrepreneuriat, mais qui ne mobilisent personne ayant la motivation et la volonté nécessaires pour créer et faire prospérer des entreprises, n’iront pas loin non plus. L’ambition entrepreneuriale est donc un ingrédient essentiel.

La distinction entre ambition entrepreneuriale et résultats entrepreneuriaux est importante parce qu’elle aide à cerner les obstacles au succès. De nombreuses analyses donnent à penser que le problème d’innovation du Canada tient en partie à une faible ambition entrepreneuriale et à une forte aversion pour le risque2.

Or, ce bilan comparatif révèle qu’on trouve dans toutes les provinces, de Canadiens mus par une grande ambition entrepreneuriale telle qu’elle est mesurée par les activités entrepreneuriales en phase de démarrage qu’ils déclarent. Dans ce cas, l’attention peut se reporter sur d’autres facteurs qui pourraient expliquer la faiblesse du Canada sur le plan de l’innovation.

Comment mesure-t-on l’ambition entrepreneuriale?

L’ambition entrepreneuriale se mesure en pourcentage de la population âgée de 18 à 64 ans qui déclare être engagée dans une activité entrepreneuriale en phase de démarrage, y compris :

  • les entrepreneurs en devenir — c.-à-d. qui s’investissent activement dans la création d’une entreprise dont ils seront propriétaires ou copropriétaires, mais qui n’ont pas encore versé de traitement, de salaires ou d’autres paiements aux propriétaires depuis plus de trois mois ;
  • les propriétaires exploitants d’une nouvelle entreprise — c.-à-d. les propriétaires (ou copropriétaires) et gestionnaires d’une entreprise en exploitation qui versent des traitements et salaires et effectuent d’autres paiements depuis plus de trois mois, mais moins de 42 mois3.

Le Global Enterprise Monitor réalise une enquête annuelle qui porte sur plus de 100 pays. Plus de 2 000 personnes sont interrogées dans chaque pays, ce qui, dans bien des cas, permet des analyses régionales. Au Canada, la taille de l’échantillonnage est suffisante pour produire des résultats pour huit provinces, mais insuffisante pour produire des résultats fiables pour l’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick.

L’enquête présente une limite importante, à savoir qu’elle prend compte ce que les répondants déclarent au sujet de leurs activités, plutôt que les activités mêmes. Or, les répondants peuvent faire état d’une activité entrepreneuriale plus ou moins importante que ce qu’elle est en réalité. Par exemple, certaines personnes diront qu’elles lancent une entreprise, alors que ce n’est pas le cas, parce qu’elles pensent que c’est ce que l’enquêteur veut entendre. En revanche, certaines personnes qui ont lancé une entreprise ne voudront peut-être pas en parler à un enquêteur pour diverses raisons, y compris la confidentialité et l’exclusivité. Dans l’ensemble, il ne semble y avoir aucune raison de croire que les habitants d’un pays de comparaison donné seraient plus ou moins susceptibles de faire ces choses que ceux d’un autre. Les comparaisons internationales ne posent donc guère problème.

Néanmoins, comme les données reposent sur l’activité déclarée plutôt que sur le démarrage même d’entreprises, nous utilisons les résultats comme indicateur non pas de l’activité entrepreneuriale, mais de l’enthousiasme des répondants relativement à l’entrepreneuriat — autrement dit, un indicateur de l’ambition ou de l’intention entrepreneuriale.

Comment les provinces s’en sortent-elles par rapport aux pays de comparaison?

Les Canadiens sont des chefs de file mondiaux en matière d’ambition entrepreneuriale. Avec 17,4 % des répondants déclarant une activité entrepreneuriale en phase de démarrage, l’Ontario décroche un A+ et prend la tête du classement général des provinces et des pays de comparaison. L’Alberta (17,0 %) et la Colombie-Britannique (17,0 %) obtiennent elles aussi un A+ et occupent les 2e et 3e rangs du classement général.

Trois provinces — le Québec (14,9 %), la Saskatchewan (14,0 %) et le Manitoba (13,7 %) — reçoivent un A et prennent les 5e, 7e et 8e positions, respectivement. L’Australie (14,6 %) se glisse au 6e rang par rapport à l’ensemble des provinces et pays, ce qui en fait le seul pays à part le Canada à s’assurer un A. Avec un taux d’activité entrepreneuriale en phase de démarrage de 16,7 % — soit quatre points de pourcentage de plus qu’au bilan comparatif précédent —, le Canada dans son ensemble mérite un A et arrive premier parmi les pays de comparaison, alors qu’il se trouvait au troisième rang en 2014.

Terre-Neuve-et-Labrador (10,9 %) obtient un B et occupe la 11e position, tandis que la Nouvelle-Écosse (10,0 %) hérite d’un C — soit une note plus basse que dans le bilan antérieur — et de la 13e place. Malgré cela, la province dépasse 11 des 16 pays de comparaison. Quatre d’entre eux reçoivent un C, affichant un taux d’activité entrepreneuriale en phase de démarrage allant de 7,6 % (Suède) à 9,6 % (Autriche). Les sept autres pays écopent d’un D, leur taux d’activité entrepreneuriale en phase de démarrage variant de 6,7 %, dans le cas de la Finlande, à un creux de 3,8 % en ce qui concerne le Japon, soit moins du quart du taux observé au premier rang occupé par l’Ontario.

Comment les provinces s’en sortent-elles les unes par rapport aux autres?


Grâce à une augmentation de son taux d’ambition entrepreneuriale de quatre points de pourcentage seulement par rapport au taux précédent (soit 13 % contre 17,4), l’Ontario grimpe de la 8e à la 1re première place et voit sa note passer de A à A+. Malgré un léger recul d’un point de pourcentage par rapport au bilan comparatif précédent, l’Alberta glisse du premier au deuxième rang, mais conserve tout de même la note A+. La Colombie-Britannique, qui a réussi à maintenir son taux à 17,0 %, est la dernière des trois provinces les mieux classées et mérite un A+.

Trois provinces se voient attribuer la note A au chapitre de l’ambition entrepreneuriale — le Québec (14,9 %), la Saskatchewan (14,0 %) et le Manitoba (13,7 %) —, ce qui les place tout juste en dessous de la moyenne canadienne (16,7 %) à cet indicateur. Le Québec a considérablement amélioré son taux et son rang. Dans le bilan comparatif précédent, la province présentait un taux d’ambition entrepreneuriale de 10,5 % et occupait le 11e rang, ce qui lui valait un B. 

Terre-Neuve-et-Labrador (10,9 %) conserve la note B, mais glisse de la 9e à la 11e position dans le classement, tandis que la Nouvelle-Écosse (10,0 %) doit se contenter d’un C et recule d’un rang, du 12e au 13e — non pas parce que sa note a changé, mais parce que les provinces en tête ont amélioré leur performance. Il n’y a pas de données disponibles pour l’Île-du-Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick.

Dans les faits, la création d’entreprises correspond-elle à l’ambition entrepreneuriale des Canadiens?

Non. Bien qu’il occupe le premier rang du classement international et décroche un A à l’indicateur de l’ambition entrepreneuriale, le Canada se situe dans les derniers rangs pour ce qui est de la création même d’entreprises.

En 2015, il s’est créé au Canada 7,8 nouvelles entreprises employant des salariés pour 100 entreprises actives. En comparaison, le Royaume-Uni enregistrait un taux de naissance d’entreprises de 15,7 pour 100 entreprises actives, soit deux fois le taux canadien. Il était suivi par le Danemark (12,4), l’Australie (11,8) et la France (11,3). La Suisse (5,1), le Japon (5,1), l’Irlande (4,1) et la Belgique (2,2), par contre, se classaient derrière le Canada en 2015.


Les Canadiens sont peut-être plus susceptibles que leurs homologues des pays de comparaison d’entrer dans la catégorie des « entrepreneurs en devenir » en ce qui concerne l’ambition entrepreneuriale. Il s’agit de personnes qui déclarent s’investir activement dans la création d’une entreprise qui n’a pas versé de traitements ou de salaires ni effectué d’autres paiements depuis plus de trois mois. Dans ces cas, l’entreprise n’a peut-être pas encore été enregistrée officiellement et n’apparaîtrait donc pas dans les données sur la création d’entreprises. Cependant, l’enquête du Global Entrepreneurship Monitor montre que la proportion d’entrepreneurs en devenir parmi les Canadiens déclarant une activité entrepreneuriale en phase de démarrage est la même que dans les pays de comparaison (61 %), ce qui n’explique pas l’écart entre l’ambition entrepreneuriale et la création d’entreprises4.

Il existe quelques explications possibles à la divergence entre l’ambition entrepreneuriale et la création d’entreprises :

  • Les données sur la création d’entreprises ne concernent pas les entreprises de plus de 12 mois, tandis que la catégorie « propriétaire-exploitant » de l’indicateur de l’ambition entrepreneuriale retient les entreprises qui ont jusqu’à 42 mois d’existence. Si les entreprises canadiennes sont plus susceptibles d’avoir plus de 12 mois mais moins de 42 mois d’existence que celles des pays de comparaison, alors l’écart s’explique. Malheureusement, on ne dispose pas de données fiables et comparables pour le vérifier ;
  • Autre possibilité, au Canada, les entrepreneurs en devenir baissent rapidement les bras face aux difficultés du monde des affaires. Autrement dit, ils lancent peut-être des entreprises mais abandonnent avant de les avoir enregistrées officiellement. Cela concorde avec l’opinion très répandue selon laquelle les Canadiens savent généralement lancer des entreprises mais font face à des difficultés quand il s’agit de leur faire prendre de l’expansion — encore que le taux de faillite d’entreprises de moins d’un an devrait être nettement plus élevé au Canada qu’ailleurs si cette explication se tenait. On ne dispose toutefois pas de données pour vérifier cette possibilité ;
  • Une explication moins charitable serait que les actes des Canadiens ne correspondraient pas à ce qu’ils affirment faire. Peut-être sont-ils plus susceptibles que leurs homologues des pays de comparaison de dire qu’ils lancent ou exploitent de nouvelles entreprises sans que ce soit en fait le cas. Autrement, il se peut que les Canadiens soient plus susceptibles que les autres de dire aux enquêteurs qu’ils lancent ou exploitent une entreprise, mais moins susceptibles d’enregistrer officiellement ces entreprises.

Que peuvent faire les provinces pour mieux faire concorder l’ambition entrepreneuriale et la réalité?

Il est certes bon que les Canadiens aient une ambition entrepreneuriale, mais ce qui compte, en définitive, pour la performance en matière d’innovation, c’est qu’ils aient la volonté et la capacité de concrétiser cette ambition, c’est-à-dire de vraiment lancer et faire prospérer des entreprises.

De nombreuses études soulignent les défis que doivent relever les entrepreneurs canadiens pour dépasser l’étape du démarrage et faire de leur entreprise une moyenne ou une grande entreprise en forte croissance. Selon une étude récente, le « niveau d’activité entrepreneuriale est très élevé au Canada, mais avec le temps, plusieurs facteurs, comme l’aversion au risque, la faible activité d’exportation et les faibles dépenses en R-D, freinent la croissance des entreprises5. » Selon cette même étude, comparativement à d’autres pays de l’OCDE, « le Canada produit plus que sa juste part en ce qui concerne les entreprises à croissance rapide de moins de cinq ans. Cependant, à mesure qu’elles gagnent en maturité, peu d’entreprises canadiennes parviennent à maintenir leur croissance, tandis que celles des pays comme les États-Unis, la Suède et l’Israël enregistrent une accélération de leur croissance6. »

Selon d’autres observateurs, le régime d’imposition des sociétés est un obstacle de taille qui empêche les Canadiens de faire passer leur entreprise à l’échelon supérieur. En effet, comme le taux d’imposition marginal augmente lorsqu’une petite entreprise devient une entreprise de taille moyenne, il peut arriver dans bien des cas que les entrepreneurs se contentent de rester petits ou divisent leur entreprise en plusieurs petites entreprises pour conserver leur faible taux d’imposition7.

L’une des grandes difficultés qui se posent pour les entrepreneurs et les décideurs canadiens est donc de trouver des moyens de surmonter les obstacles qui contrarient la très forte ambition entrepreneuriale des Canadiens. Les stratégies d’innovation du Canada et de ses provinces devraient faire une grande place au dépistage de ces obstacles et veiller à leur élimination.

Notes de bas de page

1     J. Schumpeter, cité dans Peter Drucker, Innovation and Entrepreneurship, New York, Harper & Row, 1985, p. 26-27.

2    Pour un bon aperçu du débat dans ce domaine, voir Comité d’experts sur l’innovation dans les entreprises, Innovation et stratégies d’entreprise : pourquoi le Canada n’est pas à la hauteur, Ottawa, Conseil des académies canadiennes, 2009, p. 193-202.

3    Global Entrepreneurship Monitor, Entrepreneurial Behaviours and Attitudes, 2017.

4    Calculs du Conference Board du Canada reposant sur des données du Global Entrepreneurship Monitor,Adult Population Survey Measures, 2015.

5    Bill Currie, Lawrence W. Scott et Andrew W. Dunn. L’avenir de la productivité : Des choix clairs pour un Canada concurrentiel, Toronto, Deloitte, 2012, p.3.

6    Ibid., p.3.

7    D. Chen et J. Mintz. Small Business Taxation: Revamping Incentives to Encourage Growth, Calgary, School of Public Policy, University of Calgary, 2011.