Classement provincial et territorial 

Recherche-développement des entreprises

Messages clés

  • Huit provinces se voient attribuer un « D– » et se classent en queue de peloton pour ce qui est de la R-D des entreprises.
  • Le Québec est la province canadienne la mieux classée, mais elle n’obtient qu’un « C » et dix des pays de comparaison font mieux que lui.
  • La R-D des entreprises augmente dans les pays de comparaison et dans les pays de l’OCDE plus généralement, mais elle baisse au Canada depuis près de 15 ans. 

Pourquoi la R-D des entreprises est-elle importante pour l’innovation?

La recherche-développement des entreprises (RDE) est un indicateur important de leur volonté d’innover et un intrant clé de nombreux types d’innovation à forte valeur ajoutée. Bien que les dépenses de R-D ne constituent pas une mesure directe de la performance en matière d’innovation – parce que ces investissements peuvent être mal choisis et que les résultats positifs ne sont pas garantis –, la mise au point ou l’amélioration de produits, de procédés et de services nécessitent souvent des travaux de R-D. La R-D « signale l’attachement de l’entreprise à la production systématique et à l’application commerciale de nouvelles idées », d’après le Comité d’experts sur l’innovation dans les entreprises du Conseil des académies canadiennes1. De fait, la R-D montre qu’une entreprise entend sérieusement étudier ou générer de nouvelles idées afin de les transformer en produits, services ou procédés nouveaux ou améliorés.

En outre, les études montrent un lien entre les dépenses de R-D, d’une part, et la croissance de la productivité et du PIB, de l’autre. Dans une étude portant sur plusieurs pays, l’OCDE constate qu’« une augmentation soutenue de 0,1 % de la proportion des dépenses intérieures en recherche et développement des entreprises (DIRDE) dans le PIB se traduit à terme par une augmentation de 1,2 % du PIB par habitant, toutes choses étant égales par ailleurs2 ». Donc, la RDE donne une indication utile, bien que partielle et imparfaite, de la performance des entreprises en matière d’innovation.

Comment se classent les provinces par rapport aux pays de comparaison?

Les provinces obtiennent des notes médiocres en ce qui concerne la RDE par rapport aux pays de comparaison. Huit provinces se voient attribuer un « D– » et occupent les derniers rangs du classement général. La RDE en pourcentage du PIB ne s’élève qu’à 0,7 % en Colombie-Britannique – soit moins du tiers des 2,64 % dépensés par les entreprises du premier du classement, à savoir le Japon. En Nouvelle-Écosse, la RDE n’équivaut qu’à 0,21 % du PIB – soit moins du douzième de l’intensité de la RDE au Japon. Ce pays est le seul, avec la Finlande (2,28 %) et la Suède (2,28 %), à obtenir un « A » à cet indicateur.

Le Québec fait mieux que toutes les autres provinces, la RDE y équivalant à 1,31 % du PIB, mais il arrive derrière dix pays de comparaison et dépense moins de la moitié de ce que les entreprises japonaises dépensent en pourcentage du PIB. Cette performance lui vaut un « C ». L’Ontario obtient un « D » pour une intensité de DERD équivalant à 1,07 % du PIB et ne devance que le Royaume-Uni (1,05 %) et la Norvège (0,87 %) parmi les pays de comparaison.

Depuis le dernier bilan comparatif, le Canada a été rétrogradé d’avant-dernier à bon dernier du classement international. Il affichait déjà un « D » depuis les années 1980, mais sa RDE continue de baisser tant en pourcentage du PIB qu’en termes absolus, passant de 15,6 G$ (0,93 % du PIB) en 2011 à 15,4 G$ (0,82 % du PIB) en 2013. Pour arriver à la moyenne des pays de comparaison, soit 1,65 %, et se classer dans les dix premiers du classement international, le Canada devrait doubler l’intensité de sa RDE, et même là, il n’obtiendrait qu’un « C ».

Comment les provinces s’en sortent-elles les unes par rapport aux autres?

Le Québec est la province la mieux classée avec un « C », suivie de l’Ontario avec un « D ». Dans les deux provinces, la RDE est supérieure à 1 % du PIB. La Colombie-Britannique (0,7 %) et l’Alberta (0,62 %) se classent respectivement 3e et 4e à l’échelle du Canada, mais n’obtiennent cependant qu’un « D– » par rapport aux pays de comparaison. Le Manitoba, la Saskatchewan et les quatre provinces de l’Atlantique se voient également attribuer un « D– », la RDE étant inférieure à 0,5 % du PIB dans ces six provinces.


La performance provinciale a-t-elle évolué avec le temps?

Entre 1991 et 2001, la RDE a augmenté en pourcentage du PIB dans toutes les provinces sauf le Nouveau-Brunswick et l’Alberta, où elle n’a baissé que légèrement. En 2001, le Québec (1,74 %) et l’Ontario (1,7 %) occupaient, respectivement, les 4e et 5e rangs du classement général en matière de RDE.

Pendant un ou deux ans après l’éclatement de la bulle technologique en 2001, la RDE a baissé dans presque toutes les provinces et les pays de comparaison. Depuis, toutefois, elle s’est remise à augmenter graduellement dans les pays de comparaison, mais elle s’est effondrée dans la plupart des provinces et au Canada dans son ensemble.

Entre 2002 et 2012, la RDE a chuté en pourcentage du PIB dans sept provinces. Le Québec et l’Ontario ont tous deux perdu plus 0,33 % et ont ainsi reculé vers le milieu du classement général. Seules Terre-Neuve-et-Labrador, l’Île-du-Prince-Édouard et l’Alberta ont vu augmenter leur RDE; mais comme elles partaient d’un très bas niveau et que la croissance a été forte dans les pays de comparaison, cette augmentation n’a pas suffi à les tirer de la queue du classement.


Pourquoi les provinces sont-elles à la traîne en matière de RDE?

Au fil des ans, on a avancé et examiné de nombreuses explications de la faible performance du Canada en matière de RDE. L’économie canadienne compte une plus forte proportion d’entreprises du secteur des ressources naturelles que celle de nombreux pays de comparaison, et ce secteur dépense généralement moins en R-D que les autres. Dans l’économie des provinces aux RDE les plus élevées, à savoir le Québec et l’Ontario notamment, le secteur manufacturier pèse bien davantage que celui de l’exploitation minière et de l’extraction de pétrole et de gaz. En revanche, dans les provinces où les mines et l’extraction des hydrocarbures constituent une part importante de l’économie – en particulier Terre-Neuve-et-Labrador, l’Alberta et la Saskatchewan –, l’intensité de la RDE est très faible3.

Cependant, dans son analyse, le Comité d’experts sur l’innovation dans les entreprises constate que « le niveau de dépenses en R-D des entreprises dans les mêmes secteurs est généralement inférieur au Canada qu’aux États-Unis et explique mieux cet écart […] que la composition sectorielle de l’économie canadienne – c’est-à-dire le poids plus élevé dans l’économie canadienne des industries axées sur les ressources et des autres sphères d’activité, où les dépenses en R-D sont intrinsèquement faibles4 ». En fait, comparée aux moyennes de l’OCDE, l’intensité de la R-D canadienne est meilleure dans seulement 7 secteurs sur 23, et sensiblement meilleure dans seulement 4 sur 235. À quelques exceptions près, l’intensité de la RDE dans les entreprises canadiennes, tous secteurs confondus, est inférieure à celle des entreprises des autres pays de l’OCDE.

La baisse de l’intensité de la RDE au Canada tient en grande partie à la santé déclinante du secteur manufacturier et à la faible intensité de la R-D dans les secteurs qui prennent le relais. Depuis 2000, l’intensité de la R-D dans le secteur manufacturier canadien s’établit en moyenne à 4,2 % en pourcentage du PIB, ce qui est beaucoup plus que dans la construction (0,08 %), les mines, le pétrole et le gaz (0,67 %) et le secteur des services (0,82 %). Quand la fabrication représentait près de 20 % du secteur des entreprises, en 2000, son intensité de R-D plus importante améliorait la performance globale du Canada. Mais comme sa part dans les divers secteurs d’activité a chuté à 13 % et son intensité de R-D a reculé de 4,3 à 3,9 %, sa tendance passée à faire remonter les taux globaux de RDE du Canada a fléchi. Cette part a été remplacée par la croissance de la construction et des services, deux secteurs qui dépensent très peu en R-D. En bref, le déclin d’un des secteurs canadiens qui faisait beaucoup de R-D expose la faiblesse des autres secteurs.

Quelles sont les entreprises qui dépensent?

À elles seules, 12 entreprises contribuent environ la moitié de la RDE au Canada. En 2013, sur les 15,5 G$ de RDE au total au Canada, quelque 7,2 G$ – soit 46 % – étaient attribuables aux dix premières entreprises dépensant le plus en R-D6. Cette proportion passe à 49 % si l’on ajoute au total les entreprises qui se classent aux 11e et 12e rangs. En fait, les trois premières du classement en 2013 – à savoir Bombardier (2,2 G$), BlackBerry (1,3 G$) et Magna International (577 M$) – représentent plus du quart de la RDE7.  

Au Québec, la R-D réalisée par Bombardier, BCE et Pratt & Whitney Canada constituait une très large part (près de 60 %) de la RDE globale en 2013. En Ontario, celle de BlackBerry, Magna International et IBM représentait un tiers de la RDE globale en 2013.

Il est préoccupant pour la résilience de cet élément clé de l’écosystème de l’innovation canadien que la RDE dépende si largement de quelques entreprises seulement.

Que peuvent faire les provinces pour améliorer la RDE?

La performance en matière de RDE des provinces et du Canada dans son ensemble est déterminée en partie par des éléments structurels de l’économie. Tant que le secteur manufacturier ne regagnera pas une part plus importante de l’économie et que son intensité de R-D n’aura pas une incidence plus forte sur la RDE globale, le Canada restera à la traîne. Cependant, même si un redressement manufacturier peut être une bonne chose pour bien des raisons, espérer un redressement juste pour voir la RDE s’améliorer risque de faire perdre de vue l’essentiel, qui est que presque tous les autres secteurs de l’économie canadienne sont faibles sur le plan de la R-D par rapport aux pays de comparaison. Une amélioration est possible et nécessaire dans toute l’économie, que le secteur manufacturier se redresse ou pas.

Confrontés à une concurrence accrue et à des défis économiques et démographiques persistants, les chefs d’entreprise de divers secteurs prennent conscience du fait qu’il commence à devenir plus risqué de ne pas faire de R-D. Accroître graduellement la concurrence – par exemple, en signant de nouveaux accords commerciaux et en éliminant des mesures protectionnistes persistantes –, tout en encourageant de façon ciblée la R-D dans des secteurs clés de l’économie, peut contribuer à une augmentation des activités de R-D dans les entreprises canadiennes.

Une simple augmentation des aides publiques à la RDE risque d’avoir des avantages limités. En fait, le type de soutien peut compter plus que le montant du financement. Il faut ainsi mentionner qu’étonnamment, les aides publiques canadiennes à la RDE en pourcentage du PIB (0,21 %) sont supérieures à celles de neuf des pays de comparaison mieux classés que le Canada au bilan comparatif de la RDE, y compris les quatre premiers du classement, c’est-à-dire le Japon (0,11 %), la Finlande (0,07 %), la Suède (0,11 %) et la Suisse (0,02 %).


Sur les quatre premiers pays au classement international du bilan comparatif de la RDE, trois ne fournissent aucun soutien indirect à la RDE sous forme d’incitations fiscales. Leur aide à la RDE est entièrement directe. D’autres pays bien classés penchent également pour un soutien direct, dont l'Autriche, 5e au classement (58 % de soutien direct), les États-Unis, 7e (77 %) et l’Allemagne, 8e (100 %), tandis que le Danemark, 6e, apporte une aide moitié directe, moitié indirecte.

En revanche, seulement 14 % de l’aide publique canadienne à la RDE est directe, tandis que près de 86 % de celle-ci est indirecte et prend la forme d’incitations fiscales.

Le premier de la classe, le Japon, suit le modèle canadien (27 % de soutien direct, 83 % de soutien indirect), mais c’est l’exception plutôt que la règle dans la plupart des pays qui arrivent en tête de peloton. De fait, comme la plupart des pays bien classés fournissent en majeure partie ou totalement un soutien direct, il est bon de se demander si le Canada ne devrait pas redéfinir l’orientation de sa politique pour apporter un soutien plus direct.

Néanmoins, la RDE ne s’améliore que lorsque les entreprises commencent à dépenser plus. Il faudra donc, dans les mesures prises pour remédier à leur faiblesse au Canada, regarder au-delà de la politique et s’intéresser aux facteurs qui déterminent les décisions des entreprises dans chaque province.

Notes de bas de page

1    Comité d’experts sur l’innovation dans les entreprises. Innovation et stratégie d’entreprise : pourquoi le Canada n’est pas à la hauteur, Ottawa, Conseil des académies canadiennes, 2009, p. 57.

2   Comité d’experts sur l’innovation dans les entreprises. Innovation et stratégie d’entreprise, p. 58; citation de l’OCDE, Les sources de la croissance économique dans les pays de l’OCDE, Paris, OCDE, 2004.

3    Comité d’experts sur l’état de la R-D industrielle au Canada. L’état de la R-D industrielle au Canada, Ottawa, Conseil des académies canadiennes, 2013, p. 108-112.

4    Comité d’experts sur l’innovation dans les entreprises. Innovation et stratégie d’entreprise, p. 7.

5    Comité d’experts sur l’état de la R-D industrielle au Canada. L’état de la R-D industrielle au Canada, p. 24-25.

6    Daniel Munro. Running on Empty: Canada’s Persistent Business R&D Weakness, Ottawa, Le Conference Board du Canada, 2015.

7    Calculs reposant sur des données de RE$EARCH Infosource Inc., Canada’s Top 100 Corporate R&D Spenders.

Image of an open book DéfinitioN

Dépenses de recherche et développement (R-D) réalisées par les entreprises en pourcentage du PIB.

Note :
Les données affichées sur cette page datent de septembre 2015.