Classement provincial et territorial 

Performance sociale des territoires

Messages clés

  • Les résultats obtenus par les territoires sont en général inférieurs à la moyenne canadienne pour ce qui est des mesures de l’équité et de la cohésion sociale.
  • Ces résultats sont principalement attribuables à des problèmes tels que le niveau de scolarité, la disponibilité des services, l’isolement géographique et le manque d’infrastructures.
  • Les mesures de la cohésion sociale liées à la réalité culturelle – telles que l’accès à des réseaux informels de soutien émotionnel, social et matériel – sont essentielles pour comprendre la cohésion sociale dans les territoires et, surtout, dans les collectivités autochtones éloignées du Nord.

Pourquoi examine-t-on la performance sociale des territoires indépendamment de celle du reste du Canada?

Lorsqu’on évalue la performance sociale des territoires, il faut tenir compte du contexte qui contribue à expliquer pourquoi leur rendement moyen est différent, voire inférieur dans de nombreux cas aux moyennes provinciales obtenues dans le Bilan comparatif : Les performances du Canada.

En premier lieu, la géographie des territoires a une incidence sur plusieurs des mesures de l’équité et de la cohésion sociale du bilan comparatif. Par exemple, les vastes distances qui séparent de nombreuses collectivités peuvent représenter un obstacle pour les personnes qui désirent poursuivre des études postsecondaires, ce qui affecte ainsi leur capacité d’obtenir un emploi exigeant un niveau élevé de compétences. Cette situation peut se répercuter sur les taux de participation au marché du travail et, par conséquent, sur le taux de chômage – un important indicateur de la performance sociale.

En second lieu, la population des territoires, même si elle est petite, est composée en grande partie d’Autochtones qui sont confrontés à des défis historiques, culturels et socioéconomiques particuliers, dont les séquelles laissées par les pensionnats indiens. Malgré leur diversité culturelle, les peuples des Premières nations, des Métis et des Inuits du Canada ont des caractéristiques démographiques communes qui les distinguent des populations non autochtones. De fait, les populations autochtones des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut sont beaucoup plus jeunes que la moyenne canadienne. En outre, les peuples autochtones des territoires représentent environ 51 % de la population au nord du 60e parallèle1.

En troisième lieu, les données territoriales ne sont pas disponibles pour tous les indicateurs utilisés aux fins des comparaisons provinciales et internationales. Dans les territoires, il n’existe pas par exemple de données comparables à l’échelle internationale en ce qui concerne la pauvreté et l’inégalité des revenus – indicateurs clés du bilan comparatif social. Les lacunes statistiques sont largement attribuables à la taille réduite de la population ainsi qu’aux problèmes de confidentialité, aux barrières linguistiques et aux défis uniques liés à l’engagement des communautés autochtones rurales et éloignées des territoires.

Comment mesure-t-on l’équité et la cohésion sociale dans les territoires?

Afin d’évaluer la performance sociale des territoires par rapport à la moyenne nationale, nous avons recours à une version modifiée du cadre utilisé pour le bilan comparatif social Les performances du Canada. Les indicateurs de la pauvreté, de la répartition du revenu, de la mobilité intergénérationnelle du revenu et des écarts salariaux entre les sexes et selon l’origine ethnique servent à comparer les degrés d’équité dans les territoires. Une autre série d’indicateurs sert à comparer les niveaux de cohésion sociale, notamment la participation au marché du travail et aux activités traditionnelles, la participation électorale, les taux d’homicide, de cambriolage et de suicide, ainsi que l’opinion personnelle des résidents quant à leur satisfaction de vivre.

Indicateurs sociaux

  Indicateurs servant à évaluer l’équité et la cohésion sociale dans les territoires Indicateurs servant à mesurer l’équité et la cohésion sociale dans les provinces et les pays comparables au Canada
Équité
  • Pauvreté
  • Répartition du revenu selon le décile de revenu
  • Mobilité intergénérationnelle du revenu
  • Écart salarial entre les sexes
  • Écart salarial selon l’origine ethnique (population autochtone et non autochtone)
  • Pauvreté
  • Inégalité des revenus
  • Mobilité intergénérationnelle du revenu
  • Écart salarial entre les sexes
  • Écart salarial selon l’origine ethnique
  • Écart salarial entre immigrants et Canadiens de naissance
  • Revenu des personnes ayant une incapacité
Cohésion sociale
  • Jeunes sans emploi
  • Taux de chômage
  • Participation électorale
  • Homicides
  • Cambriolages
  • Suicides
  • Satisfaction de vivre
  • Participation des Autochtones aux activités traditionnelles
  • Jeunes sans emploi
  • Participation électorale
  • Homicides
  • Cambriolages
  • Suicides
  • Satisfaction de vivre
  • Soutien d’un réseau social

Source : Le Conference Board du Canada.

Quels facteurs influent sur le rendement des territoires au chapitre de l’équité et de la cohésion sociale?

Le niveau de scolarité, les différences en ce qui a trait à l’accessibilité aux services sociaux (p. ex., l’accès à des services de santé mentale d’une région à l’autre), l’isolement géographique, le surpeuplement du logement et le manque d’infrastructures ont une incidence sur les résultats obtenus par les territoires concernant les indicateurs de l’équité et de la cohésion sociale.

Niveau de scolarité

La disponibilité d’une éducation et d’une formation professionnelle pertinentes, ainsi que l’accessibilité à celles-ci peuvent avoir d’importants effets sur l’équité et la cohésion sociale.

Les établissements d’enseignement postsecondaire – tels que le Collège du Yukon, le Collège Aurora (T.N.-O.) et le Collège de l’Arctique du Nunavut – offrent aux gens des territoires la possibilité de poursuivre leurs études sans avoir à quitter leur collectivité ou leur région2. Ces collèges proposent divers choix de parcours universitaires (le Collège Aurora, par exemple, offre un baccalauréat en éducation et un baccalauréat en sciences infirmières3) ainsi que des possibilités de formation professionnelle et d’apprentissage.

Les gouvernements territoriaux se sont récemment engagés à élargir ces possibilités. Le Nunavut, par exemple, consacre 1,6 M$ de son budget de 2017-2018 au soutien d’un nouveau programme de droit offert conjointement par le Collège de l’Arctique du Nunavut et l’Université de la Saskatchewan, ainsi que 1,3 M$ pour aider le collège à financer ses programmes de formation en travail social et d’éducation de la petite enfance4. Cependant, pour avoir accès à ces programmes, les étudiants des collectivités éloignées devront sans doute prendre l’avion pour se rendre dans les plus grandes agglomérations.

En général, le niveau de scolarisation postsecondaire a progressé dans les territoires, mais il est encore inférieur à la moyenne nationale, sauf au Yukon. En 2011, année la plus récente pour laquelle des données sont disponibles, le Yukon arrivait en tête des territoires et dépassait la moyenne nationale à ce chapitre : 67,1 % des adultes âgés de 25 à 64 ans y avaient obtenu un certificat, un grade ou un diplôme d’études postsecondaires. Les T.N.-O, où 59,3 % de la population détient un diplôme postsecondaire, se situent légèrement sous la moyenne nationale de 64,1 %. Au Nunavut, seulement 41,6 % des adultes ont terminé des études postsecondaires.

Une large proportion de la population des T.N.-O (21,6 %) et du Nunavut (46,0 %) ne possède toutefois pas de diplôme d’études secondaires5.

Dans les territoires, il existe des différences notables entre le niveau de scolarité moyen des Autochtones et des non-Autochtones. Comme indiqué dans le bilan comparatif de 2014 sur l’éducation et les compétences dans les territoires, rapport publié dans le cadre du programme Les performances du Canada, les facteurs contextuels clés comme la langue et la culture, le soutien familial et communautaire de même que la gouvernance expliquent en partie cette performance sociale particulière.

Isolement géographique et surpeuplement du logement

De nombreux résidents des collectivités éloignées des territoires doivent parcourir de grandes distances pour accéder aux services sociaux et de santé6. Paradoxalement, malgré le fait que les collectivités soient généralement séparées par de vastes étendues, l’espace dont disposent les ménages est souvent limité, de même que le stock de logements dans les collectivités. Par conséquent, les collectivités éloignées des T.N.-O et du Nunavut ont un niveau élevé de surpeuplement du logement (c.-à-d. plus d’un personne par pièce dans un logement7) par rapport au reste du Canada (7,3 % des logements des territoires sont considérés comme surpeuplés, contre seulement 2,0 % dans tout le Canada)8. Ces niveaux de surpeuplement ont contribué à accroître le stress vécu dans les territoires sur les plans social et médical9.

Infrastructures

Le manque d’infrastructures essentielles – comme les routes toutes saisons et les télécommunications à large bande – isole les collectivités, nuit à la prestation de services de santé et d’éducation et entrave l’essor économique. Les résidents des territoires peuvent donc éprouver un niveau d’anxiété et d’isolement supérieur, ce qui affecte les résultats aux indicateurs de l’équité et de la cohésion sociale10.

Les capacités limitées du Nunavut et des T.N.-O en matière de télécommunications à large bande, par exemple, empêchent leurs citoyens de participer pleinement à l’économie numérique et de se servir d’applications innovantes telles que l’apprentissage en ligne. Étant donné que les nouvelles compétences en milieu de travail, comme la résolution de problèmes dans des environnements hautement technologiques, dépendent de l’accès à des infrastructures et à une connectivité informatiques adéquates, de nombreuses collectivités autochtones et nordiques éloignées continuent d’être désavantagées sur le plan économique.

L’inadéquation des infrastructures technologiques a également un impact sur les personnes vivant dans les collectivités autochtones éloignées en termes d’accès aux services de téléjustice (tels que les tribunaux itinérants et les services de soutien juridique par vidéoconférence). C’est une source de préoccupation à une époque où les Autochtones sont surreprésentés dans le système de justice pénale et où les taux de criminalité sont relativement élevés dans les territoires. La cohésion sociale est tributaire du sentiment de sécurité personnelle et communautaire. Les effets physiques, psychologiques et financiers de la criminalité réduisent les niveaux de confiance d’une société et peuvent ainsi affecter sa cohésion sociale globale11.

Comment s’en sortent les territoires pour ce qui est de l’équité?

L’équité est évaluée en examinant la performance selon cinq indicateurs : la répartition du revenu, la pauvreté (c’est-à-dire la prévalence des familles à faible revenu), la mobilité intergénérationnelle du revenu (c.-à-d. la mesure dans laquelle les différences de revenu sont transmises d’une génération à l’autre), l’écart salarial entre les sexes et l’écart salarial selon l’origine ethnique.

Répartition du revenu et pauvreté

À première vue, les revenus moyens des territoires semblent être plus élevés que la moyenne nationale. Par exemple, 32 % des habitants du Yukon, 42 % de ceux des T.N.-O et 24 % de ceux du Nunavut se situent dans les deux premiers déciles de revenu du Canada. Cependant, ces résultats doivent être relativisés, car ils ne tiennent pas compte du coût de la vie et des biens, qui peut être considérablement plus élevé dans le Nord que dans le Sud12.

Le portrait change aussi considérablement lorsque l’on examine la répartition du revenu chez les Autochtones des territoires. Environ 25 % des Autochtones du Yukon, 24 % de ceux des T.N.-O. et 30 % du Nunavut se classent dans les deux déciles inférieurs de revenu canadien (soit parmi les 20 % moins bien classés). En comparaison, 13 % de la population totale au Yukon, 16 % de celle des T.N.-O. et 26 % du Nunavut se situent dans les déciles inférieurs. Pour ce qui est du Nunavut, ses parts des deux déciles inférieurs chez les Autochtones et dans la population totale sont très proches, ce qui n’est pas surprenant, car les Autochtones y représentent plus de 85 % de la population totale13.

Les disparités de revenu entre Autochtones et non-Autochtones ont une incidence sur les mesures connexes de la cohésion sociale, notamment les taux de criminalité et la satisfaction de vivre. Comme l’a noté l’OCDE : « Plus une société est inégalitaire, plus il est difficile de s’élever dans l’échelle sociale, et ce simplement parce que les enfants ont un fossé plus large à franchir14. »

Même si les disparités de revenu entre les Autochtones et les non-Autochtones sont élevées, l’éducation aide à uniformiser les règles du jeu. Le rapport Les performances du Canada sur l’éducation et les compétences dans les territoires a révélé que lorsqu’ils possèdent un diplôme d’études postsecondaires, les Autochtones des territoires ont, en moyenne, un avantage sur le plan du revenu par rapport aux non-Autochtones. À titre d’exemple, en 2010, les Autochtones des territoires ayant obtenu un diplôme universitaire gagnaient systématiquement plus de 160 $ pour chaque 100 $ gagnés par les Autochtones ayant un diplôme d’études secondaires, alors que les non-Autochtones détenant un diplôme universitaire gagnaient moins de 155 $ pour chaque 100 $ gagnés par les non-Autochtones possédant un diplôme d’études secondaires15.

En ce qui concerne l’indicateur de la pauvreté du bilan comparatif social, les mesures relatives du revenu – appelées mesures de faible revenu (MFR) – sont utilisées pour comparer la façon dont les gens s’en tirent par rapport à la population totale. Pour une région ou un pays donné, le seuil de pauvreté correspond à 50 % du revenu national médian. Le taux de pauvreté correspond à la proportion de la population dont le revenu disponible (après impôts et transferts gouvernementaux) est inférieur à ce seuil de pauvreté.

La base de données sur le bien-être régional de l’OCDE constitue la source des données sur la pauvreté utilisée dans le bilan comparatif social. Les données pour le Canada et les provinces contenues dans cette base de données proviennent de l’Enquête sur le revenu canadien de Statistique Canada, qui ne comprend pas les territoires. Pour évaluer la pauvreté dans les territoires, nous avons recours à la mesure de faible revenu de Statistique Canada, en utilisant les données de son programme des Estimations du revenu annuel pour les familles de recensement et les particuliers, qui se sert des déclarations de revenus des particuliers provenant principalement de l’Agence du revenu du Canada. Le seuil de pauvreté après impôt pour cette mesure de faible revenu est de 50 % du revenu familial rajusté, ce qui tient compte des besoins de la famille. Le rajustement tient compte du fait que les besoins de la famille augmentent en fonction de sa taille. Une famille est ainsi considérée comme ayant un faible revenu lorsque son revenu est inférieur au seuil de la mesure de faible revenu calculé selon la taille et le type de famille correspondante (p. ex. famille biparentale, famille monoparentale).

Par rapport à la moyenne canadienne, le Yukon a une faible proportion de familles dont le revenu tombe sous le seuil de la mesure de faible revenu. C’est peut-être dû en partie au fort taux d’emploi et au nombre relativement élevé de personnes employées dans l’administration publique, un secteur généralement syndiqué qui exige une formation allant au-delà du niveau secondaire pour de nombreux postes16. De fait, seulement 4 % des familles biparentales établies au Yukon sont considérées comme ayant un faible revenu (contre 8 % dans tout le Canada). Tout juste moins d’un quart (24 %) des familles monoparentales du Yukon sont considérées comme ayant un faible revenu (contre 32 % dans tout le Canada).

En revanche, 21 % des familles biparentales et 51 des familles monoparentales établies au Nunavut sont considérées comme ayant un faible revenu. Dans les T.N.-O., 8 % des familles biparentales et 41 % des familles monoparentales sont considérées comme ayant un faible revenu.

Mobilité intergénérationnelle du revenu

La mobilité intergénérationnelle du revenu renvoie à la mesure dans laquelle les niveaux de revenu peuvent varier d’une génération à l’autre. On mesure la mobilité intergénérationnelle du revenu en calculant l’élasticité intergénérationnelle des gains. Sans mobilité intergénérationnelle du revenu, tous les enfants pauvres deviendraient des adultes pauvres, et tous les enfants riches deviendraient des adultes riches.

Un indice élevé d’élasticité signifie qu’il est plus difficile pour une personne d’accéder à des catégories de revenus supèrieures à celle dans laquelle elle est née. Par exemple, si une région présente un indice d’élasticité intergénérationnelle de 0,50, alors 50 % des écarts de revenus observés dans la génération des parents seront transmis à la génération des enfants. Ainsi, si un père a un revenu supérieur de 10 000 $ à la moyenne, son enfant gagnera 5 000 $ de plus que la moyenne dans sa tranche d’âge17.

Tous les territoires ont un indice d’élasticité du revenu plus faible (mobilité de revenu intergénérationnelle supérieure) que la moyenne canadienne (0,201). Bien qu’il n’existe pas de données distinctes pour les T.N.-O. et le Nunavut, les deux territoires ont ensemble une élasticité intergénérationnelle du revenu de 0,175, ce qui signifie que l’enfant d’un père dont le revenu était inférieur de 10 000 $ à la moyenne gagnerait 1 750 $ de moins que la moyenne. Au Yukon, la mobilité est légèrement inférieure : le territoire affiche une élasticité intergénérationnelle du revenu de 0,187.

Écart salarial entre les sexes

L’écart salarial entre les sexes est mesuré en calculant la différence entre les salaires médians hebdomadaires à plein temps des hommes et des femmes en tant que pourcentage du salaire médian hebdomadaire à plein temps des hommes.

Malgré les progrès réalisés pour améliorer le niveau de scolarité et le taux d’activité des femmes au cours des dernières décennies, l’écart salarial entre hommes et femmes n’en reste pas moins un problème qui affecte de manière disproportionnée les femmes à faible revenu et les Autochtones de sexe féminin18. Pour créer une société plus inclusive et plus homogène, il est indispensable de réduire l’écart salarial entre les sexes ainsi que l’écart salarial entre Autochtones et non-Autochtones.

Le fait de combler ces écarts permettra de stimuler la croissance économique et aura des incidences positives sur d’autres importantes mesures sociétales comme la pauvreté et l’inégalité des revenus19.

Dans les T.N-O., l’écart salarial de 23 % entre les hommes et les femmes est supérieur à la moyenne nationale (19 %), alors que les écarts observés au Nunavut (2 %) et au Yukon (8 %) sont beaucoup plus faibles.

Le faible écart salarial entre les sexes observé au Nunavut peut être en partie attribuable aux secteurs d’activité dans lesquels travaillent principalement les hommes et les femmes de ce territoire. En 2011, les femmes travaillaient surtout dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’administration publique (en excluant le commerce de détail). Ces emplois sont généralement syndiqués et exigent une formation allant au-delà des études secondaires. Pour leur part, les hommes travaillaient principalement dans les secteurs de l’administration publique, de la construction et du transport (en excluant le commerce de détail)20.

L’écart salarial entre les sexes observé dans les T.N.-O. peut être dû, en partie, à la plus grande proportion d’hommes employés dans le secteur des ressources, qui a propulsé la croissance économique du territoire21.

Écart salarial selon l’origine ethnique

L’écart de revenu fondé sur l’origine ethnique crée non seulement un sentiment de marginalisation sociale et de vulnérabilité chez un individu, mais contribue aussi à la racialisation de la pauvreté, un phénomène qui fragmente les sociétés22. L’écart salarial selon l’origine ethnique est un pourcentage exprimant les disparités de salaire et de traitement médians à temps plein, sur une année complète, entre les Autochtones et les non-Autochtones. Nous avons calculé cet écart pour les hommes et les femmes qui détenaient un diplôme d’études secondaires en 2010 et ceux qui possédaient un diplôme universitaire cette même année.

Au Canada, l’écart salarial selon l’origine ethnique entre Autochtones et non-Autochtones ayant un diplôme d’études secondaires est important : il est de 19,2 % pour les hommes et de 15,7 % pour les femmes, la valeur positive indiquant une différence de rémunération en faveur des non-Autochtones.

Ces écarts ne font que s’amplifier dans les territoires, étant plus importants chez les Autochtones de sexe masculin que chez les Autochtones de sexe féminin. C’est au Nunavut, en particulier, que l’on trouve l’écart salarial selon l’origine ethnique le plus important chez les Autochtones de sexe masculin : en 2010, ces derniers y gagnaient 61,0 % de moins que leurs homologues non autochtones. Au Yukon et dans les T.N.-O., les Autochtones de sexe masculin gagnaient respectivement 38,7 % et 46,1 % de moins que leurs homologues non autochtones.

Il est réellement essentiel de trouver des façons de réduire l’écart de revenus entre Autochtones et non-Autochtones compte tenu de la proportion relativement importante de la population autochtone sans diplôme postsecondaire24.

Certes, les écarts salariaux sont importants chez les personnes possédant un diplôme d’études secondaires, mais l’enseignement supérieur contribue à combler ces écarts et, dans bien des cas, offre de plus grands avantages aux Autochtones qu’aux non-Autochtones.

À ce titre, en 2010, les Autochtones de tous les territoires détenant un diplôme universitaire – à l’exception des Autochtones de sexe masculin du Nunavut – gagnaient plus que leurs homologues non autochtones. Par exemple, les Autochtones de sexe masculin établis au Yukon gagnaient en moyenne 24,6 % de plus que leurs homologues non autochtones et les Autochtones de sexe féminin, 29,3 % de plus en moyenne que leurs homologues non autochtones. L’avantage salarial du Yukon pourrait notamment dépendre des types d’emplois occupés par les Autochtones; en 2010, près de 40 % de la main-d’œuvre autochtone (contre 26 % de la population non autochtone) était employée dans des postes du secteur de l’administration publique, qui sont généralement syndiqués25.

Comment s’en tirent les territoires quant aux indicateurs de la cohésion sociale?

On utilise divers indicateurs pour mesurer la cohésion sociale. Le taux de chômage, la proportion de jeunes sans emploi (c.-à-d. la part des jeunes âgés de 20 à 24 ans qui ne sont ni aux études ni au travail) et le taux de participation électorale sont utilisés pour évaluer le niveau de participation des gens à la vie communautaire. Les taux d’homicide, de cambriolage et de suicide fournissent des informations sur l’état de dégradation de la vie communautaire. La satisfaction de vivre et la participation aux activités traditionnelles servent à mesurer la façon dont les gens perçoivent leur propre vie et leurs niveaux d’activité dans leurs réseaux sociaux.

Participation communautaire

Le taux de chômage du Yukon est l’un des plus bas au pays, tandis que celui des T.N.-O. est supérieur à la moyenne nationale. Au Nunavut, le taux de chômage demeure élevé26. En 2016, les taux de chômage dans les territoires étaient de 5,6 % au Yukon, de 7,4 % dans les T.N.-O. et de 14,9 % au Nunavut27. À l’échelle nationale, le taux de chômage national était de 7 % cette même année28.

Les taux de chômage des Autochtones et des non-Autochtones sont très contrastés dans le Nord. Au Nunavut, par exemple, le taux de chômage des non-Autochtones possédant un diplôme d’études secondaires était de 2,7 % en 2011; en revanche, celui des Autochtones ayant le même niveau de scolarité était de 17,9 %. Selon certaines recherches, ces différences sont liées au degré de préparation des travailleurs autochtones vivant en régions éloignées pour s’intégrer à une économie concurrentielle sur le plan salarial29, par rapport aux travailleurs urbains non autochtones, notamment quant aux questions de compétences en matière d’employabilité et de gestion du temps. En revanche, d’autres recherches soulignent que les employeurs devraient être plus compréhensifs et adapter leurs stratégies de ressources humaines aux perspectives et aux besoins distincts des travailleurs autochtones vivant en régions éloignées30. En outre, certaines écoles des territoires ont du mal à trouver un juste équilibre entre les perspectives autochtones et non autochtones quant aux compétences essentielles et linguistiques31 – particulièrement lorsque la langue parlée au domicile est différente de la langue couramment utilisée en milieu de travail.

Il y a trois principaux types d’économies locales dans le nord du Canada : l’économie axée sur la fonction publique, celle fondée sur les ressources et celle reposant sur l’économie mixte traditionnelle. La croissance économique observée récemment dans le Nord canadien est attribuable en grande part aux investissements réalisés dans les secteurs minier, pétrolier et gazier, de même qu’aux occasions générées par ces industries dans le secteur de la construction. Les résidents des collectivités territoriales ont profité de l’essor de ces secteurs, mais bon nombre des collectivités nordiques continuent de « souffrir d’une croissance économique lente et de taux de chômage élevés, ce qui est typique des régions économiques périphériques du monde entier32 » [traduction].

Si l’exploitation minière et la construction font progresser le PIB du Nunavut, ce sont l’administration publique et les services de défense qui emploient le plus de travailleurs, représentant plus d’un quart de la population active en 201533. Des ententes spécifiques, comme les ententes sur les répercussions et les avantages conclues entre les collectivités et les sociétés minières, ou les programmes d’action positive mis en œuvre au sein des organismes du gouvernement territorial, aident les Autochtones au Nunavut à trouver des emplois et des formations34.

La part des jeunes sans emploi – définie comme étant la proportion de jeunes de 20 à 24 ans qui ne sont ni aux études, ni en emploi, ni en formation – constitue une autre mesure de la cohésion sociale. Les jeunes adultes qui sont coupés du système éducatif ou du marché du travail sont exposés à un risque accru de pauvreté et d’isolement social, ce qui engendre des coûts importants pour les personnes concernées et leurs collectivités. En outre, un niveau élevé de jeunes sans emploi peut nuire à la performance socioéconomique globale d’une région35.

La proportion de jeunes sans emploi du Yukon est comparable à la moyenne nationale, mais celles des T.N.-O. et du Nunavut sont nettement plus élevées. Plus de la moitié (51,8 %) des jeunes du Nunavut et près d’un quart des jeunes des T.N.-O. (23,8 %) ne sont ni aux études ni au travail. Comme les jeunes de 20 à 24 ans du Nunavut constituent proportionnellement le groupe le plus important parmi les personnes en âge de travailler – formant un peu moins de 16 % des adultes en âge de travailler –, ce taux de chômage a un impact important sur la performance du marché du travail36.

Les jeunes des territoires se heurtent à plusieurs obstacles dans la recherche d’un emploi. Les distances géographiques entre leurs domiciles et les établissements d’enseignement postsecondaire du Sud, de même que les différences culturelles qui existent entre ces deux milieux entravent la formation et l’acquisition des qualifications dont ils ont besoin pour obtenir un emploi plus qualifié37. En outre, il a été reconnu que la prévalence du décrochage scolaire et de la maternité précoce chez les jeunes Autochtones est un obstacle à la participation au marché du travail38.

La nature du travail disponible peut également constituer un inconvénient. Les emplois dans le domaine de l’extraction de ressources, par exemple, fonctionnent régulièrement selon un horaire de travail rotatif et leurs quarts de travail ne correspondent pas nécessairement au mode de vie des jeunes Autochtones et aux activités traditionnelles auxquelles ils sont accoutumés dans leurs communautés. Il a été démontré que les activités traditionnelles comme la chasse et la récolte jouent un rôle important dans le mieux-être culturel et personnel des jeunes Autochtones des territoires39.

Le taux de participation électorale est notre dernière mesure de la participation communautaire. Cette mesure témoigne du niveau d’engagement civique des résidents par leur participation au système politique.

Le taux de participation électorale, calculé à partir des données des élections fédérales de 2015, mesure le nombre total de votes exprimés par rapport au nombre d’électeurs inscrits.

Parmi les territoires, c’est le Yukon qui a obtenu taux de participation électorale le plus élevé lors des dernières élections, affichant un taux de 75,8 % (ce qui dépassait également la moyenne canadienne de 68,3 %). Le taux de participation du Nunavut, qui était de 59,4 %, est largement inférieur à celui du Yukon, tandis que les T.N.-O. se situent entre les deux avec un taux de 63,4 %. Le faible taux de participation électorale observé au Nunavut peut être attribuable à la vaste population de jeunes, un groupe d’âge qui a tendance à avoir un faible taux de participation électorale40.

Bien que le taux de participation des électeurs dans les T.N.-O. et au Nunavut soit inférieur à la moyenne canadienne, tous les territoires ont enregistré d’importantes hausses de leur participation électorale par rapport aux élections fédérales précédentes de 2011. Au Yukon, le taux de participation a grimpé de 14,7 points de pourcentage, au Nunavut, de 13,7 points de pourcentage, et dans les T.N.-O., de 9,5 points de pourcentage41.

Dégradation de la vie communautaire

Pour ce qui est des indicateurs qui mesurent le niveau de dégradation la vie communautaire, il faut spécifier que ce sont les taux et non le nombre réel d’incidents qui sont examinés dans ce rapport. Ainsi, un taux élevé d’homicide ou de suicide dans une province ou un territoire faiblement peuplé peut se traduire en réalité par un nombre relativement mineur d’homicides ou de suicides. De même, un taux d’homicide ou de suicide apparemment bas peut refléter un nombre élevé d’homicides ou de suicides dans une province très peuplée.

La criminalité est un sérieux problème pour les personnes vivant dans les territoires. Les taux d’homicide dans les territoires sont nettement plus élevés que la moyenne nationale.

C’est au Nunavut que l’on trouve le taux d’homicide moyen le plus haut parmi toutes les provinces et tous les territoires, soit 9,3 décès pour 100 000 habitants (de 2 à 4 décès par an) de 2013 à 201542. Cela équivaut à plus de six fois la moyenne nationale de 1,5 décès pour 100 000 habitants. Le taux d’homicide moyen des T.N.-O. est également élevé, soit de 7,6 décès pour 100 000 habitants (de 2 à 5 décès) – un taux environ cinq fois supérieur à la moyenne canadienne43. Le taux d’homicide moyen sur trois ans au Yukon de 3,6 (soit de 0 à 3 décès44) est élevé (comparable au taux de 3,7 % du Manitoba, qui affichait le taux d’homicide moyen le plus haut parmi les provinces). Cependant, il est en grande partie attribuable au taux d’homicide élevé de 2014, soit de 8,2 décès pour 100 000 habitants (3 décès). En 2013, le Yukon n’a enregistré aucun homicide.

Les taux d’homicide enregistrés dans les territoires sont le reflet des expériences vécues par les peuples autochtones du Canada, ce qui explique en partie pourquoi ils y atteignent des niveaux historiquement disproportionnés. En 2015, les Autochtones représentaient 25 % des victimes d’homicide au pays, même s’ils ne constituent environ que 5 % de la population canadienne. Dans tout le Canada, le taux d’homicide en 2015 était de 12,9 décès pour 100 000 habitants chez les Autochtones de sexe masculin et de 4,8 décès pour 100 000 habitants chez les Autochtones de sexe féminin45. Ces dernières années, les violences dont sont victimes les Autochtones de sexe féminin ont été mises en lumière par l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, lancée par le gouvernement fédéral dans le but de documenter et de comprendre les actes de violence subis par ces femmes46.

Les territoires affichent également un taux disproportionné de cambriolages par rapport au sud du Canada. De 2013 à 2015, le Nunavut a enregistré de 600 à 605 vols déclarés par année, ce qui se traduit par un taux moyen de cambriolage 3,8 fois plus élevé que la moyenne canadienne (1 668 contre 438 cambriolages pour 100 000 habitants)47. Même s’il n’est pas aussi élevé, le nombre moyen de cambriolages des T.N.-O. était de 1 207 cas déclarés pour 100 000 habitants, soit entre 460 et 607 cambriolages par an, ce qui correspond à environ 2,8 fois plus que la moyenne canadienne48. Enfin, le taux moyen affiché par le Yukon (652 cambriolages pour 100 000 habitants) découlait des 212 à 300 introductions par effraction déclarées, ce qui est environ 1,5 fois supérieur à la moyenne canadienne49.

Les questions liées au chevauchement des compétences entre les programmes territoriaux, autochtones et, dans certains cas, fédéraux peuvent compliquer les interventions politiques en matière de criminalité et de prestation de services tels que l’éducation et la santé. Les petites collectivités autochtones éloignées font également face à des défis en matière de ressources qui ont une incidence sur les efforts des services de police locaux et les stratégies de prévention du crime.

Les territoires affichent également des taux de suicide plus élevés que la moyenne nationale. Parmi les facteurs de risque communs du suicide, mentionnons les troubles mentaux, en particulier la dépression et la toxicomanie, ainsi que les crises personnelles, les conflits ou les catastrophes, la violence ou la maltraitance, ou encore un sentiment d’isolement. Afin d’améliorer l’équité et la cohésion sociale dans les territoires, il est indispensable de s’assurer que des institutions adéquates sont en place pour s’attaquer aux causes profondes du suicide, sensibiliser la population et investir dans des stratégies multisectorielles de prévention du suicide.

De 2010 à 2012, les territoires affichaient des taux de suicide plus élevés que la moyenne canadienne de 11,0 décès pour 100 000 habitants. Au Yukon, le taux de suicide moyen était de 13,9 décès pour 100 000 habitants (de 4 à 7 décès par an), alors que celui des T.N.-O. était de 16,1 décès pour 100 000 habitants (entre 6 et 8 décès)50. Le taux de suicide du Nunavut, cependant, était beaucoup plus élevé. Entre 2010 et 2012, le Nunavut a connu un taux de suicide moyen de 65,5 décès par 100 000 habitants (23 à 24 décès par an), soit près de six fois plus que la moyenne nationale.

Les auteurs d’une étude récente intitulée Learning From Lives That Have Been Lived ont cherché à mieux comprendre pourquoi les taux de suicide du Nunavut sont plus élevés que la moyenne canadienne51. L’étude a analysé 120 suicides survenus sur le territoire de 2003 à 2006 au moyen d’entrevues avec des amis et des membres de la famille des victimes ainsi que de l’examen de leurs dossiers médicaux et policiers. Selon ses conclusions, près de la moitié des victimes avaient subi de la violence familiale pendant leur enfance et une proportion significative (près des trois quarts) avait été diagnostiquée comme ayant plus d’un trouble de santé mentale52.

Prenant acte des taux élevés de suicide sur son territoire, le gouvernement du Nunavut a mis en place plusieurs mesures de prévention du suicide, allant de la diffusion des vidéos du programme Break the Silence – qui encouragent les Nunavutois à parler de suicide – à des présentations dans les écoles et auprès des aînés53. En 2010, le gouvernement du Nuvavut a également défini une stratégie territoriale de prévention du suicide, en collaboration avec la compagnie Nunavut Tunngavik, l’organisme Embrace Life Council et la Gendarmerie royale du Canada54. Cette stratégie repose sur trois volets clés : l’importance d’offrir une gamme complète de services de santé mentale, la mise en œuvre d’interventions fondées sur des données probantes et des activités de développement communautaire qui favorisent le mieux-être mental individuel et communautaire. Elle souligne également les engagements pris par le gouvernement du Nunavut, telle que l’offre continue de formations en techniques de prévention du suicide, ainsi que ceux pris par tous ses partenaires de soutenir les recherches visant à mieux comprendre les causes du suicide sur le territoire. De même, l’Organisation nationale de la santé autochtone, qui a fermé ses portes en 2012, avait élaboré en 2006 un document sur la prévention du suicide axé sur les pratiques traditionnelles inuites qui favorisent l’adaptation et la résilience55.

Fait encourageant, les trois territoires ont vu leur taux global de suicide diminuer de 2000 à 2012. Le Yukon a enregistré une baisse de 17 %, les T.N.-O., de 13 %, et le Nunavut, de 20 %. Cependant, chaque territoire a connu une fluctuation importante de son taux d’année en année, principalement en raison de leur faible taille démographique. Par exemple, le taux de suicide des T.N.-O., qui était de 12,9 décès pour 100 000 habitants en 2011 (6 décès), a grimpé à 19,2 décès pour 100 000 habitants en 2012 (8 décès)56.

Satisfaction de vivre et soutien d’un réseau social

En dépit de leurs taux de chômage et de leurs taux de criminalité relativement élevés ainsi que de leur grande pauvreté par rapport à la moyenne canadienne, les territoires s’en sortent bien pour ce qui est d’une mesure subjective de la cohésion sociale : la satisfaction de vivre.

La satisfaction de vivre correspond au score moyen des réponses à la question : « Quel sentiment éprouvez-vous en ce moment même à l’égard de votre vie? » Les réponses à cette question sont classées selon une échelle de 0 à 10, où 0 signifie « très insatisfait » et 10 « très satisfait »57 . Le score de chaque région correspond à la valeur moyenne des réponses individuelles de ses habitants.

Les scores relatifs à la satisfaction de vivre au Yukon (7,88) et dans les T.N.-O. (7,77) sont inférieurs à la moyenne nationale (7,98). Par contre, le score de 8,15 du Nunavut est supérieur à cette moyenne.

Le niveau de satisfaction de vivre au Nunavut surprend étant donné les taux élevés de cambriolage, d’homicide et de suicide sur le territoire. Cependant, d’autres mesures de la cohésion sociale peuvent contribuer à expliquer en partie ces résultats. L’un des motifs du niveau élevé de satisfaction de vivre déclaré par les Nunavutois est le rôle des réseaux de soutien familiaux et des autres liens de proximité (par exemple, voisins et amis). Dans un milieu hostile où les ressources personnelles sont parfois limitées, les réseaux familiaux et de proximité sont considérés comme étant particulièrement importants pour le mieux-être individuel, car ils fournissent une stabilité, aident à compléter les régimes alimentaires (par le partage des ressources alimentaires) et renforcent le sentiment d’appartenance58. Ces relations jouent un rôle si important que lorsqu’ils ont été interrogés au sujet du bonheur, les Inuits d’Igloolik et de Qikiqtarjuaq (Nunavut) ont mentionné la famille quatre fois plus que le second thème en importance, soit l’occupation du territoire59.

Les mesures de la cohésion sociale axées sur la culture, telles que l’accès d’un individu à des réseaux informels de soutien émotionnel, social et matériel, sont essentielles pour comprendre la réalité de la cohésion sociale dans les territoires et surtout dans les collectivités autochtones éloignées du Nord60.

L’une des méthodes utilisées pour évaluer l’accès aux réseaux informels consiste à déterminer quelle part de la population autochtone participe à des activités traditionnelles telles que la chasse, la pêche, le piégeage et la production artisanale. Un fort niveau de participation à ces activités peut entraîner la participation à des réseaux nationaux d’échange alimentaire et l’immersion dans des activités culturelles, deux facteurs qui favorisent la cohésion sociale.

Le Nunavut, un territoire habité par une population composée d’environ 86 % d’Autochtones (en majorité des Inuits)61, présente le taux de participation autochtone aux activités traditionnelles le plus élevé au Canada. En 2011, près de 70 % des Autochtones âgés de 15 à 24 ans du territoire ont participé à une activité traditionnelle, tandis que plus de 50 % de la population adulte restante du Nunavut y a participé.

Les Autochtones du Yukon et des T.N.-O. ont des taux de participation aux activités traditionnelles plus élevés que la moyenne canadienne, même si ces taux ne sont pas aussi hauts qu’au Nunavut. La participation à ces types d’activités est encouragée par des initiatives telles que NWT on the Land Collaborative, qui fournit des fonds, du soutien et des ressources pour la revitalisation culturelle et les programmes d’éducation à la terre62.

Que peut-on faire pour améliorer la performance sociale des territoires?

L’effritement de la cohésion sociale ou la hausse des inégalités dans une région ne peuvent être attribuées à un seul facteur. Ces problèmes complexes s’expliquent en partie par plusieurs facteurs socioéconomiques interdépendants, ainsi que par des facteurs circonstanciels. Par conséquent, le renforcement de la cohésion sociale et la réduction des inégalités au sein d’une région nécessitent de multiples stratégies intersectorielles.

À la lumière des indicateurs analysés ci-dessus, voici les mesures politiques qui devraient être envisagées dans les domaines stratégiques suivants :

  • Améliorer les résultats en matière d’éducation, en mettant l’accent sur les programmes scolaires adaptés à la culture des Autochtones.
  • Améliorer l’accès aux soins de santé dans les territoires, y compris en ce qui concerne les services de santé mentale.
  • Réaliser des investissements constants dans des stratégies de réduction de la pauvreté.

Le niveau de scolarité est un thème récurrent dans les différentes mesures sur l’inégalité et la cohésion sociale dans le Nord. Chez les Autochtones des territoires, ce niveau est inférieur à celui des non-Autochtones, ce qui affecte les résultats des territoires à plusieurs des indicateurs sociaux analysés dans ce rapport (par exemple, les jeunes sans emploi, le taux de chômage, la pauvreté et les taux de criminalité).

La réduction de l’écart de scolarisation entre Autochtones et non-Autochtones sera profitable à toute la société, car l’éducation agit comme une échelle favorisant l’ascension sociale. Si l’on mettait l’accent sur les programmes de développement de la petite enfance, en particulier pour les enfants défavorisés – par exemple, les programmes de maternelle des T.N.-O., qui mettent l’accent sur la promotion d’un sentiment d’identité tout en enseignant les bases de la lecture, de l’écriture et des mathématiques –,63 ainsi que des initiatives comme les Compétences pour le succès des T.N.-O., qui vise à réduire le retard en matière d’éducation, cela contribuerait à améliorer le rendement social des territoires dans l’avenir64.

Compte tenu des vastes étendues nordiques et de la nature des collectivités dispersées du Nord, les personnes qui vivent dans les territoires doivent généralement parcourir de grandes distances pour obtenir les services de santé qu’elles ne peuvent recevoir dans leurs collectivités locales. Le nombre limité de médecins établis dans le Nord aggrave ce problème65. Dans ce contexte, les territoires ont élaboré des stratégies visant à fournir des services de santé et offrir des incitations à l’embauche et, plus important encore, garder en poste les professionnels de la santé66. Pour faire en sorte que les résidents du Nord aient les mêmes chances que ceux du Sud, il est important de réaliser des recherches plus poussées sur ces stratégies et de procéder aux investissements subséquents dans des initiatives visant à assurer l’égalité d’accès aux soins de santé, y compris les services de santé mentale.

Enfin, le Yukon, les T.N.-O. et le Nunavut ont tous mis en place des stratégies de réduction de la pauvreté au cours des 10 dernières années67. Le renforcement de la sécurité alimentaire et du logement pour les populations les plus défavorisées compte parmi les thèmes transversaux de ces stratégies. La poursuite de celles-ci, combinée avec des efforts parallèles visant à améliorer l’éducation et les services de santé, contribuera à surmonter les difficultés persistantes en matière d’équité et de cohésion sociale dans les territoires.

Notes de bas de page

1     Horizons de politiques Canada, Le Nord canadien : surmonter les défis pour optimiser les possibilités, gouvernement du Canada.

2    Le Conference Board du Canada, Les performances du Canada : Éducation et compétences dans les territoires, 2015.

3    Collège Aurora, Degree Programs (consulté le 4 mars 2017).

4    Gouvernement du Nunavut, 2017–18 Budget Highlights, Iqaluit, 2017.

5    Statistique Canada, Éducation au Canada : niveau de scolarité, domaine d’études et lieu des études, 2016.

6    Annette Browne, Issues Affecting Access to Health Services in Northern, Rural, and Remote Regions of Canada, Prince George, University of Northern British Columbia.

7    Statistique Canada, Peuples autochtones.

8    Statistique Canada, Enquête auprès des ménages de 2011.

9    Centre national de collaboration de la santé autochtone, Housing as a Social Determinant of First Nations, Inuit, and Métis Health, p. 3.

10   Steven Bittle, L’inclusion pour tous : Comment instaurer la cohésion sociale au Canada, Ottawa, ministère de la Justice du Canada, 2001, p. 10.

11   Le Conference Board du Canada, Les performances du Canada – Classement provincial et territorial : Homicides, 2017.

12  Forum des politiques publiques, Toward Food Security in Canada’s North, Ottawa, Forum des politiques publiques, 2015, p. 1.

13  Statistique Canada, Profil de l’Enquête nationale auprès des ménages, Nunavut, 2011, catalogue no 99-004-XWF (consulté le 4 mai 2017).

14   Organisation pour la coopération et le développement économiques, Croissance et inégalités : Distribution des revenus et pauvreté dans les pays de l’OCDE, Paris, OCDE, 2008, p. 225.

15   Le Conference Board du Canada, Les performances du Canada – Classement provincial et territorial : Éducation et compétences dans les territoires, 2015.

16  Statistique Canada, Profil de l’Enquête nationale auprès des ménages, Nunavut, 2011, catalogue no 99-004-XWF (consulté le 6 juin 2017).

17  On peut trouver une explication exhaustive entourant l’élaboration de cet indicateur dans le texte du bilan comparatif provincial portant sur la mobilité intergénérationnelle du revenu.

18  Organisation des Nations Unies, Pacte international relatif aux droits civils et politiques, Observations finales concernant le sixième rapport périodique du Canada, août 2015, p. 2.

19  Le Conference Board du Canada, Les performances du Canada – Classement provincial et territorial : écart salarial entre les sexes, 2017.

20  Statistique Canada, Profil de l’Enquête nationale auprès des ménages, Nunavut, 2011, catalogue no 99-004-XWF (consulté le 5 mai 2017).

21  Ibid. Pour des renseignements supplémentaires sur le marché du travail dans les Territoires du Nord-Ouest, veuillez consulter notre rapport intitulé Northwest Territories Labour Market Forecast and Needs Assessment, qui présente les résultats d’une prospective économique et d’une projection des demandes professionnelles provenant des travailleurs résidents et en rotation jusqu’en 2030. Le Conference Board du Canada, Northwest Territories Labour Market Forecast and Needs Assessment, Ottawa, Le Conference Board du Canada, 2016.

22  Sheila Block et Grace-Edward Galabuzi, Canada’s Colour Coded Labour Market, Ottawa, Centre canadien de politiques alternatives, 2011.

23  Pour des renseignements détaillés, consulter le texte portant sur l’éducation et les compétences dans les territoires dans le bilan comparatif Les performances du Canada de 2014.

24  Les différences observées entre les Autochtones et les non-Autochtones du Nunavut peuvent être dues en partie à l’insuffisance des données en ce qui concerne l’analyse des Autochtones de sexe masculin titulaires d’un diplôme universitaire vivant dans le territoire. D’après l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011, par exemple, il y a sur le territoire moins de 100 Autochtones de sexe masculin titulaires d’un diplôme universitaire, ce qui complique la ventilation des données selon d’autres catégories, comme l’emploi.

25  Statistique Canada, ensemble de données personnalisées de l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011.

26  Statistique Canada, Caractéristiques de la population active, données non désaisonnalisées, par territoire (consulté le 4 avril 2017).

27  Statistique Canada, tableau CANSIM 282-0100 et catalogue no 71-001-XIF (consulté le 5 mai 2017).

28  Statistique Canada, tableau CANSIM 282-0002; tableau CANSIM 282-0123 (consulté le 10 mai 2017).

29  Alison Howard, Jessica Edge et Douglas Watt, Understanding the Value, Challenges, and Opportunities of Engaging Métis, Inuit, and First Nations Workers, Ottawa, Le Conference Board du Canada, 2012.

30  Heidi Martin, Building Labour Force Capacity in Canada’s North, Ottawa, Le Conference Board du Canada, 2011.

31   Thomas R. Berger, Rapport final du conciliateur : Accord sur les revendications territoriales du Nunavut – Négociations du contrat de mise en œuvre pour la deuxième période de planification, Vancouver, ministère des Affaires autochtones et du Nord du Canada, 2006; Ashley Sisco et coll., Lessons Learned: Achieving Positive Educational Outcomes in Northern Communities, Ottawa, Le Conference Board du Canada, 2012.

32   G. Duhaime, E. Searles, P. Usher, H. Myers et P. Fréchette, « Social Cohesion and Living Conditions in the Canadian Arctic: From Theory to Measurement », Social Indicators Research, vol. 66, no 3, 2004, p. 299.

33  Le Conference Board du Canada, Territorial Outlook : Economic Forecast, Summer 2016, Ottawa, Le Conference Board du Canada, 2016, p. 6 et 7.

34  Ibid., p. 3.

35  Le Conference Board du Canada, Les performances du Canada – Classement provincial et territorial : jeunes sans emploi, 2017.

36   Statistique Canada, tableau CANSIM 051-0001, Estimations de la population, selon le groupe d’âge et le sexe au 1er juillet, Canada, provinces et territoires annuel.

37   F. Abele et D. Senada, Aboriginal Youth Employment in Northern Canada, Ottawa, Carleton Centre for Community Innovation, 2014, p. 8.

38  Ibid., p. 2.

39  Siomonn Pulla, Building on Our Strengths: Aboriginal Youth Wellness in Canada’s North, Ottawa, Le Conference Board du Canada, 2013.

40  Le Conference Board du Canada, Les performances du Canada – Classement provincial et territorial : participation électorale, 2017.

41  Élections Canada, Quarante-deuxième élection générale 2015, Résultats officiels du scrutin (consulté le 10 mai 2017).

42  Statistique Canada, tableau CANSIM 253-0001 et l’Enquête sur les homicides, Centre canadien de la statistique juridique.

43  Ibid.

44  Ibid.

45  Leah Mulligan, Marsha Axford et André Solecki, L’homicide au Canada, 2015, Ottawa, Statistique Canada, 2016, p. 4.

46  Gouvernement du Canada, À propos de l’enquête indépendante.

47  Statistique Canada, tableau CANSIM 252-0051, Statistiques des crimes fondés sur l’affaire, par infractions détaillées, annuel.

48  Ibid.

49  Ibid.

50   Statistique Canada, tableau CANSIM 102-0552, Décès et taux de mortalité (normalisation selon l’âge utilisant la population de 1991), selon certains groupes de causes et le sexe, Canada, provinces et territoires, annuel.

51   Eduardo Chachamovich et Monica Tomlinson, Learning From Lives That Have Been Lived, Montréal, Université McGill et Institut universitaire en santé mentale Douglas, 2013.

52  Ibid.

53  Gouvernement du Nunavut, Suicide Prevention.

54  Gouvernement du Nunavut, Nunavut Tunngavik Inc., Embrace Life Council et Gendarmerie royale du Canada, Nunavut Suicide Prevention Strategy, Iqaluit, gouvernement du Nunavut, 2010.

55  Organisation nationale de la santé autochtone, Suicide Prevention : Inuit Traditional Practices that Encouraged Resilience and Coping, Ottawa, Organisation nationale de la santé autochtone, 2006.

56  Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, Northwest Territories—Statistical Profile, 2015.

57  Le Conference Board du Canada, Les performances du Canada – Classement provincial et territorial : satisfaction de vivre.

58  A. Morin, R. Edouard et G. Duhaime, « Beyond the Harsh. Objective and Subjective Living Conditions in Nunavut », Polar Record, vol. 46, no 237, 2010, p. 108.

59  M. Kral, L. Idlout, J. Minore, R. Dyck et L. Kirmayer, « Unikkaartuit: Meanings of Well-Being, Unhappiness, Health, and Community Change Among Inuit in Nunavut, Canada », American Journal of Community Psychology, vol. 48, no 3 et 4, 2011, p. 430.

60  G. Duhaime, E. Searles, P. Usher, H. Myers et P. Fréchette, « Social Cohesion and Living Conditions in the Canadian Arctic: From Theory to Measurement », Social Indicators Research, vol. 66, no 295, 2004, p. 295

61  Statistique Canada, Profil de l’Enquête nationale auprès des ménages, Nunavut, 2011, catalogue no 99-004-XWF (consulté le 4 mai 2017).

62   Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, NWT on the Land Collaborative: Approach (consulté le 17 juillet 2017).

63   Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, Prématernelle et maternelle (consulté le 17 juillet 2017).

64   Ministère de l’Éducation, de la Culture et de la Formation, gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, Des compétences pour réussir (consulté le 24 avril 2017); Western Arctic Aboriginal Head Start Council, Northwest Territories Aboriginal Head Start Program.

65  Annette Browne, Issues Affecting Access to Health Services in Northern, Rural, and Remote Regions of Canada, Prince George, University of Northern British Columbia.

66  Ibid.

67  Ministère de la Santé et des Services sociaux, gouvernement du Yukon, A Better Yukon for All: Government of Yukon’s Social Inclusion and Poverty Reduction Strategy, Whitehorse, gouvernement du Yukon, 2012; gouvernement du Nunavut, The Makimaniq Plan, Iqaluit, gouvernement du Nunavut, 2011; gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, Working Together: An Action Plan to Reduce and Elimate Poverty in the Northwest Territories, Yellowknife, gouvernement des Territoires du Nord-Ouest, 2015.


Note :
Les données affichées sur cette page datent de juin 2017.