Classement provincial et territorial 

Indice de rendement de l’investissement direct étranger (IDE) de création entrant

Messages

  • L’Ontario, la province la plus performante, se classe au 4e rang et obtient un C.
  • Le Manitoba et les provinces dépendantes des ressources telles que Terre-Neuve-et-Labrador, l’Alberta et la Saskatchewan se situent pratiquement au bas du classement et récoltent des D.
  • Le Canada reçoit globalement un C et occupe la 6e place parmi les 16 pays de comparaison.
  • En faisant abstraction de la performance exceptionnelle de l’Irlande, qui est en quelque sorte une aberration, le Canada obtiendrait un B, tout comme l’Ontario, la Colombie-Britannique et le Québec. Toutes les autres provinces recueilleraient des C plutôt que des D.

Qu’est-ce que l’IDE?

Le Fonds monétaire international définit l’investissement direct étranger (IDE) comme un investissement qui permet à un investisseur d’avoir voix au chapitre dans la gestion d’une entreprise située à l’extérieur du pays d’origine de l’investisseur. L’expression « avoir voix au chapitre » implique généralement de détenir 10 % ou plus des actions ordinaires ou des droits de vote (dans le cas d’une entreprise constituée en personne morale) ou une participation équivalente (dans le cas d’une entreprise sans personnalité morale). L’IDE peut comporter la création d’une entreprise ou d’une installation entièrement nouvelle ou l’acquisition d’entreprises existantes. D’autres types de transactions financières entre sociétés liées, comme le réinvestissement des gains de l’entreprise financée par l’IDE, sont aussi définis comme de l’IDE.

Quelle est la précision d’un indicateur économique comme l’IDE?

L’IDE est généralement considéré comme un indicateur important, mais tardif, de l’environnement d’investissement. Une fois que la décision de lancer un projet ou de faire une acquisition a été prise, cela peut prendre quelque temps avant que les fonds ne soient effectivement rendus disponibles. Par conséquent, l’examen des données sur les flux d’IDE entrant au cours d’une année donnée ne dresse pas toujours un portrait complet de l’état d’esprit des investisseurs pour cette année particulière. C’est pourquoi l’on doit examiner les flux sur une longue période.

Quels sont les avantages de l’IDE entrant pour le Canada?

Avec la libéralisation des échanges et la progression des chaînes d’approvisionnement mondiales, l’IDE est de plus en plus utilisé pour restructurer les activités commerciales, stimuler le commerce et améliorer la profitabilité, contribuant du coup à l’expansion de la richesse nationale. La théorie traditionnelle du commerce international voyait l’IDE comme un substitut au commerce international, soit une façon d’éviter les barrières tarifaires, en implantant par exemple des succursales dans un autre marché.

Le nouveau paradigme du commerce international – le « commerce d’intégration » – reconnaît que l’IDE entrant améliore la capacité des entreprises et des pays d’accroître leur production, ce qui se traduit par plus d’activité économique, plus d’emplois, de nouvelles sources de recettes fiscales et une progression des revenus. Bien que l’IDE entrant soulève aussi des inquiétudes – comme la peur d’une trop grande influence politique ou économique de la part des entreprises étrangères et la perte de contrôle national sur des ressources naturelles stratégiques –, le fait est que les pays se font désormais concurrence pour attirer les flux d’IDE et l’activité commerciale internationale qui en découle.

L’IDE est devenu un moteur important de la croissance économique mondiale. Au cours des 40 dernières années, les flux d’IDE mondiaux ont généralement dépassé la croissance du PIB et des exportations à l’échelle mondiale. Dans les années 2010 cependant, ces trois indicateurs ont affiché une progression équivalente.

Les pays se livrent concurrence pour attirer l’IDE parce que l’afflux d’IDE peut aider à stimuler la productivité. L’IDE encourage la diffusion du savoir-faire en gestion des technologies ainsi qu’une affectation plus efficace des ressources. Les filiales acquièrent de nouvelles connaissances et de nouvelles technologies de leur société mère internationale. Les entreprises nationales qui font affaire avec ces filiales profitent également de ces transferts de technologies et de connaissances. À terme, l’IDE débouche sur une productivité accrue, une meilleure qualité des produits et une plus grande compétitivité. Une étude a démontré que les entreprises sous contrôle canadien affichent, en moyenne, une productivité de 19 % moins grande que les entreprises de propriété étrangère, probablement en raison d’un savoir-faire technologique et opérationnel de niveau inférieur1.

L’IDE entrant accroît aussi les réserves de capital d’investissement. Plutôt que de remplacer l’investissement national, l’IDE vient pallier les pénuries de capitaux et contribue à développer les marchés de capitaux nationaux en créant de nouvelles possibilités pour l’exportation.

Enfin, l’IDE entrant vient grossir les revenus du gouvernement, à la fois directement, grâce aux impôts payés par les investisseurs étrangers, et indirectement, au moyen des impôts sur le revenu additionnels résultant de la création d’emplois et des taxes de vente générées par des dépenses de consommation accrues.

Pourquoi se concentrer sur l’IDE de création?

Tout d’abord, nous ne possédons pas de données sur les flux d’IDE totaux pour les provinces canadiennes en raison des défis que comporte la compilation de données sur l’IDE par province. Les statistiques sur l’IDE sont basées sur les entreprises et sont par conséquent difficiles à ventiler par région. Compte tenu de la façon dont les organisations sont structurées, les investissements réalisés dans une province par le truchement d’une personne morale ou d’une société de portefeuille pourraient ne pas refléter la destination finale du flux d’investissement. Cette difficulté se présente déjà au niveau international, mais elle est encore plus patente au niveau provincial.

Même si nous ne possédons pas de données sur les flux d’IDE totaux pour les provinces, des données comparables sont disponibles pour l’IDE de création – l’investissement servant à l’expansion d’une installation existante ou à la création d’une nouvelle installation (par opposition à l’IDE de friche industrielle, servant à l’acquisition d’une installation ou d’une entreprise existante par une entreprise étrangère). Étant donné que les données sur l’IDE total ne sont pas disponibles au niveau provincial, nous avons utilisé les données sur l’IDE de création entrant dans le cadre de cette analyse. Ces données ne sont pas parfaites, mais elles nous donnent une idée des provinces qui s’en tirent bien lorsque vient le temps d’attirer l’IDE2.

Comme la même méthode est utilisée pour compiler à la fois les données internationales et provinciales, nous pouvons comparer l’IDE de création des provinces dans un contexte international.

Au niveau national, les mêmes contraintes ne s’appliquent pas. L’existence de données nationales sur les flux et les stocks d’IDE totaux permet d’examiner les tendances de façon plus détaillée que si l’on utilisait seulement les données sur l’IDE de création. C’est pourquoi les sections du présent document présentent également les données sur l’IDE total (bien que ces données ne soient pas utilisées pour la compilation du classement pour les raisons mentionnées ci-dessus).

Qu’est-ce que l’indice de rendement de l’IDE de création entrant?

L’indice de rendement de l’IDE de création entrant est une indication du succès relatif d’une région à attirer l’IDE de création à l’échelle mondiale. Si la part de l’IDE de création mondial détenue par une région correspond à sa part relative du produit intérieur brut (PIB) mondial, l’indice de rendement de pour cette région sera alors égal à 1. Une valeur supérieure à 1 indique une part plus grande de l’IDE de création par rapport à sa part du PIB, ce qui signifie que la région attire plus d’IDE que la taille de son économie ne le suggère. Une valeur inférieure à 1 indique une part plus petite de l’IDE de création par rapport à sa part du PIB.

Dans l’élaboration du classement, nous avons utilisé les moyennes sur cinq ans pour calculer l’indice de l’IDE de création entrant de chaque région. Bien que des données annuelles soient disponibles, nous avons opté pour une moyenne quinquennale afin de tenir compte de la fréquente volatilité des flux d’IDE dans les petites régions, dans le but d’éviter de tirer de fausses conclusions en nous fondant sur une seule année de données.

Comment les provinces se classent-elles par rapport aux pays comparables au Canada?

Seule l’Irlande décroche un A au bilan comparatif de cette année. Entre 2012 et 2016, la part des flux d’IDE de création entrant du pays à l’échelle mondiale équivalait à plus de deux fois sa part du PIB mondial, soit un indice de rendement de l’IDE de création entrant de 2,33. Depuis des années, l’Irlande est une destination prisée pour les IED en raison de son régime fiscal avantageux pour les entreprises étrangères situées dans le pays. Le taux d’imposition de 12,5 % des sociétés qui y sont établies demeure l’un des plus bas au monde. Ce taux est d’ailleurs un facteur clé de la croissance du PIB réel du pays, qui avoisinait en moyenne 6 % par an avant la récession de 2008-2009.

Deux pays comparables, le Royaume-Uni (1,71) et l’Australie (1,26), obtiennent des B. L’Australie s’en sort bien grâce à l’exploitation de ses ressources et à sa proximité avec les grandes puissances économiques d’Asie, comme la Chine et l’Inde. Le Royaume-Uni affiche de bons résultats à cet indicateur, car le pays agit à titre de capitale financière pour l’Europe – bien que ce rôle soit menacé en raison de son retrait de l’Union européenne.

L’Ontario (1,17) est la province la mieux classée, se situant au 4e rang derrière l’Irlande, le Royaume-Uni et l’Australie au classement général, et recueillant un C. La Colombie-Britannique (1,01), et le Québec (0,97) reçoivent également des C et se classent dans le tiers supérieur des pays de comparaison.

Globalement, le Canada occupe le 6e rang parmi les 16 pays comparables, ce qui lui vaut un C.

Les autres provinces obtiennent des D. Les résultats du Nouveau-Brunswick (0,52), de la Nouvelle-Écosse (0,47) et de l’Île-du-Prince-Édouard (0,45) concernant l’indice d’IED de création entrant se rapprochent de ou sont égales à la médiane des pays comparables au Canada, qui est de 0,45.

Terre-Neuve-et-Labrador (0,30), l’Alberta (0,30) et la Saskatchewan (0,26) comptent parmi les provinces qui figurent en queue de classement. Ces trois provinces se sont classées respectivement aux premier, quatrième et cinquième rangs lors du dernier bilan comparatif provincial (qui a examiné les flux d’IDE entrant de 2008 à 2012). Ce changement spectaculaire dans les résultats du classement est le reflet de la contraction des investissements à la suite du choc des produits de base de 2014. Le Manitoba, la province la moins bien classée avec un indice d’IDE de création entrant de 0,25, accompagne également ces provinces au bas du classement.

La plupart des pays comparables au Canada et toutes les provinces, à l’exception de l’Ontario et de la Colombie-Britannique, ont des résultats inférieurs à 1 au chapitre de l’indice de l’IDE de création entrant. C’est donc dire qu’ils n’attirent pas une part mondiale de l’IDE de création entrant équivalente à leur part mondiale du PIB.

Le classement changerait-il si l’on excluait l’Irlande?

L’Irlande a attiré avec succès de nombreux investissements directs étrangers grâce à son faible taux d’imposition et ses politiques fiscales, qui encouragent les entreprises à s’établir dans le pays. Son résultat à l’indice de l’IDE de création entrant, qui est de 2,33, est plus élevé de plus d’un tiers que celui de 1,71 du Royaume-Uni, qui occupe la deuxième place. Étant donné que les notes accordées dans le classement du bilan comparatif dépendent des performances de chaque région par rapport aux meilleurs et aux pires résultats, cette situation se traduit par de faibles notes même pour les provinces et les pays qui attirent leur « juste part » d’IDE et dont le rendement à l’indice est supérieur à 1,00.

Les résultats de l’Irlande en matière d’IDE entrant sont bons depuis un certain temps, mais son plus récent rendement a été remarquable, même selon ses propres critères. L’indice de l’IDE de création entrant de l’Irlande de 2,33 pour la période allant de 2012 à 2016 est beaucoup plus élevé qu’il ne l’était au cours de la période précédente de cinq ans, soit de 2007 à 2011, alors que son score était de 1,65. L’attractivité du pays en tant que destination de choix pour les investissements a sans doute constitué la force motrice de son étonnante croissance du PIB réel de 26 % en 2015, qui est probablement attribuable aux inversions fiscales, aux excellents rendements sur les actifs étrangers et aux importantes acquisitions réalisées par les sociétés de portefeuille dont le siège social est situé dans le pays.

En retranchant l’Irlande du classement, toutes les provinces et tous les pays amélioreraient leurs résultats et grimperaient d’une lettre. Le Canada obtiendrait un B, de même que l’Ontario, la Colombie-Britannique et le Québec. Toutes les autres provinces obtiendraient des C plutôt que des D.

Comment les provinces se mesurent-elles entre elles quant à l’attraction de l’IDE?

Le fait que l’Ontario, la Colombie-Britannique et le Québec se retrouvent en tête du classement provincial au chapitre de l’IDE représente un changement par rapport au dernier bilan comparatif, lorsque ces provinces occupaient la moitié inférieure du classement. Par rapport à la période de cinq ans examinée dans le bilan comparatif précédent, soit la période allant de 2007 à 2011, l’indice de l’IDE de création entrant de l’Ontario a augmenté de 0,75 à 1,17 au cours de la période 2012-2016, celui de la Colombie-Britannique, de 0,78 à 1,01 et celui du Québec, de 0,60 à 0,97. Parallèlement, les anciens chefs de file ont dégringolé de façon spectaculaire dans le classement : l’indice de Terre-Neuve-et-Labrador a dégringolé de 4,24 à 0,30, celui de l’Île-du-Prince-Édouard, de 2,11 à 0,45 et celui de l’Alberta, de 0,80 à 0,30.

L’Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique ont toujours occupé les cinq premières places en termes de dollars réels d’IDE de création entrant attirés par les provinces. Cependant, ces trois provinces n’affichent habituellement pas de très bons résultats à l’indice de l’IDE de création entrant parce que leurs flux d’IDE sont généralement faibles par rapport à la taille de leurs économies. Elles n’ont guère attiré beaucoup plus de dollars d’IDE de création au cours des dernières années, mais attirent les mêmes niveaux d'investissement, même si leur part du PIB mondial diminue, ce qui contribue à accroître leurs indices malgré leurs flux constants d’IDE.

Par ailleurs, les provinces qui ont chuté dans le classement ont connu une baisse de la valeur en dollars de leurs flux d’IDE. Au cours des cinq dernières années, l’Alberta a attiré en moyenne 1,9 G$ US de flux annuels d’IDE de création entrant, contre 2,1 G$ US en 2007-2011. Ce déclin n’est pas surprenant compte tenu de la baisse des prix du pétrole. De même, au cours des cinq dernières années, Terre-Neuve-et-Labrador a attiré en moyenne 27 M$ de flux annuels d’IDE de création entrant, contre 152 M$ en 2007-2011.

Pourquoi les anciens chefs de file provinciaux pour cet indicateur ont-ils chuté au bas du classement?

La répartition sectorielle du stock total d’IDE entrant (à la fois de création et de friche industrielle) au niveau national permet d’obtenir un aperçu des classements provinciaux. On peut mesurer l’IDE comme un stock ou un flux. Un flux mesure la variation du niveau d’activité qui a lieu pendant un intervalle de temps, tandis qu’un stock mesure le niveau total – dans ce cas, d’actifs réels – à un moment précis. En d’autres termes, le stock représente l’accumulation des flux au fil du temps.

Malgré ses résultats au bilan comparatif de cette année, le Canada a vu sa part de l’IDE total entrant dans le secteur manufacturier chuter de 39 % à 23 % entre 1999 et 2016. Cela reflète le ralentissement de la croissance de l’activité manufacturière observé dans les pays développés, vu que la production s’est délocalisée vers les marchés émergents qui produisent à faibles coûts. Comme l’Ontario et le Québec sont les centres manufacturiers du pays, ces provinces devraient sans doute augmenter leur part des flux d’investissement vers le secteur manufacturier si elles souhaitent continuer d’accroître leurs indices d’IDE entrant.

De même, les provinces riches en ressources s’en sortent mal au classement de cette année, mais les tendances à long terme jouent en leur faveur. En 1999, l’IDE total entrant dans le secteur de l’extraction minière et pétrolière au Canada représentait moins de 10 % du stock d’IDE entrant. Cette part était passée à 23 % en 2016. Lorsque les prix des produits de base finiront par se redresser, les provinces riches en ressources remonteront probablement dans le classement, même si leurs indices d’IDE seront éventuellement inférieurs à ceux des années d’expansion économique.

Quels pays attirent le plus d’IDE total?

Les États-Unis demeurent la destination la plus prisée au monde en matière d’investissement pour ce qui est des stocks totaux d’IDE. La part des stocks d’IDE entrant américains à l’échelle mondiale est passée de 25 % en 1990 à 22 % en 2015.

La part du stock mondial d’IDE détenue par la Chine a grimpé de moins de 1 % en 1990 jusqu’à 5 % en 2015. La part d’IDE de la Chine est mince par rapport à la taille de son économie, car ce pays impose de nombreuses restrictions à l’investissement direct étranger. L’OCDE publie un indice de restrictivité de la réglementation de l’IDE qui donne aux pays une notation située entre 0 (ouverture complète aux IDE) et 1 (fermeture complète aux IDE). La note de la Chine était de 0,33 en 2016, ce qui est nettement plus haut que la note de 0,17 accordée au Canada et la moyenne des pays de l’OCDE de 0,073.

La part d’IDE mondial du Canada a chuté de 5 % en 1990 à 3 % en 2015.

Pourquoi le Canada est-il devenu une destination moins attrayante au chapitre de l’IDE au cours des dernières décennies?

Le Canada – le pays qui a déjà attiré le plus d’argent au titre de l’IDE  – est devenu une destination relativement moins attrayante au titre de l’IDE total (investissement de création plus les dépenses engagées pour les fusions et les acquisitions) au cours des dernières décennies.

Le Canada a perdu une partie de son attrait pour chacun des trois facteurs clés qui influencent les décisions d’investissement au chapitre de l’IDE :

  • accès aux marchés;
  • accès aux ressources;
  • possibilités de gains d’efficacité opérationnelle.

Les investissements motivés par le désir d’accéder au marché canadien ont reculé, car la part du Canada dans l’économie mondiale est restreinte et ne cesse de diminuer. Toutefois, les récents gouvernements ont cherché à conclure des accords de libre-échange dans le but d’améliorer l’accès du Canada au marché.

Le Canada concentre une plus grande part de son IDE total dans le secteur des ressources que ne le font la plupart des autres pays. Mais bien que les ressources naturelles du Canada soient attrayantes pour les investisseurs étrangers, elles sont aussi plus coûteuses à explorer et à exploiter que partout ailleurs dans le monde. Par exemple, la production d’un baril de pétrole ou de gaz peut y coûter plus du double qu’au Moyen-Orient4. Ces coûts peuvent être acceptables lorsque les prix des matières premières sont élevés, mais ils peuvent poser un défi lorsque les prix sont bas, comme ils l’ont été depuis 2014.

Les entreprises multinationales qui aspirent à des gains d’efficacité opérationnelle sont aussi dissuadées par la faible productivité du Canada, lorsqu’on le compare à ses pairs. La faible productivité du Canada est tributaire de sa faible intensité de capital et d’un manque d’investissement suffisant dans la recherche et développement (R et D) et dans d’autres secteurs susceptibles d’encourager l’innovation. Le Canada n’a ni les faibles coûts de production des pays en développement ni l’échelle de production massive des grandes économies comme les États-Unis.

Les obstacles réglementaires à l’investissement étranger sont aussi un autre facteur qui explique la relative faiblesse de l’IDE entrant au Canada. Bien que certaines mesures aient été adoptées pour réduire les obstacles réglementaires à l’investissement étranger, des cas récents – comme les efforts avortés de BHP Billiton pour acquérir PotashCorp, de même que la controverse à propos de l’acquisition de Nexen par la CNOOC – peuvent donner l’impression qu’un certain arbitraire existe dans la prise de décision relative aux acquisitions par des entreprises étrangères au Canada. Cela peut être aggravé par le fait que la loi canadienne confère au gouvernement fédéral un pouvoir discrétionnaire considérable pour examiner les acquisitions importantes de sociétés canadiennes par des intérêts étrangers et les rejeter si elles ne constituent pas un « avantage net » pour le Canada. La réduction des obstacles réglementaires et une plus grande clarté sur la façon dont les décisions sont prises aideraient à accroître l’attrait du Canada en tant que destination pour l’investissement étranger.

Quels sont les pays qui investissent au Canada?

Bien que des données provinciales détaillées sur l’IDE entrant total ne soient pas disponibles, nous pouvons examiner les données générales pour le Canada pour avoir une idée des pays qui y investissent. En 2016, la moitié du stock d’IDE entrant total au Canada provenait des États-Unis. Cette proportion constitue une baisse par rapport à la part de 70 % détenue par ce pays en 1987 (date la plus récente pour laquelle Statistique Canada a publié des données).

L’importance de l’Europe à titre de source d’IDE s’est considérablement accrue au cours de la même période. En 2016, elle représentait 37 % du stock total d’IDE au Canada, par rapport à la part de 23 % qu’elle détenait en 1987. Les principaux pays européens qui investissent au Canada sont les Pays-Bas et la Suisse.

Les investissements des pays d’Asie et d’Océanie ont également augmenté et représentent maintenant 10 % du stock total d’IDE au Canada, en hausse par rapport à la part de 6 % qu’ils détenaient en 1987.

Quelles sont les tendances mondiales qui affectent l’IDE entrant?

Les grands flux mondiaux d’IDE sont un phénomène économique relativement nouveau. Jusqu’aux années 1970, les pays hésitaient à investir à l’étranger; l’IDE sortant était généralement vu comme étant néfaste pour la croissance du pays d’origine. On croyait qu’en investissant à l’étranger, les entreprises multinationales nuisaient à la croissance du bassin de capitaux locaux et des emplois. Par conséquent, de nombreux pays avaient mis en place des contrôles sur les opérations de change ou des limites sur les sorties de capitaux.

Mais dans les années 1970 et 1980, les pays ont commencé à s’ouvrir davantage au commerce extérieur et aux investissements étrangers. Avec la libéralisation du commerce et la progression des chaînes d’approvisionnement mondiales, l’IDE est devenu un moyen très recherché de générer de la richesse et de stimuler les échanges commerciaux dans les deux sens. Un grand bassin d’investissements disponibles pour l’IDE entrant s’est ainsi formé grâce à une plus grande acceptation des flux d’IDE sortant.

Au cours des dernières années, la valeur des investissements réalisés à l’étranger a été contestée dans de nombreux pays développés. Les mouvements populistes engendrés par la réduction des débouchés pour la classe ouvrière ont suscité la remise en cause du consensus existant sur le commerce et l’investissement.

Le président américain Donald Trump, qui a obtenu la victoire en 2016 en surfant sur une vague de colère et de frustration, a menacé à plusieurs reprises de punir les entreprises qui investissent à l’étranger. L’administration Trump en est encore à ses débuts au moment d’écrire ces lignes, mais le président Trump a déjà offert des mesures d’incitations fiscales et fait pression sur les entreprises américaines pour qu’elles fassent des embauches et conservent des emplois en Amérique, plutôt que d’investir dans de nouvelles installations à l’étranger. Bien que l’ensemble des mesures politiques qu’adoptera l’administration Trump à cet égard reste à préciser, il est probable que celles-ci viseront à réduire les sorties de capitaux au titre de l’IDE en provenance des États-Unis. Cela pourrait provoquer un effet en chaîne sur l’IDE entrant à l’échelle mondiale, car les États-Unis sont la plus grande source mondiale d’IDE sortant, représentant 23 % du stock total d’IDE sortant en 2015.

Notes de bas de page

1     Someshwar Rao et Jianmin Tang, Les entreprises manufacturières sous contrôle canadien sont-elles moins productives que leurs concurrentes sous contrôle étranger?, document de travail no 31, Ottawa, Programme des publications de recherche d’Industrie Canada, février 2000.

2    fDi Markets est la source des données provinciales et des données sur l’IDE de création publiées dans le rapport annuel sur l’investissement dans le monde, le World Investment Report, de la CNUCED. fDi Markets ne compile pas de données sur les prises de participation des investisseurs. Cela signifie que les données peuvent inclure des investissements qui ne sont pas considérés comme de l’IDE (p. ex. le niveau de propriété étrangère est inférieur à 10 %).

3    OCDE, Indice de restrictivité de la réglementation de l’IDE.

4    WSJ News Graphics, “Barrel Breakdown”, The Wall Street Journal, 15 avril 2016.

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Il s’agit du rapport entre la part des flux mondiaux d’investissement direct étranger (IDE) de création que reçoit une région et sa part du produit intérieur brut (PIB) mondial.

Note :
Les données affichées sur cette page datent de juin 2017.