Classement provincial et territorial 

Homicides

Messages clés

  • Terre-Neuve-et-Labrador avait le taux d’homicides provincial le plus faible de 2013 à 2015.
  • Globalement, le Canada se classe au 13e rang des 16 pays de comparaison et obtient un « B » avec un taux d’homicides moyen sur trois ans de 1,5 décès pour 100 000 habitants.
  • Avec un taux d’homicides moyen de 3,7, le Manitoba est la province la plus mal classée; seul le pays de comparaison au taux d’homicides le plus élevé, les États-Unis, fait pire qu’elle.

Le taux d’homicides mis en contexte

Un sentiment de sécurité personnelle et communautaire est essentiel à une bonne qualité de vie. Les effets physiques, psychologiques et financiers de la criminalité réduisent la confiance dans la société et nuisent, par conséquent, à la cohésion sociale. Le classement du Conference Board s’appuie sur une analyse des statistiques sur les crimes contre les personnes (taux d’homicide) et contre la propriété (taux de cambriolages). Les deux formes de criminalité ont une lourde incidence sur le bien-être de la société.

Le coût économique total de la victimisation pour cinq crimes violents graves (voies de fait, harcèlement criminel, homicide, vol et agression sexuelle) s’élevait à 12,7 G$ en 2009, soit 376 $ par habitant. À eux seuls, les homicides coûtent 3,7 G$. Le chiffre total comprend :

  • 171,6 M$ en coûts pour le système de justice pénale (coût des services de police, frais de justice et coûts correctionnels);
  • 3,5 G$ en coûts pour les victimes (frais médicaux et coûts intangibles, comme ceux liés à la douleur et la souffrance);
  • 75 M$ en coûts pour les tiers1 (production supplémentaire perdue pour les employeurs, frais de fonctionnement des services sociaux et frais funéraires).

Une baisse de la criminalité aurait pour effet non seulement de renforcer la cohésion sociale, mais aussi de libérer des fonds pour d’autres programmes qui permettraient d’améliorer le bien-être économique et social – comme des programmes d’éducation et d’acquisition de compétences, des programmes de prévention de la maladie et de promotion de la santé, ainsi que des investissements dans la protection de l’environnement, dans l’innovation et dans la technologie.

Où se situent les provinces par rapport aux pays de comparaison quant au taux d’homicide?

Avec le plus faible taux d’homicides moyen de 2013 à 2015, Terre-Neuve-et-Labrador (0,8) décroche un « A » et partage la 6e place du classement avec le Danemark, les Pays-Bas, l’Allemagne et la Suède. Le Japon arrive en tête du classement général avec un taux d’homicides moyen sur trois ans de 0,3 décès pour 100 000 habitants.

Cinq autres provinces obtiennent également un « A », à savoir le Québec (0,9), la Nouvelle-Écosse (1,1), l’Île-du-Prince-Édouard (1,1), l’Ontario (1,2) et le Nouveau-Brunswick (1,2). Le taux d’homicide moyen de ces provinces est comparable à celui du Royaume-Uni (1,0), de l’Australie (1,1), de l’Irlande (1,1) et de la France (1,2).

Globalement, le Canada se classe 13e sur 16 pays de comparaison et obtient un « B », avec un taux d’homicides moyen sur trois ans de 1,5 décès pour 100 000 habitants. La Colombie-Britannique (1,9) obtient elle aussi un « B », avec un taux d’homicides supérieur à la moyenne nationale et comparable à celui de la Finlande (1,6) et de la Belgique (1,8).

L’Alberta (2,6) et la Saskatchewan (2,9) obtiennent un « C ». La province la plus mal classée, le Manitoba, qui enregistre en moyenne 3,7 homicides pour 100 000 habitants, se voit attribuer un « D ». Seuls les États-Unis font pire avec un taux moyen sur trois ans de 4,3, qui est aussi le taux le plus élevé de toutes les régions de comparaison.

Comment les provinces s’en sortent-elles les unes par rapport aux autres?

Terre-Neuve-et-Labrador, le Québec, la Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard enregistrent les taux d’homicide les plus faibles au pays, soit une moyenne de 1,1 décès ou moins pour 100 000 habitants de 2013 à 2015. Avec un taux d’homicide moyen de 1,2 décès pour 100 000 habitants, l’Ontario et le Nouveau-Brunswick font également mieux que la moyenne nationale. Le Manitoba et la Saskatchewan affichent les taux d’homicide provinciaux les plus élevés. Le taux d’homicide moyen du Manitoba est de 3,7 décès pour 100 000 habitants, soit deux fois et demie la moyenne nationale et près de cinq fois le taux de la province la mieux classée à cet égard, Terre-Neuve-et-Labrador.

Qu’en est-il des territoires?

Avec un taux d’homicide moyen de 3,7 décès pour 100 000 habitants de 2013 à 2015, le Yukon écope d’un « D ». Cependant, ce taux d’homicide moyen sur trois ans relativement élevé s’explique par un taux d’homicide de 8,1 décès pour 100 000 habitants en 2014. En 2013, on n’a enregistré aucun homicide au Yukon.

Le Nunavut enregistre le taux d’homicide le plus élevé de toutes les régions de comparaison. De 2013 à 2015, le taux d’homicide moyen y était de 9,3 décès pour 100 000 habitants, soit plus de six fois la moyenne nationale et deux fois et demie le taux du Manitoba, province la plus mal classée. Les Territoires du Nord-Ouest ne s’en sortent guère mieux avec un taux d’homicide moyen de 7,6, soit plus d’une fois et demie le taux des États-Unis, pays de comparaison occupant le dernier rang du classement.

Le nombre réel d’homicides dans chacun des territoires est faible en chiffres absolus (par exemple, le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest ont enregistré trois homicides en 2014, tandis que le Nunavut en recensait quatre – en comparaison, le Manitoba en comptait 45 en 2014). Mais il est élevé par rapport à la taille de leur population, en particulier au Nunavut et dans les Territoires du Nord-Ouest.

Nous n’incluons pas les territoires dans nos calculs aux fins des comparaisons provinciales et internationales, car les données ne sont pas disponibles pour des indicateurs clés du bilan social comparatif. Cependant, le Conference Board entend inclure les territoires dans son analyse et fournit donc des renseignements sur leur performance quand des données sont disponibles.

Les taux d’homicide baissent-ils au Canada?

Dans l’ensemble, le taux d’homicide canadien ne cesse de baisser depuis 40 ans. Dans les provinces les plus peuplées, à savoir l’Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique, les taux reculent depuis le début des années 1990. En 2014, le taux d’homicide du Canada s’établissait à 1,47 décès pour 100 000 habitants, ce qui est le taux le plus faible depuis 1966. Le taux est passé à 1,68 en 2015, car le nombre d’homicides a augmenté dans toutes les provinces et les territoires, à l’exception de l’Île-du-Prince-Édouard, du Yukon et du Nunavut.

La tendance à la baisse des dernières années tient dans une large mesure à un net recul du taux d’homicide au Québec, qui est passé de 2,04 en 2000 à 0,85 en 2014.

Le taux d’homicide a augmenté au Manitoba, qui affiche le taux provincial le plus élevé. En 2000, le taux d’homicide manitobain était de 2,61. De 2013 à 2015, la province a enregistré un taux d’homicide moyen de 3,7 décès pour 100 000 habitants.

Parmi les territoires, le Yukon a connu une amélioration notable entre 2000 et 2013. En 2000, le territoire a enregistré plus de six morts par homicide pour 100 000 habitants, puis de 2011 à 2013, aucun. Le taux d’homicide du territoire était toutefois élevé en 2014, soit 8,11 décès pour 100 000 habitants. Il faut garder à l’esprit que, pour les régions peu peuplées comme le Yukon et les deux autres territoires, les taux d’homicide peuvent varier et augmenter nettement d’une année à l’autre. Ainsi, un taux élevé ne correspond pas nécessairement à un nombre élevé d’homicides pendant une année donnée. De fait, en 2014, on a signalé trois homicides au Yukon.

Qu’est-ce qui explique les taux d’homicide élevés au Manitoba, en Saskatchewan, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut?

Les Autochtones sont particulièrement vulnérables et les statistiques provinciales et territoriales le montrent bien. En 2014, le taux d’homicide chez les Autochtones était six fois plus élevé que celui des non-Autochtones au Canada2. La Saskatchewan, le Manitoba et les territoires ont les plus forts pourcentages de population autochtone au pays. En Saskatchewan et au Manitoba, plus de 15 % de la population est autochtone. Au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, la proportion d’Autochtones est, respectivement, de 23 %, 52 % et 86 %3.

Plusieurs facteurs socioéconomiques étroitement liés expliquent les taux de criminalité trop élevés dans les populations autochtones : leurs taux supérieurs de chômage et de pauvreté ainsi que leurs niveaux d’instruction inférieur jouent un rôle, tout comme la toxicomanie et les traumatismes, qui sont tous des séquelles des déplacements survenus au fil des ans et des pensionnats indiens4.

Indépendamment de la race ou de la culture, la consommation de substances intoxicantes, en particulier, est associée aux homicides et contribue probablement à des taux plus élevés. De plus, la consommation d’alcool et/ou de drogues est un facteur mentionné dans la majorité des homicides enregistrés au Canada depuis 2003. De 2003 à 2013, près des trois quarts des personnes accusées d’homicide étaient sous l’influence de l’alcool et/ou de drogues au moment de l’incident5, 6. La Saskatchewan et le Manitoba sont les provinces où le pourcentage de population ayant des problèmes de toxicomanie est le plus élevé. Ainsi, en 2012, 30 % des Manitobains et 31 % des Saskatchewanais âgés de 15 ans et plus déclaraient souffrir ou avoir souffert à un moment de leur vie d’un trouble lié à la consommation d’alcool ou de drogues7. En 2014, on estimait que 33 % de la population des Territoires du Nord-Ouest et 28 % des habitants du Yukon étaient de gros buveurs8.

Le meurtre de femmes et de jeunes filles autochtones est particulièrement alarmant et il retient l’attention depuis quelques années. Il ressort d’une étude de la GRC sur les incidents signalés de disparition et de meurtre de femmes autochtones au Canada que de 1980 à 2014, 16 % des victimes d’homicide de sexe féminin étaient autochtones (dans les cas où l’identité autochtone était connue, car l’identité de 2 % des victimes de sexe féminin était officiellement inconnue)9. Il y a là une surreprésentation des femmes et des jeunes filles autochtones parmi les victimes d’homicide, étant donné que, globalement, seuls 4 % de la population féminine du Canada est autochtone10. De 2001 à 2014, au Canada, le taux d’homicide commis sur des femmes non autochtones était de 0,81 pour 100 000 habitants, tandis que le taux d’homicide commis sur des femmes autochtones était de 4,82, soit près de six fois supérieur. Ce sont le Manitoba, la Saskatchewan, l’Alberta et les territoires qui enregistrent les taux d’homicide de femmes autochtones les plus élevés11.

Au Canada, les homicides de femmes sont le plus souvent commis par des membres de la famille, y compris par le conjoint actuel ou un ancien conjoint. Mais ce taux est plus faible pour les femmes autochtones que pour les femmes non autochtones. De 1980 à 2014, sur les cas résolus, 53 % des homicides de femmes autochtones étaient commis par des membres de la famille, contre 60 % pour les homicides de femmes non autochtones12.

Que peuvent faire les provinces et les territoires pour réduire davantage la criminalité?

Les méthodes de prévention de la criminalité qui s’attaquent aux causes profondes sont généralement les plus fructueuses. Après avoir analysé des programmes canadiens, américains et britanniques qui fonctionnent, le Conference Board du Canada formule les recommandations suivantes13 :

  • Commencer par apprendre à connaître la collectivité et ses problèmes.
  • Définir des programmes et des politiques pour régler ces problèmes dans leur contexte communautaire, et se concentrer sur la réduction de la criminalité.
  • Tirer des enseignements des programmes de prévention menés ailleurs avec succès et s’en inspirer.
  • Garder le cap – les programmes de prévention ne porteront pas leurs fruits sans d’importants efforts.
  • Obtenir l’engagement de hauts fonctionnaires.
  • Fournir des ressources suffisantes.
  • Veiller à la coopération et à la coordination entre les organisations qui cherchent à réduire la criminalité.
  • Adopter une approche globale de la prévention et élaborer des stratégies multidimensionnelles.

On ne peut faire baisser le taux de criminalité dans les populations défavorisées, comme celles qui vivent dans certaines collectivités autochtones, sans efforts concertés pour améliorer leur situation socioéconomique. Pour faire reculer la criminalité dans ces régions, il est essentiel de s’attaquer à des problèmes persistants, comme la pauvreté et la toxicomanie, et d’améliorer les résultats scolaires.

La Cour suprême du Canada reconnaît que les facteurs socioéconomiques et historiques sont à l’origine des taux de criminalité plus élevés dans les populations autochtones : « En clair, les tribunaux doivent prendre connaissance d’office de questions telles que l’histoire de la colonisation, des déplacements de populations et des pensionnats et la façon dont ces événements se traduisent encore aujourd’hui chez les peuples autochtones par un faible niveau de scolarisation, des revenus peu élevés, un taux de chômage important, des abus graves d’alcool ou d’autres drogues, un taux élevé de suicide et, bien entendu, un taux élevé d’incarcération. » (Juge LeBel s’exprimant au nom de la majorité dans R. c. Ipeelee, 2012)14

Notes de bas de page

1    Josh Hoddenbagh, Ting Zhang et Susan McDonald, Estimation de l’incidence économique des crimes violents au Canada en 2009, Ottawa, ministère de la Justice, 2014.

2    Statistique Canada, L’homicide au Canada, 2014.

3    Statistique Canada, Enquête nationale auprès des ménages, Nombre et répartition de la population déclarant une identité autochtone et pourcentage d’Autochtones au sein de la population, Canada, provinces et territoires, 2011.

4    Ibid.

5    Pour lesquels la police disposait de données sur la consommation d’une substance intoxicante.

6    Statistique Canada, L’homicide au Canada, 2013 (consulté le 11 mai 2016).

7    Statistique Canada, tableau CANSIM 105-1101, Profil de la santé mentale, Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes – Santé mentale (ESCC), selon le groupe d’âge et le sexe, Canada et provinces (consulté le 11 juin 2015).

8    Statistique Canada, tableau CANSIM 105-0501, Profil d’indicateurs de la santé, estimations annuelles, selon le groupe d’âge et le sexe, Canada, provinces, territoires, régions sociosanitaires (limites de 2013) et groupes de régions homologues (consulté le 11 mai 2016). Par consommation abusive d’alcool, on entend les hommes qui ont déclaré avoir bu cinq verres d’alcool, ou les femmes ayant déclaré avoir bu quatre verres d’alcool, en une même occasion, au moins une fois par mois au cours de la dernière année.

9    Statistique Canada, L’homicide au Canada, 2014 (consulté le 11 mai 2016).

10    Gendarmerie royale du Canada, Les femmes autochtones disparues et assassinées : Un aperçu national.

11    Statistique Canada, L’homicide au Canada, 2014.

12    Ibid.

13    Rick Linden et Trefor Munn-Venn, Making Communities Safer: Lessons Learned Combatting Auto Theft in Winnipeg, Ottawa, Le Conference Board du Canada, 2008.

14    Bureau de l’enquêteur correctionnel, Document d’information : Délinquants autochtones – Une situation critique.

Image of an open book DéfinitioN

Nombre d’homicides par année pour 100 000 habitants.

Note :
Les données affichées sur cette page datent d’avril 2017.