Classement provincial et territorial 

Suicides

Messages clés

  • Avec le taux de suicide moyen le plus faible du Canada de 2010 à 2012, l’Île-du-Prince-Édouard et l’Ontario décrochent un « A » et font mieux que tous les pays de comparaison sauf un.
  • Le Canada obtient un « B » et occupe le 5e rang du classement parmi les 16 pays de comparaison.
  • Globalement, le taux de suicide canadien était inférieur en 2012 à ce qu’il était en 2000, mais il augmente depuis 2006.

Le suicide mis en contexte

L’Organisation mondiale de la santé définit le suicide comme étant « l’acte de mettre fin à ses jours1 ». C’est « une tragédie qui touche les familles, les communautés et des pays entiers et qui a des effets durables sur ceux qui restent2 ». C’est aussi un phénomène mondial : chaque année, plus de 800 000 personnes se suicident et de nombreuses autres font des tentatives de suicide, dans toutes les régions du monde.

Le suicide est l’une des principales causes de décès chez les jeunes (de 15 à 34 ans) dans le monde3. De plus, les taux de suicide sont élevés dans les populations vulnérables en butte à la discrimination4. Le suicide ayant une incidence sur des communautés du monde entier, il est important d’en comprendre les causes et de déterminer ce que peuvent faire les sociétés pour lutter contre ce fléau.

Les facteurs de risque courants en ce qui concerne le suicide comprennent les troubles mentaux, en particulier la dépression et la toxicomanie, et certaines maladies physiques. Cependant, si le lien entre maladie mentale et suicide est bien établi, toutes les personnes qui se suicident ne souffrent pas de maladie mentale. En fait, le suicide peut résulter de nombreux facteurs, dont les suivants :

  • crises personnelles (p. ex. divorce, maladie, perte d’emploi);
  • conflit ou catastrophe;
  • violence ou maltraitance;
  • deuil ou sentiment d’isolement5.

Le suicide est un problème complexe et aucun déterminant n’en est à lui seul la cause. Cependant, le niveau de soutien qu’apporte une société pour régler les causes profondes, sensibiliser et investir dans des stratégies multisectorielles de prévention du suicide détermine en partie si les facteurs de risque ci-dessus aboutiront à un suicide.

Comment les provinces s’en sortent-elles par rapport aux pays de comparaison?

La moitié des provinces se classent dans les 10 premiers rangs des 26 régions de comparaison. L’Île-du-Prince-Édouard et l’Ontario décrochent tous deux un « A » et se hissent dans les trois premières places du classement général, avec des taux moyens de suicide respectifs de 7,4 et 8,7 décès par tranche de 100 000 habitants entre 2010 et 2012. Le Royaume-Uni affiche le plus faible taux de suicide moyen de toutes les régions, soit 6,8 décès par tranche de 100 000 habitants.

La Colombie-Britannique (10,2) obtient un « B » et se classe 5e, derrière les Pays-Bas (9,6). Terre-Neuve-et-Labrador (10,6) et la Nouvelle-Écosse (10,6) obtiennent également un « B » et arrivent ex aequo au 7e rang, derrière le Danemark (10,4) et juste devant l’Allemagne (10,7).

Globalement, le Canada occupe le 5e rang au classement général des 16 pays de comparaison, à égalité avec l’Australie. Il obtient un « B », avec un taux de suicide moyen sur trois ans de 11,0 décès pour 100 000 habitants, soit près du double du taux du champion au palmarès, le Royaume-Uni.

Cinq provinces ont des taux inférieurs à la moyenne nationale. Le taux de suicide moyen du Manitoba est de 12,7 pour 100 000 habitants, ce qui lui vaut un « B » et le classe juste devant les États-Unis (12,8). Viennent ensuite la Saskatchewan (13,0), l’Alberta (13,1) et le Québec (13,2), ces trois provinces obtenant un « B ». Le Nouveau-Brunswick (13,8) se classe juste derrière le Québec et reçoit un « C ».

Le Japon occupe le dernier rang du classement général avec un taux de suicide moyen sur trois ans de 20,4 décès pour 100 000 habitants.

Comment les provinces s’en sortent-elles les unes par rapport aux autres?

L’Île-du-Prince-Édouard et l’Ontario ont les taux de suicide les plus faibles parmi les provinces, soit moins de 10 décès pour 100 000 habitants.

Avec des taux de suicide allant de 10,2 à 10,6, la Colombie-Britannique, Terre-Neuve-et-Labrador et la Nouvelle-Écosse font mieux que la moyenne nationale.

La moitié des provinces ont des taux inférieurs à la moyenne canadienne de 11,0 suicides pour 100 000 habitants. Le Nouveau-Brunswick enregistre le taux de suicide le plus élevé parmi les provinces, soit 13,8 décès pour 100 000 habitants, soit plus de deux fois le taux de la province la mieux classée, l’Île-du-Prince-Édouard.

Ce bilan comparatif porte sur les taux de suicide et pas sur le nombre même de cas de suicide. Par conséquent, un taux de suicide élevé dans une province peu peuplée peut se traduire par un nombre relativement faible de suicides. De même, un taux de suicide apparemment faible peut en fait correspondre à un nombre élevé de suicides dans une province très peuplée. Prenons, par exemple, les deux provinces les mieux classées, l’Île-du-Prince-Édouard et l’Ontario. Le taux de suicide moyen dans l’Île-du-Prince-Édouard était de 7,4 décès pour 100 000 habitants 2010 et 2012, ce qui donne une moyenne annuelle de 12 suicides. En Ontario, le taux de suicide moyen était de 8,7 et le nombre annuel moyen de suicides sur cette période de trois ans, de 1 208.

Qu’en est-il des territoires au chapitre des suicides?

Avec des taux de suicide moyens sur trois ans de 13,9 et 16,1 décès pour 100 000 habitants respectivement, le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest obtiennent tous deux un « C ». Ils enregistrent des taux de suicide supérieurs à celui de la province la plus mal classée, le Nouveau-Brunswick.

Avec le taux de suicide le plus élevé de toutes les régions, le Nunavut se voit attribuer un « D– ». De 2010 à 2012, le territoire a enregistré en moyenne 65,5 suicides pour 100 000 habitants, soit plus de trois fois le taux du pays le plus mal classé, le Japon.

Nous n’incluons pas les territoires dans nos calculs aux fins des comparaisons provinciales et internationales, car les données ne sont pas disponibles pour des indicateurs clés du bilan comparatif de la société. Cependant, le Conference Board entend inclure les territoires dans son analyse et il fournit donc des renseignements sur leur performance quand des données sont disponibles.

Pourquoi les taux de suicide sont-ils si élevés dans les territoires?

Le taux de suicide est de deux à trois fois plus élevé chez les Autochtones que dans le reste de la population. Plus troublant encore, il est de cinq à six fois plus élevé chez les jeunes Autochtones que chez les jeunes non-Autochtones. En outre, le taux de suicide chez les jeunes Inuits, qui s’établit à 11 fois la moyenne nationale, est parmi les plus élevés au monde6. En fait, dans un rapport publié en 2013, Statistique Canada estimait que les taux de suicide masculins et féminins chez les jeunes Autochtones âgés de moins de 20 ans étaient respectivement de 30 et 25,5 pour 100 000 habitants. Ces chiffres sont très inquiétants pour des régions où la population autochtone est plus nombreuse, comme le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest, qui enregistrent les taux de suicide les plus élevés au Canada7.

La dépression est la maladie la plus courante chez les personnes qui se suicident8. Près des deux tiers des personnes qui mettent fin à leurs jours au Nunavut ont connu un épisode dépressif majeur au cours de leur vie. Chez près des trois quarts d’entre eux, on a également diagnostiqué un autre trouble mental, ce qui donne à penser que c’est peut-être la combinaison de la dépression et d’un autre trouble mental qui conduit au suicide.

Les personnes qui se suicident au Nunavut sont aussi plus susceptibles d’être toxicomanes ou alcooliques, et une forte proportion a été victime de mauvais traitements durant l’enfance. L’Université McGill et l’Institut universitaire en santé mentale Douglas ont analysé la cause des 120 suicides enregistrés au Nunavut entre 2003 et 2006. Les chercheurs ont examiné les dossiers médicaux et de police et interviewé la famille et les amis des victimes. L’étude a révélé des taux élevés de mauvais traitements dans l’enfance, de dépression, d’alcoolisme et d’abus de marijuana chez les Inuits qui ont mis fin à leurs jours. Chez 72 % d’entre eux, on avait diagnostiqué plus d’un trouble mental, et près de la moitié avaient été victimes de violences physiques, sexuelles ou psychologiques. L’étude soulève des questions au sujet des soins psychiatriques dont disposait le groupe souffrant de troubles mentaux – 82 % du groupe n’avait jamais pris de médicament pour soigner une maladie mentale et seuls 17 % avaient été hospitalisés pour des problèmes de santé mentale9.

Comment les taux de suicide provinciaux et territoriaux évoluent-ils au fil du temps?

De 2000 à 2012, le taux de suicide canadien a globalement baissé, passant de 11,5 à 10,9 décès pour 100 000 habitants. Cependant, au cours de cette même période, il a augmenté entre 2006 et 2009, passant de 10,5 à 11,1, avant de repasser à 10,9 en 2011.

Les taux de suicide ont diminué dans sept provinces entre 2010 et 2012. L’Île-du-Prince-Édouard et le Québec ont enregistré les baisses les plus marquées, les taux de suicide y reculant de 40 % et 24 % respectivement. Le taux de suicide de l’Île-du-Prince-Édouard est passé de 10,1 en 2000 à 6,1 en 2012.

Les taux de suicide ont légèrement baissé en Colombie-Britannique et en Alberta, où ils sont passés respectivement de 10,4 à 9,9 et de 13,4 à 12,8. Cependant, ces baisses étaient dues à une augmentation de la population et non à un recul du nombre de suicides. En fait, le nombre de suicides a augmenté en Colombie-Britannique, où il est passé de 435 en 2000 à 484 en 2012. De même, en Alberta, on est passé de 407 suicides en 2000 à 498 suicides en 2012. Il en va de même en Saskatchewan, où le taux de suicide est passé de 12,6 à 12,4 entre 2000 et 2012, alors que la province a enregistré un plus grand nombre de suicides en 2012 (126) qu’en 2000 (122).

Les taux de suicide ont augmenté en Nouvelle-Écosse, au Manitoba et en Ontario de 2000 à 2012. La Nouvelle-Écosse a connu la plus forte variation du taux de suicide de toutes les provinces canadiennes, soit une augmentation de 4,3 décès pour 100 000 habitants qui l’a fait passer d’un taux de 7,2 à 11,5. En fait, le nombre de suicides dans la province est passé de 75 en 2000 à 118 en 2012.

Fait intéressant, toutes les provinces – sauf le Nouveau-Brunswick, le Québec et l’Alberta – ont vu leur taux de suicide augmenter de 2008 à 2009, ce qui coïncide avec la crise économique mondiale, autrement dit une période où beaucoup de Canadiens ont sans doute vécu des crises personnelles (p. ex. chômage, pertes financières). Fait significatif, le taux de suicide a atteint un pic en 2009 (pour la période allant de 2000 à 2012) en Nouvelle-Écosse, dans l’Île-du-Prince-Édouard et en Saskatchewan.

Dans tous les territoires, les taux de suicide ont baissé globalement entre 2000 et 2012, malgré une importante volatilité, ce qui n’est pas surprenant, étant donné la taille de leur population.

C’est le Yukon qui a enregistré la plus forte baisse, soit 17 % ou 4,2 décès pour 100 000 habitants. Toutefois, le taux de suicide a beaucoup fluctué entre 2000 et 2012 : il a reculé de moitié entre 2003 et 2004, puis il a continué de diminuer pour atteindre 5,3 décès pour 100 000 habitants en 2009, avant de remonter pour atteindre 14,3 en 2012.

Les Territoires du Nord-Ouest ont connu une fluctuation similaire. Leur taux de suicide y a diminué de 2,9 décès pour 100 000 habitants, soit 13 % de 2000 à 2012. Il a beaucoup baissé (15,6 décès pour 100 000 habitants), passant de 24,6 en 2004 à 9 en 2005. Il a continué de fluctuer à partir de 2006, mais avec une tendance à la hausse, et il était de 19,2 en 2012.

Le taux de suicide du Nunavut a reculé de 20 % entre 2000 et 2012. Il y a eu une baisse notable des suicides entre 2003 et 2005, période où on a enregistré une diminution de 47,2 décès pour 100 000 habitantss.

Que peuvent faire les provinces et les territoires pour réduire leurs taux de suicide?

Les stratégies de prévention du suicide proposées par l’Organisation mondiale de la santé sont notamment les suivantes10 :

  • Inclure la prévention du suicide dans les priorités sanitaires régionales et sensibiliser la société à ce phénomène.
  • Lutter contre la stigmatisation des maladies mentales.
  • Appuyer le dépistage précoce, le traitement et la prise en charge de personnes souffrant de troubles mentaux et de troubles liés à l’usage de substances psychoactives, de douleurs chroniques ou de détresse émotionnelle aiguë.
  • Réduire l’accès aux moyens de se suicider (p. ex. pesticides, armes à feu, certains médicaments).
  • Adopter des politiques de lutte contre l’alcoolisme pour réduire l’usage nocif de l’alcool.
  • Former les travailleurs de la santé non spécialisés à l’évaluation et à la prise en charge des comportements suicidaires.
  • Améliorer le suivi des personnes qui ont fait une tentative de suicide et leur apporter un soutien au niveau communautaire.

Le suicide est un problème complexe. Par conséquent, des stratégies de prévention efficaces passent par une collaboration active, coordonnée et globale entre les différents acteurs de la société, y compris les ministères de la Santé et les agences sanitaires, les établissements d’enseignement, les entreprises, la police et les médias.

À l’heure actuelle, le Canada n’a pas de stratégie nationale de prévention du suicide, mais le gouvernement fédéral finance des services directs de santé mentale pour des groupes ciblés, « dont les membres des Premières Nations vivant dans des réserves et des collectivités inuites, le personnel actif des Forces armées canadiennes, les anciens combattants, les membres actuels et anciens de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), les nouveaux arrivants et les détenus des pénitenciers fédéraux11 ».

Au cours des 20 dernières années, plusieurs provinces et territoires ont pris des mesures importantes pour lutter contre le suicide. Fait intéressant, en 2016, deux stratégies de prévention du suicide ont été mises en place dans des collectivités du Nord du Canada.

En partenariat avec la Nunavut Tunngavik Incorporated, la GRC et le conseil Choisir la vie, le gouvernement du Nunavut a publié Résilience intérieure. Un plan d’action pour la prévention du suicide au Nunavut 2016-2017. Cette stratégie s’appuie sur des plans d’action territoriaux antérieurs pour la prévention du suicide et met l’accent sur le renforcement d’un engagement véritable des intervenants et du développement communautaire12, surtout dans les collectivités et chez les fournisseurs de service.

Inuit Tapiriit Kanatami, organisation nationale qui représente les 60 000 Inuits du Canada, a publié en 2016 sa National Inuit Suicide Prevention Strategy, qui vise à coordonner les efforts de prévention du suicide à l’échelle nationale, régionale et communautaire, afin de faire baisser les taux de suicide chez les Inuits du Canada par des interventions fondées sur des données probantes et adaptées aux Inuits13.

Notes de bas de page

1    Organisation mondiale de la santé, Suicide.

2    Organisation mondiale de la santé, Suicide – Aide-mémoire.

3    Tanya Navaneelan, Coup d’œil sur la santé – Les taux de suicide : un aperçu, Ottawa, Statistique Canada, 2012.

4    Organisation mondiale de la santé, Suicide – Aide-mémoire.

5    Ibid.

6    Santé Canada, Prévention du suicide (consulté le 28 octobre 2014).

7    Santé Canada, Stratégie nationale de prévention du suicide chez les jeunes Autochtones (consulté le 28 octobre 2014).

8    Tanya Navaneelan, Coup d'œil sur la santé – Les taux de suicide : un aperçu, Ottawa, Statistique Canada, 2012.

9    Edward Chachamovich et Monica Tomlinson, Learning From Lives That Have Been Lived, Montréal, Université McGill et Institut universitaire en santé mentale Douglas, 2013.

10    Organisation mondiale de la santé, Suicide – Aide-mémoire.

11    Gouvernement du Canada, Aperçu des initiatives fédérales en matière de prévention du suicide, février 2016, p. 9.

12    Gouvernement du Nunavut, Résilience intérieure.

13    Inuit Tapiriit Kanatami, National Inuit Suicide Prevention Strategy, 2016, p. 3.

Image of an open book DéfinitioN

Nombre de décès annuel dus à un suicide pour 100 000 habitants.

Note :
Les données affichées sur cette page datent d’avril 2017.